‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 44 sur 81 · DES MOTS CAUSE ET EFFET. IÇ · texte numérisé non relu

DES MOTS CAUSE ET EFFET. IÇ

tence ne peut commencer sans cause efficiente, se manifeste de bonne heure dans l'esprit de l'homme ; il est si universel et si profondément enraciné dans notre nature, que le scepticisme le plus déterminé ne peut l'en extirper.

Notre croyance à l'existence de Dieu repose sur ce principe.; mais ce n'est point là sa Seule application : à chaque heure , à chaque minute de la vie , il gouverne notre conduite. L'homme qui «parviendrai ta l'arracher de son esprit, ne serait plus un homme; tout sens commun, ~ toute prudence lui seraient otés; ils serait fou, il faudrait Renfermer.

Or il suit de ce principe que quand une chose éubit un changement, ou bien elle est elle-même la cause efficiente de ve changement, ou bien le changement a été ' produit en elle par un être étranger.

Dans le premier cas, on dit qu'elle est douée de puissance artivç, et qu'elle a agi pour produire ce changement; on dit dans le second, qu'elle a été passive, qu'elle a subi une action étrangère, et l'on attribue la puissance actwe à l'être qui a produit le changement.

Les mots de cause et $ agent s'emploient exclusivement* pour désigner l'être qui par sa puissance active produit un changement, soit en lui même, soit dans un autre être ; le changement , de quelque nature qu'il puisse être, que ce soit une pensée, une volonté, ou un mouvement , s'appelle effet ; la puissance actwe est la qualité qui rend la cause capable de produire X effet; et l'exercice de la puissance active pour produire l'effet est ce qu'on nomme action.

Pour qu'un effet soit produit, il faut non-seulement que la cause soit douée de la puissance de le produire , mais que cette puissance se développe; car une puissance ne peut rien produire tant qu'elle n'agit pas.

It)6 ESSAI IV. CHAPITRE II.

Une eause efficiente, dans cette cause la puissance de produfre l'effet, fet l'action de 'cette puissance, voilà quelles sont les seules conditions de la production d'un effet ; car il serait contradictoire que la cause eût la puissance de produire l'effet et qu'elle développât cette puissance, sans que cependant l'effet fut. produit. L'effet ne serait point en sa puissance si tous les moyens nécessaires pour le produire n'y étaient pas.

Il ne serait pas moins contradictoire qu'une cause eût la puissance de produire un effet, et qu'elle ne pût développer cette puissance. Une puissance qui ne saurait être développée n'en est pas une; il .y a contradiction dans tes termes.

Toutefois il est bon d'observer, pour prévenir toute méprise, qu'un être peut avoir, dans un moment, une puis-* sance qu'il n'a pas dans un autre. On peut être privé momentanément d'une puissance qu'on a ordinairement. Ainsi nous avons ordinairement la faculté de marcher et de courir, mais nous ne l'avons plus lorsque nous dormons ou que nous avons.les pieds enchaînés. Je sais que même alors l'usage permet de dire qu'on a cette faculté; mats cette manière de parler est elliptique; au fond elle n'exprime qu'une chose, l'existence habituelle de la faculté, et la conviction qu'elle reparaîtra quand la cause qui la suspend momentanément aura cessé d'agir. Gâr à parler strictement et selon k rigueur philosophique, il y a contradiction a dire qu'un homme a telle faculté, au moment où il en est privé.

Telles sont, à mon avis, les conséquences nécessaires du principe, que tôiit pe qui commence d'exister a nécessairement une cause qui avait le pouvoir de le produire.

Un second principe qui se manifeste aussi de très bonne heure dans notre esprit, c'est que nous sommes la

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