DES MOTS CAUSE E^ EFFET. I
cause efficiente de nos actions, délibérées et voloitf aires.
Notre conscience nous atteste que pour produire certains effets, nous faisons une exertion de puissance, quelquefois pénible. Une pareille exertion , lorsqu'elle a été délibérée et qu'elle est volontaire, implique ta conviction que l'effet qu'elle a pour objet de produire est en notre pouvoir : car personne n'essaie volontairement de produire ce qu'il croit n'être pas en sa puissance. Nous nous croyons le double pouvoir de produire certains mouvemens corporels et dé diriger nos pensées; le langage et la conduite de tous les hommes le témoignent ; et cette conviction est si précoce que nous ne savons ni quand, ni de quelle manière nous l'avons acquise.
Aussi les plus zélés défenseurs de ta nécessité ne peuvent-ils se dispenser de reconnaître qu'elle nous est inspirée par notre constitution, et qu'il est impossible de l'extirper entièrement de notre intelligence. Écoutons l'un des plus célèbres: « Telles sont les influences, dit-il, auxquelles « tous les hommes, sans en excepter un seul, sont exposés, « que d'abord et nécessairement ils rapportent toutes les « actions humaines à leur volonté ou. à celle de leurs « semblables comme à leur, cause première et efficiente, « et qu'il se passe bien du temps avant qu'ils en vien- « nent à se considérer et à considérer leurs semblables « comme de simples instrumens dans la main d'un agent « supérieur. Il s'ensuit que l'habitude de rapporter les « actions de l'homme à l'homme lui-même, prend des « racines si profondes qu'on ne peut plus la rompre entière rement, et c'est ainsi que les langues et l'opinion comte mune de l'humanité consacrent çommes vraies tant dé « vues incomplètes, pour ne pas dire fausses, de la nature « des 'choses ( i ).
1 Priestley, Libre discussion, etc., p, 298,
. Il est très probable que nos idées de puissance active et de cause efficiente prennent leur source dans la conscience des exertions volontaires que nous faisons pour produire certains effets. Il y a bien de l'apparence que sans la conscience de ces exertions, nous n'aurions aucune idée de cause ni de puissance active, et que, par conséquent, la conviction de la nécessité d'une cause à tout changement que nous observons, n'existerait pas dans notre esprit.
Il est certain. que la seule espèce de puissance active que nous puissions concevoir, est calquée sur celle que nous sentons en nous ; c'est-à-dire , que toute cause est à nos yeux volontaire et intelligente. La notion même que nous nous formons de la Puissance divine n'est que la notion que nous nous formons de la nôtre , moins, les limites et les faiblesses qye nous observons dans celle-ci.
Je suis loin de prétendre qu'il soit facile d'expliquer l'origine de nos conceptions et de nos convictions concernant la puissance active et les causes efficientes. Ce que je sais , c'est que la théorie qui rapporte toutes nos idées à la sensation et à la réflexion , et qui résout toutes1 nos croyances dans la perception de la convenance et de la disconvenance des idées dérivées de ces deux sources , est également incompatible et avec l'idée d'une cause efficiente , et avec la croyance qu'une cause pareille est impliquée dans .tout commencement d'existence.
Aussi ,. ni l'idée de cause efficiente, ni celle de puissance active n'existent dans notre intelligence r si Ton en croit les philosophes qui ont été conséquents à cette théorie ; en effet ces idées ne peuvent dériver ni de la sensation , ni de la réflexion. Qu'est-ce donc qu'une cause, selon ces philosophes ? Rien autre chose qu'un phénomène antérieur et constamment associé à l'effet. Telle est l'idée de cause