‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 48 sur 81 · CAUSES DE ^AMBIGUÏTÉ DE CES MOTS · texte numérisé non relu

CAUSES DE ^AMBIGUÏTÉ DE CES MOTS

Un système fort ancien expliquait tout p^r l'amour et l'antipathie; Pythagore et Platon, par la matière, les idées, et uneintelligenceétcrnelle; Aristote,par la matière, la forme et la privation. Aux yeux de Descartes, la matière, et une certaine quantité de mouvement primitivement imprimé à cette matière, suffisaient pour expliquer tous les phénomènes du monde matériel. Selon Leibnitz, l'univers est exclusivement composé de monades actives et percevantes qui produisent en elles, par la puissance dont elles ont été douées primitivement, tous les changements qui s'y manifestent.

Tandis que les hommes erraient ainsi dans les ténèbres à la recherche des causes, et que, ne voulant pas confesser leur impuissance, ils prétendaient les reconnaître dans, tant d'objets divers, on ne doit pas s'étonner qu'à force d'appliquer le mot à des choses qui ne sont ni ne peuvent être des causes, la véritable notion de la chose elle-même se soit perdue, v

« Une considération toutefois rend moins intolérable cette confusion de tant de choses diverses sous le mot de valise, c'est que si elle est dangereuse en philosophie, elle est tout à fait sans importance dans les affaires de la vie. La connaissance d'un fait qui précède ou accompagne constamment le phénomène dont on cherche la cause, remplit tout aussi bien l'objet qu'on se propose, que la connaissance de la cause elle-même. Ainsi un matelot dé- ' sire connaître la, cause du flux et du reflux de la mer, afin de savoir à quelles époques il doit attendre la marée haute; on lui dit que la marée monte quand la lune a dépassé de tant d'heures le méridien; et il s'imagine qu'il connaît la cause des marées. Mais qu'importe? le phénomène qu'il prend pour tel suffit à son but, et son erreur ne peut lui être nuisible.

2o8 ESSAI IV. (JIÎAPITRE III.

Ceiix-là9 selou moi, se soilt formé l'idée la plus juste des mystères de la nature et de la faiblesse de l'entendement humain, qui, dans l'étude de ce vaste univers, renonçant à la vaine prétention de découvrir les causes des phénomènes, se sont exclusivement appliqués à constater, par l'observation et l'expérience, d'après quelles règles et selon quelles lois ces phénomènes s'accomplissent.

Par déférence pour l'usage , ou peut-être pour donner quelque satisfaction à cette curiosité des causes qui nous tourmente, nous appelons causes ou forces toutes les lois générales de la nature. Ainsi nous appelons forces la gravitation, le magnétisme, l'électricité; nous leur attribuons la production d'une foule de phénomènes; nous en parlons en un mot comme d'autant de causes ; et ce qui n'est qu'une façon de parler dans la bouche des vrais philosophes devint une opinion sérieuse dans l'esprit des ignorants et des demi-savants.

Les vrais philosophes savent que les lois de la nature ne sont point des agents; ils savent que cela seul est cause, dans le véritable sens du mot, qui est doué d'activité et de puissance; et qu'ainsi les lois de la nature ne sont et ne peuvent être que les règles constantes selon lesquelles agissent des causes inconnues.

On voit, par ce qui précède, comment notre désir naturel de connaître les causes, notre impuissance à les découvrir, et les vaines théories imaginées par les philosophes pour remédier à cette impuissance, ont rendu si équivoque le mot de cause et tous ceux qui s'y rapportent, et leur ont fait signifier tant de choses différentes, qu'ils ont en quelque manière perdu leur sens propre et primitif, sans le léguer, en l'abdiquant, à d'autres mots qui puissent les remplacer.

Nous appelons cause d'un effet tout phénomène qui

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