‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 49 sur 81 · CAUSES DE L AMBIGUÏTE DE CES MOTS · texte numérisé non relu

CAUSES DE L AMBIGUÏTE DE CES MOTS

le précède et qui lui est constamment associé ; un instrument, une occasion, une raison, un motif, un but, sont auâsi des causes; et les mots relatifs 8 effet, Gagent, de puissance, ont reçu la même extension vague et indécise.

Si les mots de cause et iïagent n'avaient pas perdu leur sens propre au milieu de la multitude d'acceptions diverses qu'on leur a imposées, nous apercevrions du premier coup que les expressions de cause nécessaire et $ agent nécessaire renferment une contradiction ; et bien que le sens abusif attaché à ces expressions soit autorisé par l'usage, et par conséquent ne puisse être censuré rii peut-être même évité dans tous les cas, cependant nous devons prendre garde qu'il ne nous égaré et ne nous fasse % # concevoir comme identiques des choses essentiellement différentes.

Dire que l'homme est un agent libre, c'est dire tout simplement que dans quelques cas il est vraiment un agent y une cause, et qu'il n'est pas borné à transmettre comme un instrument passif l'impulsion qu'il reçoit. Dire au contraire qu'il agit nécessairement, c'est dire qu'il n'agit pas du tout, qu'il n'est point un agent, et que nous ne connaissons qu'un seul agent dans ce vaste univers, auteur unique de toutes les choses bonnes ou mauvaises qui s'y accomplissent.

Si Ton va plus loin et qu'on impose à Dieu lui-même cette nécessité, il s'ensuit qu'il n'y a, ni peut y avoir au- . cuue cause dans l'univers; que tout y subit Faction, mais que rien ne la produit; que tout y reçoit le mouvement, mais que rien ne le communique; que la passivité est partout, mais l'activité nulle part; que tous les êtres sont des instruments, mais que pas un n'est un agent; enfin que tout ce qui arrive et tout ce qui est , participe à cette existence nécessaire que l'on a coutume!

vi. 14 •

aïO ESSAI IV. — CHAPITRE III.

de considérer comme la prérogative de la cause première.

Voilà le système de la nécessité dans toute sa pureté et sous sa forme la plus conséquente. C'est ainsi que l'entendait Spmosa qui pourtant n'a pas la gloire de l'avoir inventé, car il date de l'époque la plus reculée. Si ce système est vrai, c'est -en vain que nous raisonnons pour démontrer <jue tout ce qui commence d'exister implique l'existence d'une cause première; car le principe même sur lequel repose notre raisonnement est renversé.

S'il est évident à l'intelligence humaine que tout ce qui Commence d'exister doit avoir une cause efficiente, douée du pouvoir de lui donner ou de lui refuser l'existence , et qu'une série -d'effets combinés de la irianière la plus sage pour l'accomplissement dé la fin la meilleure ne démontre pas moins l'intelligence la sagesse et la bonté de la cause efficiente que son pouvoir , la preuve de l'existence d'un Dieu qui découle de ces prémisses , est aussi aisée à déduire que frappante de vérité pour tout homme capable de raisonner*

Si , d'un autre càté , le principe que tout ce qui commence d'exister a une cause, ne peut dériver que de l'expérience, et si, comme Hume le soutient, la seule notion de cause que l'expérience puisse nous donner est celle d'une chose antérieure à l'effet et qui lui est constamment associée, je ne vois pas comment il est possible de tirer de ces prémisses la démonstration d'une cause intelligente et première de l'univers.

Hume me semble raisonner conséquemment à sa définition de la cause, lorsqu'il soutient, parla bouche d'un sectateur d'Épicure, que le monde étant un effet unique, nous ne saurions rien affirmer sur la question de savoir s'il a une cause. Car, pour tirer la conclusion, il faudrait que l'expérience nous eût appris que les effets de cette

' CAUSES DE LÀMB1GIJITÉ DE CES MOTS. ail

espèce sont toujours associés avec une cause pareille; et non seulement cela n'est pas, puisque l'effet est unique, mais la cause que nous assignons au monde étant unfe cause que personne n'a jamais vue et qu'il est impossible de voir, l'expérience ne peut même nous apprendre si jamais elle a été associée avec un effet quelconque. Ce philosophe ne me semble pas moins conséquent lorsqu'il affirme que tout peut être la cause de tout , puisque l'adtériorité et la concomitance constante sont les seuls éléments constitutifs de la notion de cause. • Un #utre zélé défenseur du système de la nécessité affirme : « Qu'une cause n'est autre chose que l'ensemble des « circonstances antécédentes constamment suivies d'un « certain effet; la constance du résultat nous faisant juger « qu'il y a une raison suffisante dans la nature des choses, ce pour qu'il soit uniformément produit dans ces circon- « stances1. »,

Cette définition n'est que celle de Hume autrement énoncée; elle ne contient rien de plus ni rien de moins. Mais je suis loin de penser que son auteur voulût admettre les conséquences que Hume en a tirées, quelque rigoureuses qu'elles puissent paraître en elles-mêmes.

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