DE L'WFLUENCE DES MOTIFS
sûr les sages > mais pas toujours sur les méchants et les insensés.,
Examinons quel effet les punitions et les récompenses produisent réellement, et ce que l'on en peut conclure pour ou contre chacun des deux systèmes opposés, de la liberté et de la nécessité.
Je prends pour accordé que les lois les meilleures et les plus sages, soit de Dieu, soit des hommes, sont souvent enfreintes, malgré les récompenses et les punitions qui les sanctionnent : je ne prendrais pas lu peine de raisonner avec un homme qui contesterait cette vérité.
Que peut-on conclure de ce fait dans le système de la nécessité? Que la récompense ou le châtiment n'a pas été un motif assez fort pour produire l'obéissance à la loi. A qui la faute de la transgression? Uniquement au législateur, mais nullement au transgresseur, machinalement déterminé par la force des motifs. Accuser celui-ci, ce serait reprocher à la balance de ne point soulever un poids de deux livres an moyen d'un poids moitié moindre.
Dans l'hypothèse de la nécessité, il ne peut y avoir ni récompense ni punition , dans le sens propre de ces mots, lesquels impliquent mérite et démérite. Les récompenses et les punitions ne sont plus que des instrumens employés à produire un effet mécanique. Si l'effet n'est pas produit, c'est que l'instrument n'était pas convenable , ou qu'il a été mal appliqué.
Dans l'hypothèse de la liberté, les récompenses et le» punitions doivent avoir leur effet sur le sage et l'homme de bien; mais elles doivent le manquer sur le méchant et l'insensé, toutes les fois qu'elles seront combattues par des passions animales, ou par de mauvaises habitudes* Or, c'est précisément ce que nous voyons arriver.
Dans cette hypothèse , la transgression de la loi ne
retombe ni sur la loi elle-même , ni sur le législateur ; le transgresseur seul est coupable. C'est la seule hypothèse dans laquelle il puisse y, avoir récompense ou châtiment dans le sens propre de ces mots, parce que c'est la seule dans laquelle il puisse y avoir mérité et démérite.