ACCORD DE LÀ LIBERTÉ ET DU GOUVERNEMENT
die, il est autre chose qu'un simple instrument dans Ta main du maître; il est un serviteur dans le sens propre du mot, un serviteur à qui l'on a confié une tâche, et qui est responsable de son accomplissement. Dans la sphère de son pouvoir, il gouverne, il exerce une autorité, subalterne il est vrai, mais absolue dans ses limites., et à ce titre on peut dire qu'il est fait à l'image, de Dieu. Mais comme cette autorité est déléguée, il est moralement obligé d'en faire un bon usage, selon les lumières de la raison que Dieu lui a donnée à cet effet. Quand il en use bien, il a droit à l'approbation morale ; quand il en abuse, il mérite le blâme et le châtiment, et la raison nous dit que tôt ou tard il rendra compte au souverain maître, juge incorruptible du bien et du mal, des pouvoirs qui lui ont été confiés.
Tel .'est le gouvernement moral de Dieu; et l'on voit que loin d'être incompatible avec la liberté, il la suppose dans ceux qui y sont soumis, et ne* peut s'exercer là ou elle n'est pas; car la responsabilité n'est pas moins inconciliable ayee la nécessité, que la lumière avec les ténèbres.
Observons en outre , que comme la puissance activé dans l'homme et dans toute créature est un présent de Dieu, l'existence, le degré et la durée de cette puissance dépendent de son bon plaisir, et qu'elle ne peut rien faire que ce qu*il a jugé convenable de lui permettre.
Notre pouvoir d'agir ne nous sauve pas de l'action des forces étrangères; notre puissance peut être empêchée ou forcée par une puissance supérieure; et celle de Dieu est toujours supérieure à celle de l'homme. Ce serait une folie insigne et une grande présomption de notre part, que de prétendre connaître toutes les voies du gouvernement de Dieu, et tous les moyens qu'il emploie pour que ses desseins soient accomplis par les hommes, agissant en
toute liberté et avec des vues différentes ou contraires ; » car autant les cieux sont au dessus de la terre , autant les voies de Dieu sont au. dessus de nos voies , et ses pensées au dessus de nos pensées.
Qu'un homme puisse exercer une grande influence sur les déterminations volontaires des autres hommes au moyen de l'éducation , de l'exemple ou de la persuasion , c'est un fait qu'il faut reconnaître, soit qu'on adopte le système de la liberté ou celui de la nécessité. Dans quelle proportion la responsabilité de ces déterminations se partage-t-elle entre la personne qui les a prises et celle qui a contribué à les lui faire prendre? Nous l'ignorons. Dieu seul le sait, et il en jugera dans son infaillible équité.
Tout ce que je prétends , c'est que si un homme doué de talents supérieurs peut influer si puissamment sur les actions de ses semblables , sans leur enlever leur liberté , la raison veut qu'on accorde à celui qui a fait l'homme, le pouvoir d'exercer sur lui , et sans détruire sa liberté > une plus grande influence encore. Jamais on ne prouvera , que Dieu n'ait pas assez de sagesse et de puissaijce pour gouverner des agents libres, de manière à ce que ses desseins soient accomplis.
Celui qui créa l'homme peut avoir pour gouverner ses déterminations sans détruire sa liberté 9 des moyens dont nous n'avons aucune idée ; et puisqu'il nous a donné cette liberté , il est évident qu'il peut y mettre les restrictions nécessaires à l'accomplissement de ses vues sages et bienveillantes. Tout ce qu'exige la justice de son gouvernement c'est que la responsabilité de ses créatures ne dépasse point le cercle de leur pouvoir; et sur ce point nous pouvons nous confier à la justice du Dieu qui nous a faits. Il résulte de ce que nous avons dit que l'hypothèse de la nécessité exclut la possibilité d'un gouvernement
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moral de l'univers; le gouvernement qui le régit dans cette hypothèse est absolument mécanique , et , bien ou mal , tout ce qui s'y fait est l'œuvre de Dieu. Dans l'hypothèse de la liberté, au contraire, rien de moins impossible que le gouvernement moral de l'univers , et rien de moips incompatible que ce gouvernement avec l'accomplissement des desseins que Dieu s'est proposés en le créant , et qu'il poursuit en le dirigeant.
Les arguments en faveur de la liberté morale qui ont le plus de valeur à mes yeux sont les trois suivants : i° l'homme a une conviction ou une croyance naturelle que dans beaucoup de cas il agit librement ; 2° il se sent responsable de ses actions; 3° il peut se proposer un but, et il est capable de le poursuivre par une longue série de moyens calculés pour y arriver.