SECOND ARGUMENT
Qu'il y ait une distinction essentielle et réelle entre Iè juste et l'injuste, une bonne conduite et une mauvaise; que la perfection morale soit un attribut nécessaire de la divinité; quel'homifie, enfin , soit un être moral capable d'agir bien ou mal , et responsable de ses actions devant celui qui l'a créé et qui lui a donné nn rôle à remplir sur le théâtre de la vie : ce sont là des principes proclamés par la conscience du genre humain, sur lesquels reposent toute morale et toute religion naturelle ou révélée 7 et qui ont été généralement reconnus par ceux-là même qui
3t4$ ESSAI IV. — *• CHAPITRE VII.
professent la doctrine de la nécessité. Je les supposerai donc accordés.
Ces principes fournissent un .argument palpable et, je pense, invincible, en faveur de la liberté morale.
Deux choses sont impliquées dans la notion d'un être moral et responsable; l'intelligence et la puissance active.
i° Il faut qu'il comprenne la loi à laquelle il est soumis, et l'obligation qui lui est imposée d'y obéir. L'obéissance morale doit être volontaire, et déterminée par l'autorité de la loi. Je puis commander à mon cheval de manger quand il a faim , de boire quand il à soif : il le fait , mais son action n'est pas une obéissance morale ; il ne comprend pas mon ordre, et ne peut avoir la volonté d'y obéir; n'ayant pas la notion d'obligation morale, il ne peut agir «n vertu de cette obligation ; en mangeant et en buvant, il n'est mû que par son appétit; mon autorité n'y est pour rien.
L'obligation morale est étrangère aux brutes, parce qu'elles n'ont pas le degré d'intelligence qu'elle implique. Elles ne peuvent s'élever à la conception d'une règle de conduite j ni comprendre l'obligation d'y obéir; elles peuvent nuire, elles ne sauraient pécher.
En vertu des facultés rationnelles qu'il a reçues de Dieu, l'homme, au contraire, est capable de comprendre la loi qui.lui est prescrite, et de concevoir l'obligation d'y obéir. Il sait qu'il est juste de ne nuire à personne v, et d'obéir à Dieu ; il se sent immédiatement convaincu que ces règles sont sacrées, et qu'il est obligé de les suivre; sa conscience l'approuve quand il les observe; elle lui apprend qu'il est coupable et qu'il démérite quand il les viole; et sans cette connaissance de la règle et de l'obligation qui en dérive, il ne serait point un être moral et responsable.