‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 62 sur 81 · Concevons-nous comment nous arrivons nous · texte numérisé non relu

Concevons-nous comment nous arrivons nous

a8o ESSAI IV.,— -CHAPITRE X.

mêmes à la certitude , par les facultés que Dieu nous a données ? Je plaindrais celui qui croirait bien comprendre comment il a conscience de ses propres pensées; comment il perçoit les objets extérieurs par les sens ; comment il se souvient des événements passés : il n'aurait pas en* core la science de spn ignorance.

4* Il me semble qu'il y a une grande analogie entre la prescience des faits contingents de l'avenir et la mémoire des faits £ontingfents du passé. Comme nous possédons ,. à quelque degré , la dernière , il nous est facile de ta concevoir parfaite dans la divinité; mais la première nous ayant été refusée , nous sommes portés à la croire impossible.

Dans l'un et l'autre cas, l'objet de la connaissance n'est pas ce qui a une existence actuelle ou une liaison nécessaire avec ce qui existe actuellement. Tout argument qui prouverait l'impossibilité de la prescience T prouverait /avec une égale force, l'impossibilité delà mémojre. S'il était vrai que rien ne peut être connu comme dérivant de ce qui existe , que ce qui en dérive nécessairement , il serait également vrai que rien ne peut être connu comme ayant précédé ce qui existe , que ce qui* l'a nécessairement précédé. S'il était vrai qu'aucun fait à venir ne peut être connu, à moins que la cause nécessaire de ce fait n'existe actuellement, il serait égale* ment vrai qu'aucun fait passé ne peut être connu, à moins qu'une suite nécessaire de ce fait n'existe présentement. Or le fataliste peut bien croire que les faits passés ont une connexion nécessaire avec les faits présens; mais il n'oserait assurément pas soutenir que c'est au moyen de cette connexion nécessaire que nous nous souvenons du passé.

Pourquoi regarderions-nous la prescience comme im-

possible dans le Tout-Puissant , quand il nous a donné une faculté qui offre avec elle une si frappante analogie , et qui n'est pas moins inexplicable pour l'entendement humain que la prescience elle-même? Il est plus raisonnable, et en même temps plus conforme au texte de l'Ecriture, de conclure avec un père de l'Église : « Quocircà « nullo modo cogimur , aut retentâ prescientiâ Dei tollere « voluntatis arbitrium, aut retento voluntatis arbitrio , « Deum , quod nefas est , negare praescium futurorum : a sed utrumque amplectimur , utrumque fideliter et ve- « raciter confitemur : illud ut benè credamus ; hoc ut « benè vivamus *. »

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