‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 63 sur 81 · DE LA PERMISSION DU MAL · texte numérisé non relu

DE LA PERMISSION DU MAL

Les avocats de la nécessité ont fait de la prescience divine un autre usage , qu'il est à propos d'examiner avant d'abandonner ce sujet.

On a dit : « Toutes les conséquences du système de la « fatalité, qu'on regarde comme les plus alarmantes, « découlent également de la prescience divine. Par exem- «t pie , dans un cas comme dans l'autre , Dieu est la ^éri- « table cause du mal moral; car supposer que Dieu

r «C'est pourquoi noua ne sommes nullement forcés ou de supprimer le libre « arbitre pour garder la prescience , ou de nier d'une manière impie la pres- « cience pour garder le libre arbitre. Nous les embrassons l'un et l'autre , nous «les confessons avec bonne foi et véracité; la prescience, pour bien croire; la • libre arbitre, pour bien vivre. » (St.-Adgustiw.)

a8a essai iv. — chapitre xi,

« prévoie et permette le mal qu'il pouvait prévenir, c'est «supposer qu'il le veut et qu'il le cause directement. « Avant qu'un homme vienne au monde, Dieu prévoit ce distinctement toutes les actions de sa vie et toutes les a conséquences qui en doivent suivre; si donc, il ne ju- « geait pas que cet homme et ses actions doivent être « utiles au but de la création et aux plans de sa providence, « il ne l'introduirait pas sur la scène de la vie. »

J'observerai que, dans ce raisonnement, on fait une supposition qui semble se contredire elle-même.

Admettre que toutes les actions d'un homme puissent être distinctement prévues, et qu'en même temps cet homme puisse ne pas exister, me paraît une incontestable contradiction. Je vois la même inconséquence à supposer qu'une action puisse être distinctement prévue, et cependant empêchée.

Car si elle est prévue, elle arrivera, et si elle est empêchée, elle n'arrivera pas, et par conséquent ne peut être prévue.

L'espèce de connaissance que l'on suppose ici n'est ni de la prescience, ni de la science, mais quelque chose qui diffère de l'une et de l'autre ; c'est un genre de con* naissance que quelques théologiens attribuaient à Dieu, dans leurs controverses sur Y ordre des .décrets divins , et dont d'autres théologiens niaient la possibilité , tout en soutenant avec force la prescience divine.

On appelait science moyenne , scientia média , cette connaissance qu'on voulait distinguer de la prescience; et par cette scientia média on entendait , non pas l'acte de connaître de toute éternité toutes les choses qui existeront , ce qui est la prescience , ni l'acte de connaître toutes les liaisons et tous les rapports des choses qui existent ou peuvent être conçues, ce qui est la science,

Page 1