‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 77 sur 81 · L APPROBATION IMPLIQUE LE JUGEMENT · texte numérisé non relu

L APPROBATION IMPLIQUE LE JUGEMENT

rive de la croyance à un bien futur, la crainte une seusation pénible qui dérive de la croyance à un mal à venir : dans les deux cas , la vivacité de la sensation se règle sur le degré de la croyance.

Notre respect pour l'homme de bien et notre mépris pour le malhonnête homme se composent également d'un jugement et d'une sensation, et ce dernier élément dépend tout-à-fait du premier.

On en peut dire autant de la reconnaissance pour les bons offices, et du ressentiment pour les injures.

Examinons maintenant comment je suis affecté , quand je vois un homme agir noblement dans une bonne cause. J'ai conscience que l'effet produit en moi par sa conduite est complexe, bien que cet effet puisse être désigné par un seul mot. J'estime sa vertu , je l'approuve, je l'admire, voilà l'expression du fait total. Que je ne puisse le faire sans éprouver du plaisir, c'est-à-dire une sensation agréable, on en convient. Mais ce n'est pas tout; je me sens en outre intéressé à ses succès et à sa gloire; or ceci est une affection, une affection d'amour et d'estime, qui est plus qu'une simple sensation ; car l'homme est l'objet de cet amour et de cette estime , au lieu que la simple sensation n'en a point.

J'ai également conscience que cette sensation et cette estime dépendent tout-à-fait du jugement que je porte, sur la conduite de cet homme. C'est parce que je la juge digne d'estime que je ne puis m'empêcher de l'estimer et de la contempler avec plaisir; persuadez-moi qu'il s'était laissé suborner, et qu'il agissait par quelque motif bas ou intéressé , à l'instant mon estime et mon plaisir s'évanouissent.

L'approbation d'une bonne conduite contient donc, il est vrai, une sensation, mais elle contient aussi un sen-

4l4 ESSAI V. — CHAPITRE VII. *

timent d'estime pour l'agent; et l'un et l'autre de ces éléments dépendent du jugement préalablement porté sur la conduite de cet agent.

Toutes les fois que j'applique ma. faculté morale soit à mes propres actions, soit à celles des autres, j'ai conscience que je juge, comme j'ai conscience que je sens ; j'accuse et j'excuse, je condamne et j'absous, j'accorde ou je refuse mon assentiment, je crois, je ne crois pas, je doute; or, cç sont là des actes de jugement, et point du tout des sensations.

Toute décision de l'entendement sur ce qui est vrai ou faux, est tyi jugement. Je ne dois pas voler, ni tuer, ni porter un faux témoignage : voilà des vérités dont je suis aussi convaincu que des propositions d'Euclide. J'ai conscience que je juge ces propositions vraies; et quand il s'agit des opérations de mon esprit, tous les arguments du monde ne peuvent affaiblir l'autorité de ce témoignage.

Je suis persuadé qu'en pareil cas les autres hommes jugent aussi bien qu'ils sentent; ce qui se passe en moi se passe aussi chez eux; ils jugent aussi en même temps qu'ils sentent; je l'affirme sur ce double fondement, qu'ils me comprennent quand j'exprime mes jugements moraux, et qu'ils expriment leurs propres jugements par les mêmes mots et les mêmes phrases.

Supposez qu'un de mes amis, dans une circonstance également bien connue de lui et de moi , me dise: Un tel s'est bien conduit, sa conduite a été parfaitement honnête; ou les mots de la langue n'ont aucune acception certaine, ou cette phrase exprime un jugement sur la conduite de cet homme, un jugement qui peut être vrai ou faux, et que je puis adopter ou rejeter sans offenser mon ami, comme je puis différer avec lui d'opinion sur toute autre matière de jugement.

^APPROBATION IMPLIQUE LE JUGEMEKT. l^lS

Supposons, maintenant, qu'en parlant dû même fart, mon ami me dise : La conduite de cet homme m9 a causé un grand plaisir; si l'approbation n7est autre chose qu'une sensation agréable , cette phrase doit avoiirle même setas que la première , efen" exprimer ni plus ni moins; or> c'est ce qui n'est pas vrai, par deux raisons.

D'abord , parce qu'il n'y a aucune règle de grammaire , aucune figure de rhétorique, aucune habitude de langage qui puisse identifier la signification de ces deux phrases. La. première exprime un jugement sur la conduite de l'homme dont on parle, et ne dit rien de celui qui parle; la seconde au contraire affirme un fait de celui qui parle, savoir , qu'il a éprouvé une sensation agréable.

Ensuite , parce qu'on peut contredire la première proposition sans offenser celui qui parle, attendu que la contradiction n'exprime alors qu'une différence d'opinion toute naturelle aux yeux d'un homme raisonnable, tandis qu'on ne peut contredire la seconde sans offenser celui qui l'a prononcée, attendu que chacun devant parfaitement connaître ce qu'il éprouve, contredire celui qui parle de ce qu'il a senti c'est l'accuser de mensonge.

Si l'approbation morale est un jugement qui engendre une sensation agréable dans l'esprit de celui qui juge, les deux phrases dont il s'agit sont parfaitement intelligibles dans le sens le plus naturel et le plus littéral. Leur signification est différente, mais ce qu'elles expriment est tellement lié que l'on peut inférer l'une de l'autre, comme on infère la cause de l'effet, ou l'effet de la cause; car, je sais que l'action qu'un homme juge méritoire lui cause nécessairement du plaisir , et que l'action qu'il trouve du plaisir à contempler doit nécessairement lui paraître méritoire. Mais, malgré le rapport qui les Unit, le jugement et le plaisir ne laissent pas d'être deux faits absolument

4l6 ESSAI V. CHAPITRE VII.

différents ; on peut les exprimer l'un et l'autre avec Une parfaite propriété; mais, précisément parce qu'ils sont absolument différents, la phrase qui exprime l'un est absolument impropre pour exprimer l'autre»

Si nous supposons, au contraire* que l'approbation morale n'est autre chose qvi'une sensation agréable excitée en nous par le spectacle d'une action i la seconde des deux phrases rapportées plus haut a une signification distincte , et exprime tout ce que l'on entend par approbation morale ; mais alors la première est réduite à avoir le même sens, ce qui n'est pas possibje comme nous venons de le voir, ou à n'en pas ayôir du tout.

C'est maintenant au lecteur à prononcer : qu?il dise si dans les innombrables circonstances où la conversation roule sur les actions et la conduite humaine, les phrases, de la nature de la première, ne sont pas aussi fréquentes, aussi familières, aussi parfaitement comprises que point d'autres qu'il connaisse^ et si on ne les retrouve pas universellement consacrées dans toutes les langues et à toutes les époques.

La doctrine qui réduit l'approbation morale à une pure sensation impliquerait donc cette singulière couséquence, que toutes les langues auraient adopté et emploieraient familièrement une phrase qui n'a point de sens, ou qui exprime d'une manière contraire à toutes les règles de la syntaxe et de la rhétorique un sens que chacun sait parfaitement exprimer d'unemanière conforme à ces règles.

Il est possible qu'uue expression bizarre ou même absurde soit introduite par le caprice ou le faux jugement d'un écrivain distingué, et que, répétée par de serviles imitateurs, elle se maintienne quelque temps jusqu'à ce que le bon sens en fasse justice; mais que la même absurdité pénètre dans toutes les langues, traverse tous les siè-

l'approbation implique le jugement. 417

clés, et qu'&près a voir été aperçue et signalée elle conserve encore son crédit et ne perde rien de sa popularité dans le langage, c'est ce qui n'arrivera jamais tant que Ifes hommes conserveront la faculté de distinguer la vérité de l'erreur.

Observons en passant que le même argument s'applique avec une égale force aux autres opinions paradoxales de la philosophie moderne, parallèles à celle qui nous occupe, savoir: que la beauté et la laideur ne sçnt point des qualités de l'objet contemplé , mais de pures émotions dans l'esprit qui contemple y qu'il en est de même des qualités secondaires; et qu'en .général nos sens internes et externes sont simplement des facultés qui sentent, et point du tout des facultés1 qui jugent.

. Ql*e; des .locutions consacrées dans toutes les langues a l'expression du jugement aient été employées dans tous lestageset chez, toutes les nations à l'expression de ce qui n'est point un jugement, ou que des sensations qui ont dans toutes les langues leur expression propre aient é|;é. universellement représentées par des formules consacrées à un autre usage, ce sont là des bizarreries qu'il m'est impossible d'admettre. Je persisté à croire que le langage est la traduction de la pensée, et que si les hompjps drçe^ qriih jugent des qualités premières et des qualités sectaires par leurs sens, de la beauté et de la laideurp^r fem goût* du vice et déjà vertu par leur faculté mo£ale,iç'e#f qu'ils le font comme ils le disent;. . ; Une vérité aussi évidente ne pouvait être obscurcie et mise eji do^e.q^^par l'abus dç mots Je. plus étraagey et dans aucune autre matière les abus de cette espèce n'ont éfé.plus fréqu^s^Poij^, les, éviter autant que possible je me sv}is constamment servi des mots de jugement et ^sensation, parce <q\}e ce,SQiït peux qui prêtent le moins vi. U7

4î8 fcSSM V. CHAPITRE VH.

à l'équivoque; mais il en est d'autres qui ont été employés dans cette controverse et sur lesquels quelques observations ne seront pas mutiles.

Hume, dans son Traité de la nature humaine , a consacré à la question qui nous occupe , deux sections sous les titres suivants : Que les distinctions morales ne dérivent point de la raison; Que lès distinctions morales dérivent d'un sens moral.

Quand il ne se laisse pas aller par habitude et par mégarde à parler de la raison comme tout le monde., il restreint la signification de ce mot à lai faculté dû juger en matière purement spéculative; cPoù iT conclut a que la raison est en elle-même inactive et parfaitece ment inerte; que les actions peuvent être' louables "ou « blâmables f mais qu'elles ne peuvent être ni raisoàha- « blés, ni déraisonnables'; tjpi'il n'est pas contraire à la « raison de préférer la destruction du moftde entier à « une égratignure au doigt, ou de courir à sa propre « ttiine pour empêcher qu'un Indien , ou toute autre per- « sonne inconnue^ soqffre le ftioiridre maï; qu'enfin te « raison n'est et ne peut êtrfc autre chose que l'histrû- « ment des passions, et que son seul1 office consiste -à les « servir et à leur obéir.» : ;î* ' -*' . ■' '""

Si l'on prend le mot taïsori dans PaccepWonr que lds philosophes et le vulgaire ont coutume de lui tioiinerycè n'est pas assez de dire que ces maximes sont Taùsses1; il faut aller plos loiii et dire: qu'elles sont iiHmôra'les. Uttié seule considération peut les sauver de ce reproche; eest que l'auteur a perverti Prictieptioh fconimûne des ' mots raison et passion. *> . i tiI: *>•

Le sens d'un met Usuel ne^dok pasëfre fixé par uti'é théorie philosophique, .mais par l'usage; que si Fôn prend la liberté délimiter ou d'étendre a, son gré la sigutfica*

l'approbation implique le jugement. 4*9

tion des termes vulgaires, on pourra toujours, comme Mandeville, insinuer, sous une apparence plausible, les plus révoltants paradoxes. J'ai déjà fait quelques observations sur le sens du mot raison dans; les précédents Essais 1 ; j'y renvoie le lecteur.

Lorsque Hume fait dériver les distinctions morales d'un sens moral, il parle ma langue; mais je ne partage point sa pensée. Selon moi, toutes les facultés qui ont reçu du vulgaire la dénomination de sens sont des facultés judiciaires, et ont été regardées comme telles dans tous les -temps ; à mon avis doric , le sens mo+ rai est la faculté de juger en matière morale; Hume pensé tout autrement; selon lui le sens moral est une faculté de sentir et non de juger , et c'est là , selon moi , pervertir l'acception des mots.

Les auteurs, qui n'aperçoivent dan» l'approbation morale qu'une simple sensation , se servent très souvent du mot Sentiment pour exprimer la sensation isblée du jugement. Je crois que c'est encore là un abus de mots. On peut, sans impropriété , appeler sentiments moraux hôs déterminations morales; car, ou je m'abuse, ou le mot senti* ment y dans notre langue, ne signifie jamais une pure sensation, mais un jugement accompagné de sensation. Otî s'en servait autrefois pour signifier toute espèce déjuger ment ou d'opinion ; on ne l'applique plus guère aujour* d'hui qu'aux opinions ou aux jugements qui produisent quelque émotion agréable ou pénible ; c'est ainsi que jioufc disons les sentiments d'estime1, de respect ydet reconnaissance\ mais je n'ai jamais entendu appeler sentîmes > la douleur de la godttç, ni aucune autre simple sensation de feine ou de. plaisir.

Hume a employé le mot même de jugement pour ex-

1 E«sai II, chap. 11. — Essai III, part, ni, cliap. 1. ' »

^aO ESSAI V. CHAPITRE VII.

primer ce qui , d'après sa doctrine, n'est qu'une simple sensation : « Le mot de perception, dit-il, n'est pas moins a applicable axinjugements par lesquels nous distinguons « le bien et le mal moral., qu'à toute autre opération de « l'esprit l. » Peut-être ne s'est-il servi de cette expression que par inadvertance ; car, le plus grand abus de mots qu'on puisse commettre, ce me semble, c'est d'appeler/wgement ce qu'on tient pour une pure sensation.

Un jugement est nécessairement impliqué, dans tous les termes que les. philosophes et. le vulgaire emploient le plus habituellement pour exprimer les opérations de la faculté morale; tels sont les mots décision, détermination, sentence, approbation, désapprobation, applaudissement, censure, louange, blâme. Lors donc qu'ils sont employés par Hume et par les défenseurs de sa doctrine, .pour désigner de pures sensations , c'est un abus de mots évident. $i -ces philosophes veulent s'exprimer avec clarté et propriété, ils doivent rejeter toutes ces expressions et parlant de morale; car, la signification qu'elles ont reçue de l'usage e^t. contraire à celle qu'ils sont obligés de leur donner.

Ils doivent également bannir de leurs Traités, de morale les expressions doit et ne doit pas , qui exprimant avec propriété un jugement, .mais qui ne sauraient, désigner avec propriété une sensatiou. Hume a fait sur ces mots une ohservation quj5 je citerai, et sur laquelle je présente* rai quelque^ réflexions. ,

.. « Je np pUjis tri empêcher d'ajouter à ces raisonnements «une observation qu'on jugera peut-être de quelque, im- « portance. Dftns tous le? systèmes de morale :quc j'ai rertr « contrés jusqu'ici j'ai toujours remarqué que pendant

i Traité de la nature humaine, part. III , page 3.

l'ajpprobàtioi* implique le jugement. 4*1

* quelque temps l'auteur procède selon la voie ordinaire « du raisonnement, et parle do Dieu et des affaires hu- « maines en se servant de la formule est ou n'est pas ; « puisque tout- à -coup on est surpris de voir qii'il substi- << tue partout à ces mots, qui sont le lien ordinaire de la « proposition, oes autres mots doit et nçdoitpas.Ce ehange- « ment presque imperceptible est cependant de la dernière « importance Comme ces derniers mots expriment néce^- « sairement quelque nouveau rapport, quelque nouvelle af- <c firmation, ils devraient êtrç accctfnpagnés d'observations « et d'explications, et il serait bon de montrer par quel « procédé tout-à-fait inconcevable ce nouveau rapport est « déduit d'autres rapports entièrement différents. Comme « les auteurs ne prennent pas ordinairement cette précau- « tion, je me permets de la recommander aux lecteurs , et je « suis persuadé qu'elle suffit pour renverser tous les sj^tèmes « vulgaires de morale et pour démontrer que la distinction « du vice et de la veirfcu n'est point exclusivement fondée « sur les rapports des objets, ni -perçue par la raison *. »

Hume reconnaît ici que les mots doit et ne doit? pas expriment un rapport ou une affirmation, mais un rapport et une affirmation qu'il regarde comme inexplicables , ou du moins comme incompatibles avec son Système ; il a du en conclure qu'on ne devait pas employer ces termes en morale.

En même temps il pose deux questions, et, admettant qu'on ne peut y répondre, il demeure persuadé que ce fait suffit pour renverser tous les systèmes rfe Morale.

Il demande d'abord qu'on explique 'les mots doit et ne doit pas.

Pour quiconque entend la langueil n'y a certainement

1 Traite de la nature humaine , part. III, page 3. '

pas de mots qui aient moins besoin d'explication. Tou$ les hommes n'ont-ife pas appris, dès leurs plus jeunes années, qu'ils ne doivent pas mentir, ni voler, ni jurer en vain? Mais Hume prétend qu'on n'a jamais compris ce que signifient ces préceptes , ou plutôt qu'ils sont inintelligibles; j'avoue que s'il en est ainsi tous les systèmes vulgaires de motale sont renversés; mais je me permets d'en douter.

Le docteur Johnson dit dans son dictionnaire que le mot devait signifie être obligé, et je ne sache pas qu'on «a puisse donner une meilleure explication. Le lecteur a. pu voir ailleurs ce que j'ai cru nécessaire de dire moimême sur le rapport moral exprimé par ce mot x.

La seconde demande faite par Hume, c'est qu'on lui explique par quel procédé ce rapport est déduit d'autres rapports tout-à-fait, différents.

Faire cette demande , c'est Vouloir qu'on explique ce qui n'est pas/ Les premiers principes de la morale ne sont point des déductions; ils sont évidents par eux-mêmes; et leur vérité, comme celle de tous les axiomes j est perçue indépendamment de tout raisonnement et de toute déduction. Quant aux vérités morales qui n'ont pas une évidence intuitive» elles sont déduites, non pas de rapports tout-àffait différents, mais dés premiers principes de la morale.

Dans unematière aussi intéressante pour le genre humain, quç la morale, et qui est souvent un sujet d'entrer . tien parmi tes savants et les ignorants, il y a tout lieu de croire que le met propre ne manque point aux hommes pour exprimer leurs jugements et leurs impressions, et . qu'ils les rendent sans violer les règles du langage* Far

1 Essai III , part, m . chap. 5. '

l'approbation implique le jugement* 423

conséquent un système qui déclare impropre et contraire aux lois grammaticales le langage de toutes les nations et de tous les temps sur la morale, est par cela seul jugé , et n'a pas besoin d'autre réfutation.

Les hommes ayant toujours entendu par le mot raison la faculté qui a pour mission die régler non seulement nos opinions spéculatives mais aussi. nos actions, on peut dire avec une propriété parfaite que tout vice est contraire à la raison, et que nous pouvons juger par la raison de ce .que nous devons faire comme de ce que nous devons penser.

. Mais bien que tout vice .soit contraire à la raison , je pense qu'on ne définirait pas exactement le vice en l'appelant une conduite contraire à la raison, parce que cette définition s'appliquerait également; k la folie , que tous les botnmes distinguent du vice.

On a employé pour définir le vice d'autres phrases que je ne vois aucun motif d'adopter ; on a dit que c'était une panière d'agir contrair^aux rapports desdio$es7 contraire à la raison des choses y à In çpnvçwinQe des choses, à la vérité des. choses , à la convenance absolue. Ges locution* n'ont ^pas pour elles l'autorité de l'usage général , qui est grande en matière de langage ; du les a inventées pour expliquer la nature du vice; mais «'est. un but qu'elles n'atteignent pas ;;c^,dajas le$e#s le plus favorable qu'on puisse leur prçtflr^çljfis ne s'appliquent pas seulement aux vices , mais à tous les genres de folie et d'absurdité.

Je terminerai ce chapitre par quelques observations sur les cinq arguments que Hume a présentés- sur le sujet qui nous occupe dans ses Recherches sur les principes de la morale.

Le premier c'est qu'il est impossible de citer un seul cas particulier où l'hypothèse qu'il combat devienne intel-

4^4 KSSAI V. — CHAPITRÉ VU.

ligible, quelque spécieuse qu'elle puisse paraître quand on reste dans les généralités ; «Et par exemple, dit-il, examicc nez l'ingratitude , considérez Tune après l'autre toutes les « circonstances de ce crime, et cherchez par la seule raison « en quoi consiste le démérite ou le blâme qui s'y attache, « jamais vous ne pourrezle déterminer '. »

Je n'ai pas besoin de suivre l'auteur à travers toutes les explications de l'ingratitude qu'il suppose que peuvent donner les adversaires qu'il combat, car je suis cKaccord avec lui sur celle qu'il adopte, savoir : cr Que ce crime « résulte d'une complication de circonstances qui , pré- « sentées au spectateur, excitent en lui le sentiment du « blâme en vertu de la constitution de son esprit *. »

Il pense que c'eçt là une explication intelligible et vraie de l'ingratitude; je suis de son avis, et j'en conclus que l'hypothèse qu'il combat est intelligible quand on l'applique à un cas particulier.

Hume pensait sans doute que cette explication était incompatible avec l'hypothèse qu'il combattait et devait être rejetée par les partisans de cette hypothèse; il n'a pu tomber dans cette erreur, qu'en supposant accordé l'un de ces deux faits; ou que ces mots sentiment du blâme ne signifient qu'une sensation sans jugement; ou que tout ce qui est causé par la constitution particulière de l'ès^ prit est nécessairement une sensation et ne saurait être un jugement. Mais ce sont deux propositions que je n'accorde point.

D'abord il me paraît évident que les mots de sentiment et de blâme impliquent l'un et l'autre un jugement , et que par conséquent l'expression sentiment du blâme implique

1 Recîierckes , addition première, art. i a Ibid.

er

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