‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 13 sur 77 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DES OPERATIONS SOCIALES DE l'eSPRIT.

11 y a une autre division des facultés de l'ame, que les philosophes ont négligée , et qui méritait cependant leur

DES OPÉKATIOTfS SOCIALES DE l'eSPRIT. 85

attention , parce qu'elle a un fondement réel dans la na-* tiire des choses. Quelques-unes des opérations de notre esprit sont sociales , d'autres sont solitaires.

J'entends par opérations sociales celles qui supposent que nous sommes en commerce avec d'autres êtres intelligents. Un homme peut penser, vouloir, concevoir , juger, raisonner, et être seul dans l'univers; mais quand il interroge , quand il porte témoignage ou qu'il reçoit celui d'autrui; quand il demande une faveur, ou qu'il l'accepte; quand il commande ou obéit; quand il engage sa foi dans une promesse ou dans un contrat , ce sont là des actes qui ne peuvent avoir lieu dans la solitude. Ils supposent sans doute l'entendement et la volonté ; mais ils supposent quelque chose de plus, qui n'est ni l'un ni l'autre, savoir un état de société entre des êtres intelligents. Ils dérivent de facultés intellectuelles , si l'on veut , puisqu'ils ne peuvent se produire que dans des êtres doués d'intelligence; mais ils ne sont ni la simple appréhension , ni le jugement , ni le raisonnement , ni une combinaison quelconque de, ces opérations.

Interroger, est une opération aussi simple que juger ou raisonner : cependant ce n'est ni une simple appréhension, ni un jugement, ni un raisonnement. Il en est de même du témoignage, dd la promesse, du contrat. Nous avons une idée, parfaitement distincte de tous ces actes^ de l'entendement; mais quand les philosophes veulent les réduire à l'échelle de leurs divisions, ils ne trouvent en eux> qu'obscurités et contradictions. On peut en prendre uneidée dans Les recherches de Htime sur les principes de la^ morale '.

Les efforts; des philosophes pour fçiire rentrer- les opé-

' Section lU, daus la note vers la fin.

86 ESSAI I. CHAPITRE VHÎ.

rations sociales dans leurs divisions consacrées , ressem* blent beaucoup à ceux qu'on a faits pour ramener tontes nos affections sociales à certaines modifications de l'amourpropre. L'auteur de la nature nous ayant destinés à vivre efi société, il a pourvu notre entendement de facultés sociales , comme il a placé dans notre cœur des affections sociales. Ces facultés et ces affections sont des éléments priitiitifsde notre constitution, et l'activitë des unes et des autres n'est pas moins naturelle (^ne celle de nos facultés personnelles et solitaires.

Nos faouttéâ , aussi bien que nos affections sociales , se développent de très-bonne heure, et bien avant que noua soyons capables de raisonner ; et cependant elles impliquent également la conviction qu'il existe d'autres êtres înt^igéûts. L^enfant qui interroge sa nourrice fait un acte qui ne suppose pas seulement le désir de connaître ce qu'il demande , mais la conviction que sa nourrice est un être intelligent , qu'il peut lui communiquer ses ptasées , et qu'elle peut à son tour lui communiquer les siennes^ Comment est-il arrivé sitôt à cette ferme croyance? Cette question bien résolue éclairerait la philosophie de l'esprit humain ; elle était digne d'occuper sérieusement les philosophes. Mais ni cette conviction précoce , ni les opération» de l'e&prit qui la supposent ^ n'ont attiré leur attention : nous y reviendrons dans la suite.

Toutes les langue^ soiit calculées pdur exprimer les opérations sociales de l'esprit , aussi bien que ses opérations sdlitaires. On peut même afBntier que l'expression des premières est le but priàfiitif et direct du langage. Un homme qui n'aurait point de t;ommerce avec des éttl^^ intelligetats n'aurait point de langage; il serait plus muet que les animaux , puisque ceux-ci ont quelque commerce entr'eux , et même avec l'homme. Il est vrai

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