DES OPERATIONS SOCIAXES DE L^ESPRIT
qu€ lorsque nous sommes en possession du langage, il aide puissamment nos méditations solitaires : nous avons plus de prise et d'empire sur nos idées quand elles sont revêtues de mots; mais ce ne fut point là sa destination primitive , et la constitution de toutes les langues démontre que cette fin n'est pas la seule qu'elles aient à remplir.
Dans toutes les langues, l'interrogation , le comman* dément, la promesse, qui sont des actes sociaux, s'expriment aussi facilement et avec autant de propriété que le jugement, qui est un acte solitaire. L'expression du jugement a été honorée d'un nom particulier : on la nomme proposition ; elle a obtenu toute Inattention des philosophes; ils l'ont analysée dans ses éléments de sujet ^ de prédicat ou à^attribiùt et de copule; les diverses modifications de ceux-ci, et des propositions qui en sont composées , forment la matière d'un nombre prodigieux de volumes. L'expression de l'interrogation , du commandement , de la promesse , n'était pas moins susceptible d'être analysée ; cependant elle ne l'a point été et jamais elle n'a porté un autre nom que les actes qu'elle énonce.
Pourquoi les philosophes ont-ils pris tant de peine à analyser nos opérations solitaires , et si complètement négligé nos opérations sociales? Je n^ën vois qu'une raison , c'est que les opérations sociales ont été oubliées dans toutes les divisions des opérations de l'esprit : cet oubli les a laissées dans l'ombre.
Dans toutes les langues, la seconde personne des verbes, le pronom de la secondé personne et le vocatif des* noms, ont pour destination propre l'expression des opérations sociales; s'ils n'avaient pas celle-là , ils n'en auraient point. Et qu'on n'objecte pas que quelquefois, par une figure de rhétorique , nous nous adressons au vocatif et à
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la secoode personne , à des personnes absentes , et même à des êtres inanimés : cela même confirme notre remarque; car il n'est point de sens figuré qui ne présuppose un sens naturel antérieur.