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lion ne serait point produite par les vibrations de ce même milieu ou de quelqu'autre , excitées dans les nerfs auditifs par le tremblement de l'air, et propagées le long des fibres solides, diaphanes et uniformes de ces nerfs ? et ainsi de suite pour les autres sens ».
Ce <j.ue Newton avait simplement indiqué comme un objet de méditation et de recherches , le docteur Hartley, dans ses Observations sur Vhommey l'a supposé comme une vérité constante; et, de cette doctrine des vibrations jointe à celle de l'association , il a déduit dans la forme géométrique un système complet des facultés de l'esprit humain.
L'idée qu'il se fait des vibrations excitées dans les nerfs, est exprimée dans les deux propositions suivantes: I** « Les objets extérieurs qui frappent les sens, occa- « sionent d'abord dans les nerfs sur lesquels ils agissent tf et ensuite dans le cerveau, des vibrations de parties « médullaires infiniment petites et que l'on peut nom^ a iper si l'on veut infinitésimales. » a° « Ces vibrations sont « excitées et propagées en partie par l'éther , c'est-à-dire « par un fluide élastique très-subtil, en partie par l'uni- « formité, la continuité., la souplesse et l'énergie de la « substance médullaire du cerveau , de la moelle épinière « et des nerfs ^. »
La modestie et la défiance avec lesquelles le docteur Hartley présente son système, semblent du reste demander grâce pour lui à la critique. Quelques conjectures et quelques aperçus sur les points difficiles, un court exposé des principaux motifs d'évidence sur les points moins obscurs , voilà tout ce qu'il promet au lecteur; il se sent incapable d'appliquer avec exactitude la vraie méthode philosophique recommandée et suivie par Newton; tout
» Ohs9rvatïons sur l'homme. — Part. I, propositions 4 el 5.
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ce qu'il se propose, c'est de jeter quelques vues pour l'utilité de ceux qui viendront après lui. Assurément il répugne de traiter sévèrement une doctrine proposée de la sorte et avec de si bonnes intentions. Cependant, comme la tendance du système des vibrations est de faire de toutes les opérations de l'ame un pur mécanisme , soumis aux lois de la matière et du mouvement , et comme il a eu des partisans qui l'ont regardé comme démontré , je ferai quelques remarques sur la partie de ce système , relative aux impressions faites sur les nerfs et le cerveau dans 1;^ perception.
On peut observer, en général, que l'ouvrage tout entier de Hartley est une chaîne de propositions, suivies de leurs preuves et de leurs corollaires , et disposées dans un ordre et sous une forme scientifique. La plupart, comme il a eu la bonne foi de le reconnaître , ne sont que des conjectures ; cependant elles se trouvent confondues avec les propositions appuyées de preuves solides , sans que rien distingue les. unes des autres; de ces conjectures, il tire des corollaires qui deviennent eux-mêmes le fondement de nouvelles propositions, et le tout ensemble forme son système. Un système de cette espèce ressemble à une chaîne, dont quelques anneaux seraient très-forts et les autres très -faibles: la force de la chaîne est déterminée par celle des anneaux faibles; car, si ceuxci viennent à rompre, elle est détruite, et le poids qu'elle soutenait se précipite vers la terre.
C'est un malheur de tous les temps que les philosoplies se soient égarés dans des systèmes appuyés en partie sur les faits, en partie sur des conjectures. Il est d'autant pltis déplorable qu'un homme, du mérite et delà candeur de Hartley, ait suivi la foule dans cette route trompeuse, qu'il exprime souvent sa juste admiration pour la mé-
thode sévère prescrite par Bacon et par Newton. Ce dernier considérait comme un reproche qu'on appelât son système son hypothèse^ et il dit avec une sorte de dédain, hypothèses nonfingo. Il est étrange que le docteur Hartley non-seulement s'engage dans cette fausse direction , mais qu'il y engage les autres autant qu'il dépend de lui. C'est pourtant ce qq'il fait lorsqu'il propose la règle arithmétique à% fausse position . ^ l'art de déchiffrer, comme exemples des moyens, à employer pour découvrir la vérité '.
Quant aux vibrations et aux vibratiuncules, soit d'un fluide élastique , soit des molçcules infiniment petites du cerveau et des nerfs , on ne saurait nier absolument qu'il ne se passe, peut-être en nous quelque chose de semblable ; et ce sont des faits sur la réalité desquels il n'est pas défendu de fairc^ des recherches. Mais lorsque nous n'avons pas la moindre preuve de leur existence, les employer à la solution des phénomènes et élever un système sur cette base unique , c'est ee qu'on appelle y ce me semble y bâtir des châteaux en l'air..
Selon les règles établies par Newton , quand on veut rendre raison d'une opération de la nature, les causes assignées aux phénomènes doivent d'abord avoir une existence réelle ; elles doivent ensuite suffire à l'explication des effets qu'on leur attribue.
Or, en premier lieu, pour ce qui regarde l'existence des vibrations de la substance médullaire des nerfs et du cerveau, voici les preuves qu'on en fournit: i** Il est d'expérience que les sensations de la vue et de l'ouïe et quelques sensations du toucher , ont une certaine durée, quoique très-courte, a** Bien qu'il ne soit pas proiîvé que les sensation^ du goût, de l'odorat et la plus grande partie
' Ibid, Partie I, proposition 87.
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de celles du toucher^ aient également de la durée , ce* pendant, dit l'auteur, l'analogie nous porte à croire qu'elles ne doivent point difFérer sous ce rapport des sensations de la vue fit de l'ouïe, 3® La durée de toutes nos sensations étant ainsi établie , il s'ensuit que les objets extérieurs impriment un mouvement de vibration à la substance médullaire des nerfs et du cerveau , parc6 que cette espèce de mouvement est la seule qui puisse subsister quelque temps.
Dans cette chaîne dé preuves, la première est forte, parce qu'elle est une vérité d'expérience ; la seconde est très-faible; la troisième l'est encore davantage. En effet, lé mouvement de vibration n'est pas le seul qui puisse avoir quelque durée ; d'autres en sont susceptibles , tels que celui de rotation, celui de tension et de détension d'uil ressort, et peut-être d'autres encore que nous ne con* naissons pas. Nous ne savons pas non plus si l'effet produit sur les nerfs est un mouvement; ce peut être une pression, une attraction., une répulsion ou quélqu'autre phénomène d'une nature inconnue.. Ainsi l'argument or^ dinaire en faveur de toute hypothèse , savoir que nous ne connaissons pas d'autre manière dont les phénomènes pourraient être produits, manque à celle de Hartley. La réalité des vibrations dans tes particules infiniment petites des neffs et du cerveau, n'est donc pas prouvée.
On pourrait croire que l'existence d'un éther élastique et susceptible de vibrer repose sur un fondement plus solide ^ l'autorité de Newtoii. Mais il faut observer que , quoique ce grand homme ait songé à cet éther près de cinquante ans avant sa mort, et que, durant ce long intervalle, il n'ait cessé de l'avoir présent à l'esprit comme un sujet de recherches , il ne paraît pas cependant qu'il ait jamais trouvé une preuve convaincante de son exis-
Io4 ESSAI II. CHAPITilE III.
tence , puisqu'à la fin de sa vie il considérait encore sa réalité comme une question. Dans l'^f^ au lecteur^ mis à la tête de la seconde édition de son Optique, en 17 17, il s'en explique ainsi : « Pour qu'on ne pense pas que je « place la gravité parmi les propriétés essentielles des « corps , j'ai fait de sa cause l'objet d'une question : je dis « d'une question , car je ne regarde point cette cause « comme une chose établie. » Ainsi à s'en tenir à l'autorité de Newton , l'existence de cet éther n'est point un fait prouvé y mais un fait sur liequel il faut interroger Pexpérienoe : et je n'ai jamais oui; dire que , depuis Newton, rien de nouveau ait été produit en sa faveur.
a Mais , dit le docteur Hartley , si l'existence de Tétller <^ et de ses propriétés manque de preuves directes , on a ne peut nier qu'il n'explique un grand nombre de « phénomènes, ce qui est une preuve indirecte. » Il n'est point d'hypothèse inventée par un homme d'esprit^ qui n'ait pour eUe cette sorte d'évidence; les tourbillons.de Descartes, les sy^hes et les gnomes de Pope, servent aussi à expliquer un grand nombre de phénomènes.
Quand uo homme, à force de labeur et d'esprit, est parvenu à réduire une hypothèse en système, il prend pour cette hypotèse ujaç- affection qui peut égarer le meilleur jugement. Hartley en offre un exemple frappant. Dans sa préface , il donne une pleine approbation à \9t méthode philosophique recommandée et suivie par Newton ; mais ayant une fois dévié de cette méthode dans la pratique, il est à la fin amené à justifier cette déviation en théorie et à présenter des arguments en Êlveur d'une méthode diamétralement opposée, ce Nous admettons k clef d'un chiffre , « dîi^il, quand elle explique complètement le chiffre. » Je réponds que pour trouver la clef d'un chiffre , il faut une intelligence égale ou supérieure à celle qui est nécessaire
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pour l'inventer; cet exemple sera donc concluant, 31 le philosophe, qui entreprend de dëchifFrerla nature par des hypothèses, égale ou surpasse en intelligence l'Auteur de la nature. On a souvent porté le défi aux partisans des hypothèses de citer une seule découverte dans les ouvrages de la nature , qui ait été faite par la méthode des hypothèses ; si l'on pouvait en citer , il en faudrait conclure que Bacon et Newton ont fait grand tort à la philosophie, en s'élevant contre cette méthode; mais si l'histoire de la science n'en offre point d'exemples , nous devons déclarer avec ces grands hommes , que tout système qui prétend expliquer les phénomènes de la nature par des hypothèses ou des conjectures, est faux et illégitime, et n'est propre qu'à flatter notre orgueil par l'opinion trompeuse que nous savons ce que nous ignorons.
L'auteur nous dit , « qu'une hypothèse qui explique un « grand nombre de faits, sert à classer ces faits dans un « ordre convenable, à en suggérer de nouveaux , et à faire a des expérimenta crucis pour l'utilité de ceux qui vien- <c dront après nous. )>
Qu'on emploie les hypothèses à quelques-uns de ces usages si elles peuvent s'y prêter, qu'elles suggèrent des expériences , qu^elles dirigent nos recherches, nous y consentons ; mais que l'on consente aussi à ce qu'une induction rigoureuse soit le seul principe de notre conviction.
Aux yeux de l'auteur la règle Aq fausse position est un exemple qui prouve d'une manière remarquable comment on peut être conduit avec précision et certitude à une conclusion vraie, en partant d'une hypothèse. «Il est de « l'essence de l'algèbre , dit- il , de procéder par voie de « supposition. »
Cela est vrai ; mais cela n'autorise nullement l'emploi
Io6 ESSAI II. CHAPITRE IIÎ.
des hypothèses dans l'expUcation des phénomènes natureFs. Quand on cherche un nombre ou une quantité quelconque inconnus qui doivent remplir certaines conditions, on peut les trouver d'une manière scientifique par la règle de fausse position ou par l'analyse algébrique; et lorsqu'ils sont trouvés, on peut démontrer synthétiquement qu'ils sont le nombre ou la quantité cherchés, parce qu'ils remplissent toutes les conditions requises. Mais autre chose est de trouver une quantité qui doit satisfaire à des conditions données, autre chose de découvrir les lois par lesquelles il a plu à Dieu de gouverner le monde et de produire les phénomènes qui tombent sous notre observation. Nous n'accorderons quelque force à cet argument , que quand on nous montrera que la cause d'un phénomène naturel a été ou peut être déterminée, comme l'est une quantité inconnue par la règle de fausse position ou par l'analyse algébrique ; et je crains fort que cela n'arrive point, avant cette heureuse époque prédite par Hartley , « oii les générations « futures réduiront toute espèce de preuves et de recher- « ches au pied des mathématiques ; où les dix catégories « d'Aristote , et les quarante genres suprêmes de l'évéquè « Wilkin ne formeront plus qu'une seule catégorie et un c( seul genre, la quantité^ et ot} les mathématiques, là « logique, l'histoire naturelle , l'histoire civile , la phi- « losophie naturelle et toutes les philosophies possibles « coïncideront omni ex parte. »,
Depuis que Newton a posé les règles qiil doivent nous guider dans la recherche des lois de la nature, beaucoup de philosophes s'en sont écartés dans la pratique ; peut-être même en est-il peu qui leur aient accordé le respect qu'elles méritent ; mais elles ont obtenu une approbation générale , comme étant parfaitement fondées