HYPOTHÈSES SUR LES NERFS ET LE CERVEAU. IO
en raison , et indiquant le seul chemin qui puisse conduire à 1^ connaissance des ouvrages de la nature; Le docteur Hartley est le seul auteur , à ma connaissance, qui les ait attaquées et qui ait pris la peine de chercher des arguments en faveur de la méthode discréditée de rhypothèse.
La seconde qualité qu'exige Newton dans les causes assignées aux phénomènes naturels , c'est d'être suffisantes pour les expliquer. C'est par les vibrations et les vibratiuncules de la substance médullaire des nerfs et du cerveau que Hartley prétend expliquer toutes nos sensations, toutes nos idées , et en général toutes les opérations de notre esprit ; voyons en peu de .mots jusqu'à quel point elles suffisent au rôle qu'il leur impose.
Ce serait être injuste envers Hartley, que de le croire matérialiste; il expose ses sentiments avec beaucoup de candeur, et il ne faut point les étendre plus loin que ses expressions ne les conduisent. Il résulte pour lui, de sa théorie , que si la matière pouvait éprouver les plus grossières sensations , elle pourrait s'élever à toute l'intelligence dont l'esprit de l'homme est doué; il croit que sa théorie renverse tous les arguments en faveur de l'immatérialité de l'ame, tirés de la subtilité de nos sens internes et de nos facultés rationnelles; mais il ne prend pas sur lui de décider si la matière est ou non susceptible de sensation; il reconnaît même, que la matière et le mouvement, avec quelque habileté qu'on les analyse et qu'on etï raisonne, ne rendent toujours que de la matière et du mouvement; et, en conséquence, il désavoue toute interprétation qui tendrait à le ranger parmi les adversaires de l'immatérialité de Tame.
On aurait donc tort de voir dans sa théorie des vibrations une véritable explication de nos sensations. Il serait
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eu effet bien ridicule de soutenir que le mouvement doit nécessairement produire de la pensée , ou que les vibrations des nerfs doivent en produire plutôt que les oscillations du pendule. Le docteur Hartley repousse cette opinion; il ne faut pas la lui imputer. Tout ce qu'il prétend, c'est que dans la constitution humaine, il y ^ une certaine connexion entre les vibrations de la substance médullaire des nerfs et du cerveau , et les pensées de l'esprit; en sorte que lès pensées dépendent entièrement des vibrations, et que chaque espèce de pensée dans l'esprit est la suite d'une vibration ou vibratiuncule correspondante dans les nerfs et le cerveau; nos sensations naissent des vibrations, nos idées des vibratiuncules, et, sous ces deux noms , il comprend toutes les opérations de l'esprit.
Mais quelle preuve attendre de cette connexion entre les vibrations et la pensée , quand Pexisteuce des vibrations est encore une hypothèse? Il est impossible que la connexion de ces deux choses soit mieux démontrée que leur existence; car, si de l'aveu de l'auteur, nous ne pouvons inférer l'existence des pensées de l'existence des vibrations, il n'est pas moins évident que nous ne pouvons inférer l'existence des vibrations de l'existence des pensées. Il faut donc que l'existence des deux choses soit connue , pour que nous puissions connaître leur connexion; Or, nous avons, pour croire à l'existence de nos pensées^ l'évidence de la conscience, genre d'évidence que l'on n'a jamais révoqué en doute ; mais quant à l'existence des vibrations dans la substance médullaire des nerfs et du cerveau, personne ne nous en a donné jusqu'ici la moindre preuve.
Tout ce que nous pouvons donc attendre de cette hypothèse, c'est qu'en considérant les vibrations d'une manière abstraite, nous les trouvions susceptibles, en espèces