HYEQTHÈSES SUR LES NERFS "ET LE CERVEAU. IO
et en degrés , d'une variété, correspondant si exactement avec la variété de nos pensées, qu'une connexion entre CCS deux choses soit au moins plausible par-là. Si l'on trouvait un parallélisme parfait entre les divisions et les subdivisions réelles de la pensée, et les divisions et les subdivisions possibles des vibrations, cela donnerait à l'hypothèse de leur connexion ce genre de vraisemblance que nous «ivons coutume de demander même aux fictions avouées. Mais cette correspondance n'existe pas.
Car , sans parler de toutes ces pensées et de toutes ces opérations, que l'auteur comprend sous le nom à'idéeSy et qu'il croit liées avec les vibratiuncules ; sans parler de la perception des objets extérieurs, qu'il enveloppe sous le nom de sensations; sans parler enfin dc^ sensations inté* Heures, qui accompagnent nos passions et nos affections , si nous nous bornons aux sensations que nous devons uniquement à nos sens , il est impossible de percevoir aucune correspondance entre leurs variétés en espèces et «en degrés , et celles dont on peut supposer que les vibrations sont susceptibles.
Nous avons cinq sens, et les sensations que nous devons à chacun d'eux n'ont rien de commun entr'elles. De ^ plus, à Texception peut-être du sens de l'ouïe , il n'y en a /: r^ , ,. ^ / aucun qui ne nous en procure un très-grand nombre qui différent non-seulement en degré, mais encore en nature. Combien d'espèces de saveurs et d'odeurs, toutes susceptibles de tous les degrés, depuis le plus fort au plus faible ? il en est de même du chaud et du froid , de la rudesse et du poli , de la dureté et de la mollesse , de la peine et du plaisir, toutes sensations du toucher qui diffèrent l'une de l'autre en nature, et qui sont susceptibles chacune d'une variété infinie de degrés ; les sons sont graves et aigus, sourds et éclatants avec les mêmes dift'éren-
ces de degrés ; enfin il y a bien plus de couleurs que nous n'avons de termes pour les nommer. Où trouverons-nous, je le demande, des variétés de vibrations correspondant à toutes ces variétés des seules sensations extérieures?
Je ne connais que deux qualités de vibrations dans un milieu élastique uniforme; elles peuvent être rapides ou lentes à divers degrés, et elles peuvent être fortes ou faibles à divers degrés; or, je ne puis trouver une division de nos sensations, qui corresponde avec cette division des vibrations. Si nous n'avions d'autres sensations que celles de l'ouïe, la théorie pourrait suffire; on dirait que les sons aigus ou graves répondent aux vibrations rapides ou lentes; et les sons doux ou éclatants aux vibrations faibles ou fortes. Mais si un seul sens épuise ainsi toutes les vibrations , où en trouverons-nous pour les sensations sans nombre de la vue, de l'odorat, du goût et du toucher ?
Hartley s'est efforcé de créer dans les vibrations deux autres différences; elles varient, dit-il, selon la partie du cerveau qu'elles affectent la première, et selon la direction particulière qu'elles peuvent prendre en entrant par tel ou tel nerf. Mais ces deux différences ne semblent ajoutées que pour faire nombre ; car, si nous ne nous trompons^ les vibrations , dans une substance élastique uniforme, se distribuent sur toute la surface et dans toutes les directions; cependant, soyons généreux, accordons à Hartley quatre espèces de vibrations , et dans chacune autant de degrés qu'il lui plaira ; lui ou quelqu'atitre pourra-t-il réduire toutes nos sensations à quatre espèces? Nous avons cinq sens, et chacun d'eux nous donne une diversité de sensations plus que suffisante , pour épuiser toutes les nuances que nous sommes capables d'imaginer dans les vibrations.