‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 23 sur 77 · HYPOTHÈSES SUR LES NERFS ET LE CERVEAU. IIX · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES SUR LES NERFS ET LE CERVEAU. IIX

Hartley comprenait bien lui-même la diflâculté de trouver des vibrations qui correspondissent à toutes les variétés de nos sensations , et pour la résoudre , l'étendue de ses connaissances en physiologie et en pathologie ne pouvait lui être que d'un faible secours. Aussi est-il souvent réduit à la nécessité d'entasser supposition sur supposition et conjecture sur conjecture , pour donner quelque vraisemblance à son hypothèse: encore semble-t-il oublier qu'il ne doit pas employer, dans l'explication des sensations d'un sens, les vibrations déjà mises en réquisition pour expliquer celles d'une autre.

Par les vibrations de l'air , les philosophes ont rendu compte jusqu'à un certain point des sensations de l'ouïe. Mais d'abord ces vibrations existent réellement ; ensuite elles s'accordent parfaitement avec les phénomènes les plus remarquables du son. Nous ne savons pas, à la vérité, comment d'une vibration quelconque résulte la sensation du son : c'est un fait qui se résout dans la volonté de Dieu ou dans quelque cause tout-à-fait inconnue; mais nous savons que le son est éclatant ou sourd , selon que la vibration est forte ou faible; nous savons que le son est aigu ou grave , selon que la vibration est rapide ou lente; nous sommes en état de dire quel rapport de vibrations simultanées produit l'harmonie ou la discordance , et quel rapport de vibrations successives produit la mélodie, toutes ces connexions sont l'ouvrage du Créateur et non l'invention des hommes. Cette théorie ne repose donc point sur des conjectures, mais sur une induction suffisante ; l'explication qu'elle donne des sons est donc philosophique, quoique peut-être il reste bien des choses que nous ne pouvons expliquer, et dont les causes demeurent inconnues.

Si, pour expliquer toutes nos sensations par des vibra-

lia ESSAI II. CHAPITRE 111.

lions dans la substance médullaire des nerfs et du cerveau , on avait de pareils faits à citer, cette explication mériterait de tenir une place dans la saine philosophie ; mais quantd on nous parle de vibrations dans une substance, sans qu'aucun homme ait jamais pu prouver que cette substance éprouvât des vibrations ou qu'elle fût susceptible d'en éprouver; quand on se sert de ces vibrations imaginaires pour expliquer toutes nos sensations, quoiqu'on ne puisse voir aucune correspondance entre la diversité des unes et celles des autres ; les connexions admises dans un pareil système , sont des créations de l'imagination humaine et non l'œuvre de la divinité.

Les rayons lumineux produisent une impression sur le nerf optique , mais ils n'en produisent aucune sur les nerfs acoustiques ou olfactifs; les émanations des corps font une impression sur les nerfs olfactifs, mais elles n'en font aucune sur les nerfs optiques ou acoustiques; les vibrations de l'air agissent sur le nerf acoustique , mais elles laissent insensibles les nerfs optiques ou olfactifs; personne n'a jamais pu donner une ombre de raison de ces phénomènes. Puisqu'il en est ainsi , ne serait-il pas mieux d'avouer que nous ignorons la nature de toutes ces impressions produites sur les nerfs et le cerveau dans la perception , que d'enivrer notre orgueil de la chimère d'une science que nous ne possédons pas , et de corrompre la philosophie par le mélange illégitime des hypothèses.

CONSÉQUENCES TIRÉES DES IMPRESSIONS, CtC. I l3

Page 1