CHAPITRE VIL
OPINIONS DES PHILOSOPHES SUE LA PEECEPTION DES OBJETS EXT^&IEUES. - THÏOEIE DE HALLEBR ANCHE.
Comment s'établit la communication qui exista entre le principe pensant qui est en nous , et le monde matériel qui est hors de nous ? Cette question a toujours été un problème très-difficile pour <:ette classe de philosophes qui se croient obligés d'expliquer tous les phénomènes de la nature. Beaucoup de métaphysiciens anciens et modernes ont employé toute la puissance de leur pensée, pour découvrir comment nous parvenons à percevoir les objets
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extérieurs pdr nos sens; et malgré la diversité de leurs opinions sur quelques points particuliers, elles semblent ^ dans ce qu'il y a de principal, s'accorder presque complètement. ,
Voici d'abord comment Platon s'y prend pour faire comprendre ce phénomène. Il suppose une caverne obscure dans laquelle la lumière ne pénètrie que par un trou, et dans cette caverne, des hommes enchaînés, le dos tourné du côté de l'ouverture et les yeux dirigés sur la paroi où frappe la lumière; derrière eux passent et repassent une foule de personnes diversement occupées, dont les ombres, projetées sur le fond de la caverne, sont aperçues par les prisonniers.
Ce philosophe concevait donc que nous ne percevons par nos sens que les ombres des choses, et non les cho* ses ellesrmêmes. Il semble avoir emprunté cette idée aux Pythagoriciens, et elle appartient probablement à Pythagore lui-même. Abstraction faite du génie allégorique de Platon, ses sentiments sur ce point s'accordent très-bien avec ceux de son disciple Aristate et des Péripatéticiens : les ombres de Platon sont la même chose que les espèces et \qs fantômes de l'école péripatéticienne, et la même chose encore que les idées et les impressions des philosophes ipodernes.
Deux mille ans après Platon , Locke , qui étudia les opérations de l'esprit humain avec tant de soin et de succès , explique la manière dont nous percevons les objets extérieurs , par une comparaison tout-à-fait analogue à celle de la caverne : et II me parait , dit-il , que l'entende- « ment ne ressemble pas mal à un cabinet entièrement «obscur, qui n'aurait que quelques petites ouvertures i< pour laisser entrer par dehors les images extérieures et « visibles, tellement que si ces images, venant à se pein-
OPINIONS DES PHILOSOPHES, etC. iSq
nûre dans ce cabinet obscur, pouvaient y rester et y «être placées en ordre, ensorte qu'on pût les trouver « dans l'occasion , il y aurait une grande ressemblance ence tre jce cabinet et l'entendement humain par rapport à ce tous les objets de la vue , et aux idées qui existent dans «c l'esprit '. »
La caverne souterraine de Platon et le cabinet obscur de Locke sont des comparais<His qui conviennent égale* ment à tous les systèmes que l'on a inventés jusqu'ici pour expliquer les phénomènes de la perception ; car tous supposent que nous ne percevons pas immédiatement les objets extérieurs, mais que les objets immédiats de la perception sont, certaines ombres ou images des objets extérieurs. Ces ombres ou images, immédiatement perçues , les anciens les appelaient espèces ^ /ormes y Jan^ tomes ; depuis Descartes, elles ont reçu le nowf'à^idées ; Hume les a appelées impressions \ mais tous les philosophes, depuis Platon jusqu'à Hume , s'accordent en ce point, que nous ne percevons pas immédiatement les objets extérieurs , et que l'objet immédiat de la perception ne peut être que .quelque image présentée Tesprit. Ils sont ici d'une unanimité bien rare dans des matières si abstraites.
On peut demander, dans cette hypothèse , si nous ne percevons que les idées ou images, inférant l'existence et les qualités de l'objet extérieur de ce que nous percevons dans l'image ; ou bien si nous percevons tout à la fois, et l'objet extérieur hors de nous, et l'image en nous? Mais il n'est pas aisé de démêler sur ce point l'opinion précise des philosophes.
D'un côté , tous les philosophes, à l'exception de Berkley et de Hume, croient à l'existence des choses extérieur res ; ils disent souvent qu'elles sont les objets de la per-
I Essai, liv. II, cbap. xi, § 17..
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ception, quoiqu'elles n'eii'soîeut pas les objets immédiats. Mais qu'enteudent-ils par un objet médiat de perception ? Je ne le trouve nulle part clairement expliqué. Leur langage est-il une condescendance à l'opinion populaire, et quand ils disent que nous percevons les objets extérieurs^ doit-on l'interpréter par cette espèce de figure qui permettrait de dire que nous voyons un ami absent, lorsque nous regardons son portrait ? ou bien entendent-ils réellement que nous percevons à la fois et l'objet extérieur et son idée présente dans l'esprit ? Dans ce dernier cas, il y aurait dans chaque perception deux objets per-çus : nous verrions tout ensemble un soleil dans les cieux^ et un autre soleil en nous-mêmes ; mais comme ils n'avouent point cette dernière conséquence, et qu'elle contredit l'expérience de tout le genre humain 9 je ne veux poiiiJ; la leur imputer.
Il me paraît plus probable que dans leur opinion , nous ne percevons pas réellement Pobjet extérieur, mais seulepient son image interne ; et que quand ils parlent de la perception des objets extérieurs, leurs expr^sions doivent être prises dans. un sens populaire ou figuré, comme je l'ai expliqué plus haut. Indépendamment de ce:que j'ai déjà dit, plusieurs raisons me portent à croire que c'est bien là l'opinion des philosophes. D'abord, si nous percevons réellement l'objet extérieur lui-même, on ne voit ni la nécessité, ni l'utilité de l'image; en second lieu, tous les philosophes, depuis Descartes, s'accordent à reconnaître que l'existence des objets extérieurs a besoin d'être prouvée, et qu'elle ne peut l'être que par l'existence des idées qui en sont les images; enfin la manière dont les philosophes parlent des idées , semble impliquer qu'elles sont les seuls objets de la perception.
Après avoir exposé ce qu'il y a de commun dans les
OPmiOK DE MALLEBRAIfCHE. ï^î
explications que les philosophes donnent du fait de la perception, nous allons montrer en quoi ces explica-. lions différent.
Il y a des philosophes qui ont cru que les idées , par l'entremise desquelles nous percevons les choses exté« rieures, sont celles de Dieu lui-même; mais le plus grand nombre a pensé que lès idées de chaque homme lui appartiennent en propre, et qu'elles résident ou dans son esprit, ou dans le sensorùim où l'esprit est immédiate-» ment présent. La première théorie est celle de Malle-^ branche;, la seconde est celle que nous appellerons la théorie commune de la perception.
Quant à l'opinion de Mallebranche, elle semble avoir quelque affinité avec la doctrine platonicienne des idées ; mais elle n'est pas la même. Platon croyait qu'il y a trois premiers principes éternels des choses ; la matière , les idées et une cause efficiente. La matière est ce dont toutes choses ont été faites ; tous les anciens philosophes la croyaient éternelle. Les idées sont les formes immatérielles de toutes les choses possibles ; selon Platon , ces formes sont éternelles et immuables, et elles ont servi de modèle à la cause efficiente , qui est Dieu , quand elle a façonné l'univers et tout ce qu'il renferme. Ces idées sont les seuls objets de la science, et par conséquent de toute véritable connaissance : tant que nous sommes emprisonnés dans le corps, nous sommes portés à ne faire attention qu'aux seuls objets des sens; mais ces objets étant individuels, dans une continuelle fluctuation , et plutôt des ombres que des réalités, ils ne peuvent être le sujet d'une connaissance réelle; la science ne s'occupe point des choses individuelles, mais des choses universelles , abstraction faite de toute matière : la vérité est éternelle et immuable, et partant doit
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avoir pour objet des idées éternelles et immuables; en purifiant notre esprit, et en le détournant des objets sensibles , nous pouvons l'élever jusqu'à la contemplation de ces idées , même dans notre état présent. Telle était , autant que je puis la comprendre , la sublime théorie de Platon et probablement de Pythagore.
Les philosophes de l'école d'Alexandrie, communément appelés les derniers Platoniciens , semblent avoir adopté le même système ; mais avec cette différence que chez eux les idées éternelles ne furent plus un principe distinct de la Divinité, mais les objets de ses conceptions, qui ont dû exister en elle de toute éternité et embrasser, non-seulement tout ce qu'elle a fait, mais encore toutes les existences possibles et tous les rapports possibles des choses. Ainsi, par une purification convenable, et eu nous séparant autant qu'il se peut des objets des sens , nous pouvons, en quelque degré, nous unir à Dieu et discerner au sein de l'éternelle lumière les plus sublimes vérités.
Ces notions platoniciennes, entées sui* le christianisme , ont probablement donné naissance à la secte des Mystiques , qui , quoique fort opposée au Péripatétisme dans son esprit et dans ses principes , ne s'est cependant jamais éteinte, et subsiste encore aujourd'hui.
On trouve dans les écrits de quelques-uns des Pères de l'Église et entr'autres dans ceux de saint Augustin quelques teintes de la doctrine de l'école d'Alexandrie. Cependant il ne me paraît point que ni Platon , ni les Alexandrins , ni saint Augustin , ni les Mystiques aient avancé nulle part que nous ne percevons les objets sensibles que par l'intermédiaire des idées divines ; ils faisaient trop peu de cas de ce genre de connaissances pour lui assigner une si haute origine. Je crois donc que l'opinion dont il s'agit appartient tout entière au Père
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Mallebranche. Ce n'est pas qu'il ne tâche de Tappuyer sur plusieurs passages de saint Augustin dont il semble avoir à cœur de se faire un auxiliaire; mais bien que, dans ces passages , saint Augustin dise en termes magnifiques que Dieu est la lumière de notre ame , que nous sommes immédiatement éclairés de son éternelle lumière, et autres choses semblables, il est évident que ces expressions s'appliquent à l'illumination de notre ame par les vérités divines et morales et non point à la perception des objets par les sens. Bayle imagine qu'on peut trouver dans Amélius le Platonicien, et même dans Démocrite, quelques traces de cette opinion de Mallebranche; mais il semble avoir forcé le sens des autorités dont il s'appuie. Mallebranche , doué d'un génie pénétrant , entra plus avant dans l'examen des facultés de l'esprit humain qu'où ne l'avait fait avant lui ; il eut l'avantage de profiter des découvertes de Descartes, qu'il suivit sans servilité.
Il pose comme un principe admis par tous les philosophes et qu'on ne peut mettre en question , que nous ne percevons pas les objets immédiatement , mais par le moyen de leurs images ou idées dans l'ame. « Je crois que « tout le monde tombe d'accord, dit-il , que nous n'apera cevons point les objets qui sont hors de nous, par eux- (c mêmes. Nous voyons le soleil , les étoiles , et une infinité a d'objets hors de nous, et il n'est pas vraisemblable que <c l'ame sorte du corps , et qu'elle aille, pour ainsi dire, se if. promener dans les cieux pour y contempler tous ces ob-, « jets. Elle ne les voit donc point par eux-mêmes, et l'objet c< immédiat de notre esprit, lorsqu'il voit le soleil , par exem- <c ple,n'estpaslesoleil, mais quelque chose qui est intimece ment uni à notre ame; et c'est ce que j'appelle idée. Ainsi « parce mot idée ^ je n'entends autre chose que ce qui est a l'objet immédiat ou le plus proche de l'esprit, quand il
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« aperçoit cpielque chose. Il faut bien remarquer qu'afin que « Tesprit aperçoive quelque objet , il est absolument nét< cessaire que l'idée de cet objet lui soit actuellement préce sente : il n'est pas possible d'en douter. Les choses que « l'ame aperçoit sont de deux sortes ; ou elles sont dans <c l'ame ou elles sont hors de l'ame ; celles qui sont dans « l'ame sont ses propres pensées , c'est-à-dire , toutes ses (c différentes modifications; l'ame n'a pas besoin d'idées a pour apercevoir toutes ces choses. Mais pour les choses a qui sont hors de l'ame, nous ne pouvons les apercevoir « que par le moyen de« idées '. »
Ce fondement posé, comme un principe commun à tous les philosophes et qui n'admet aucun doute, Mallebranche énumère toutes les manières possibles dont les idées des objets sensibles peuvent être présentées à l'ame. « Puisque nous n'apercevons point les objets par cux- « mêmes, dit-il, il est absolument nécessaire que les c< idé^s que nous en avons viennent de ces objets^ ou « bien que notre *ame ait la puissance de les produire, « ou que Dieu les ait produites avec elle en la créant , ou « qu'il les produise toutes les fois qu'elle pense à quel- « que objet, ou que l'ame ait en elle-même toutes les per- <c fections qu'elle voit dans les corps , ou enfin qu'elle a soit unie avec un être tout parfait et qui renrc ferme généralement toutes les perfections des êtres ce créés ^. »
Prenant ces cinq manières pour toutes celles par les* quelles les idées des objets extérieurs peuvent être présentées à l'ame, Mallebranche consacre à chacune un •chapitre entier, réfute les quatre premières , et confirme la cinquième par divers arguments. La Divinité étant toujours présente à nos âmes d'une manière plus intime
* Aechercfte de la vérité, liv. III, part, ix, chap. i. — ' Ibid.
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qu'aucun autre être, peut, à l'occasion des impressions faites sur notre corps , nous découvrir autant qu'elle le juge à propos et selon des lois fixes, ses proprés idées des objets; et c'est ainsi que nous voyons tout en Dieu,' ou dans les idées de Dieu.
Quelque chimérique que ce système puisse paraître au premier coup^d'œil , si l'on fait attention cependant que l'auteur s'accordait avec tous lés philosophes eh regardant les idées comme les objets immédiats de la perception, et qu'il trouvait dans les quatre autres hypothèses des difficultés insurmontables et même des absurdités, on trouvera moins étonnant qii'un homme d'un si grand génie l'ait adopté ; et probablement plaisait-il d'autant plus à un esprit si religieux , qu'il met dans le jour le plus frappant notre dépendance de Dieu et sa présence continuelle.
Mallebranche distingua plus exactement que tous les philosophes qui l'avaient précédé, les objets perçus des sensations intérieures qui en vertu des lois de la nature en accompagnent toujours la perception. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres la science lui a de grandes obligations; car, si je ne me trompe, cette distinction ouvre la voie à une philosophie plus exacte des sens extérieurs et de quelques autres facultés de l'esprit. Le vulgaire confond la sensation avec certaines facultés de l'esprit et quelquefois même avec les objets de ces facultés, parce que rien dans la pratique de la vie ne lui fait une loi de les démêler; ces erreurs de la langue commune ont d'abord entraîné les philosophes à placer hors de nous ce qui n'est que sensation en nops ; puis , comme c'est la coutume, elles lés ont jetés ensuite dans l'extrémité contraire qui consiste à transformer en de pures sénisations en nous presque toutes les choses extérieures.
Il est clair que là perception, dans le système de Malin. lO
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lebrahche , ne fournit plus aucune preuve de l'existence d'un monde matériel; caries idées divines, qui sont les setilês choses que nous percevons, existaient déjà telles qu'elles sont avant que le monde fût créé. Malie^ branche avait trop de pénétration pour ne point rc-^ remarquer cette conséquence de son système et trop de bonne foi pour ne pas l'avouer. Il la reconnaît donc fran* chement et tache d'en tirer avantage, en faisant reposer sur Tautorité de la révélation l'évidence que nous avons de Texistence de la matière. Il montre que les arguments présentés par Descartes, pour prouver Texisn tence d'un monde matériel , quoique aussi bons que la raison puisse en fournir, ne sont pas parfaitement concluants ; et tout en reconnaissant avec lui que nous nous sentons une forte propension à croire à l'existence d'un pareil monde, il pense que ce n'est pas assez, et que céder à de telles propensions sans évidence, c'est s'ex-» poser à dé perpétuelles déceptions. Aussi, selon lui, la seule preuve convaincante que nous ayons de l'existence d'un mondematériel, c'est que nous savons par la révélation que Dieu fit le ciel et la terre, et que le Verbe fut fait chair* Il sent bien à quel ridicule une si étrange opinion peut l'exposer aux yeux de ceux que les préjugés gouvernent: mais il s'y résigne pour l'amour de la vérité. Du reste nul autre, pas même Berkeley, n'a montré plus clairement que dans son propre système aussi hien que dans les principes communs des philosophes sur les idées, toute preuve de l'existence d'un monde matériel disparaît. Nous ne faisons que rendre justice a Mallebranche", en reconnaissant que les arguments de Berkeley se trouvent exposés dans toute leur force dans ses ouvrages. Norris, théologien anglais, épousa le système de Mallebranche dans s0n Essai sur la théorie du monde idéal ou
opmioif DE arALLEBRAîrcHE. 147
intellectuel^ publié en a vol. în-8** , en 1701 . Cet écrivain s tenté u» faible effort poQr iiemplir une lacune que l'onr ne trouve pas seulement dans Mallebranche, mais dans presque tous les philosophes qui ont traité des idées; il a essayé de prouver leur existence. Uu chapitre de son livre a pour objet de montrer que les choses matérielles ne peuvent être un objet immédiat de perception; voici quels sont ses arguments :
I® Les choses matérielles sont hors de l'esprit, et par conséquent il ne peut y avoir union entre l'objet et l'être qui perçoit; 2* elles sont hors de proportion avec l'es-ptit, et sont séparées delui par tout le diamètre de leurétrey3**si les choses matérielles étaient les objets immédiats de la perception, il n'y aurait point de scient physique, puisque les choses nécessaires et immuables sont les seuls objets de la science ; 4* si les choses matérielles étaient peri^ues immédiatement , elles seraient une véritable lumière pour l'esprit; car elfes en seraient la forme intelligible et pei:<!> fective; elles lui seraient donc supérieures.
Le système de Mallebranche fat adopté en France par un grand nombre de personnes pieuses de l'un et de l'autre sexe; mais il ne semble pas avoir obtenu une grande vogue dans les autres parties de l'Europe. Locke a écrit contre ce système un petit traité, que l'on trouve dans ses œuvres posthumes ; soit qu'il l'ait composé à la hâte, ou que déjà la vigueur de son génie fût affaiblie par l'âge, on y trouve moins de force et de solidité que dans ses autres écrits. Le plus formidable antagoniste qu'ait rencontré Mallebranche est un philosophe de son propre paya, Antoine Arnauld^ docteur en Sorbonne, et l'un des plus habiles> écrivains dont puisse se glorifier le jansénisme, qui en, a produit beaucoup. Mallebranche était jésuite , et l'antipathie qui a toujours
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existé entre les jésuites et les jaoï^nistes ne lui permettait^ pas d'attendre de quartier de son. savant ad* yersaire. Cejix qui voudraient voir son système attaqué d'unxôté et défendu de l'autre avec une grande subtilité d'arguments , une grande élégance d'expression^ , et de la part d'Arnauld avec beaucoup d'esprit et de sel, peuvent se satisfaire en lisant la Recherche de lu vérité de Mallebranche , le livre des Fraies et des, fausses idées d'Arnauld, la Défense de Mallebranche et quelques répliques subséquentes* Dans les controverses de ce genre, si les antagonistes ne sont pas de forces infégales , l'assaillant a ordinairement l'avantage; car il est plus facile de renverser toutes les théories des philosophes sur la perception, que d'en défendre une seule. Bayle fait sur cette polémique une remarque très-juste , c'est que les arguments d'Arnauld sont souvent irréfutables , mais toujours susceptibles d'être rétorqués contre ^n propre système; et son ingénieux adversaire ne négligeait point ce moyen de défense.