‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 32 sur 77 · OPINION DE LOCKE. ^ J · texte numérisé non relu

OPINION DE LOCKE. ^ J

Locke nie qu'il y en ait, et soutient qu'elles dérivent toutes de la sensation et dé la réflexion ; et il entend par sensation les opérations des sens , et par reflexion cette attention au moyen de laquelle nous pouvons connaître les opérations de notre esprit.

Ils diffèrent également sur l'essence de la matière et de l'esprit : le philosophe anglais pense que nous ne pouvons pénétrer jusqu'à l'essence de ces deux réalités ; Descartes croit que l'essence de l'ame est la pe'nsée, et celle de la matière, l'étendue; cette dernière opinion,supprimant todite diflférence réelle entre la matière et l'espace, le conduisit à dire qu'aucune partie de l'espace n'est vide de matière.

Locke exposa plus nettement qu'on ne l'avait fait avant lui, les procédés par lesquels l'esprit classe les différents objets de la pensée , et les réduit en genres et en espèces. Il fut le premier qui distingua dans les choses l'essence nominale, qui n'est qu'une idée de genre et d'espèce exprimée par une définition , de l'essence réelle qui est la constitution même des choses et ce qui les fait être ce qu'elles sont; et c'est parce que cette distinction n'avait pas été faite que la dispute des Nominaux et des Réalistes avait inutilement pendant tant de siècles agité l'école. Il expliqua clairement comment se fonnent les notions abstraites et générales, et quel est leur usage et leur nécessité dans le raisonnement. Fidèle toutefois à la doctrine des idées, selon laquelle à chaque pensée de l'esprit correspond un objet présent dans l'esprit même, il forme l'idée abstraite en retranchant de l'idée de l'individu tout ce qui le distingue des autres individus de la même espèce ou du même genre; et il est persuadé que cette faculté d'abstraire est ce qui caractérise principalement l'intelligence humaine comparée à celle des animaux qui ne paraît pas en être douée.

fj^ ESSAI II. CHAPITRE IX.

Depuis Descartes ^ les philosophes ont beaucoup difTéré sur la manière dont se forment ces êtres représentatifs qu'on appelle idées j et sur la part que l'esprit lui-même peut avoir dans leur production.

De tous les auteurs que j'ai lus , le docteur Robert Hook est le plus précis à cet égard. C'était un des'membres les plus habiles et les plus actifs de la société royale de Londres à l'époque de son institution. Dans un mé* moire sur la Lumière ^ lu à cette société et publié dans ses Œuvres posthumes , il établit , section 7 , que les idées sont des substances matérielles et que le*cerveau contient l'espèce de matière propre à former les idées de chaque sens; la matière des idées de la vue est à son avis une espèce de phosphore ; celle des idées du son est de même nature que les cordes et les lames de verre qui rendent un son quand elles sont frappées par les vibrations de l'air, etc.

L'ame , selon lui , peut fabriquer plusieurs centaines d'idées en un jour. A mesure qu'elles sont produites , elles sont repoussées loin du centre du cerveau, où l'ame réside; elles formept ainsi une chaîne continue qui se déroule dans le cerveau ; l'une des extrémités de cette chaîne est à la plus grande distance possible du centre, tandis que l'autre, toujours formée par la dernière idée produite, y est attachée; cette dernière idée constitue le présent, et tant que l'esprit la considère le même moment persiste. Ainsi plus^ il y a d'idées interposées entre celle du centre et une autre, plus il y a pour l'esprit de temps écoulé depuis l'acquisition de celle-ci.

Locke n'est pas entré dans des détails aussi minutieux sur la formation des idées ; mais il attribue à l'esprit une part considérable dans cette opératioà. Dans la sensation l'esprit est passif, « toute sensation étant produite en

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