‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 33 sur 77 · OPINION DE LOCKE · texte numérisé non relu

OPINION DE LOCKE

a nous , seulement par diffërents degrés et par di jfférentes 1

(c déterminations de mouvements dans nos esprits animaux, a diversement agités par les objets extérieurs ' » ; cependant nos idées cessent d'être, dès qu'elles cessent d'être perçues ; mais par la mémoire et l'imagination , « l'esprit « a la puissance de les réveiller lorsqu'il le veut, et de se les c( peindre pour ainsi dire de nouveau à lui-même; ce que <( quelques-'Uns font plus aisément, et d'autres avec plus « de peine *. »

Quant aux idées de réflexion , il leur donne pour unique source cette attention que l'esprit est capable de donner à ses propres actes : elles sont par conséquent formées par l'esprit lui-même. Il lui attribue également le pouvoir de composer les idées simples pour en faire des idées complexes, de les ajouter Tuoe à l'autre et d'additionner les sommes obtenues , de les diviser et de les classer , de les comparer et de tirer de cette comparaison des idées de rapports , enfin de créer les idées générales d'espèce et de genre en séparant successivement de l'idée d'un individu tout ce qui le distingue des autres individus semblables jusqu'à ce qu'elle devienne une idée générale abstraite, commune à tous les individus de l'espèce.

Tels sont les pouvoirs que I^ocke attribue à l'esprit , dans la formation des idées ; Berkeley , comme nous le verrons ci-après, les réduisit considérablement, et Hume bien davantage encore.

Selon Locke , nos idées des qualités des corps ne sont pas toutes de la même espèce ; les unes ressemblent à la réalité et la représentent ; les autres ne ressemblent à rien et ne représentent rien. Quelques-unes des qualités de la matière ne peuvent en être séparées par la pensée; telles

I Liv. n, chap. vin, § 4.

* Liv. n, chap. x, § a.

sont retendue, la solidité, la figure , la mobilité; les idées que nous avons de ces qualités leur ressemblent et sont des images; Locke appelle ces qualités^ qualités primaires^ ou premières. Il appelle qualités secondaires ou secondes celles qui, comme les sons, les couleurs, les saveurs, les odeurs, le froid et le chaud, ne sont, à son gré, que des pouvoirs dans les corps de produire en nous certaines sensations. Ces sensations ne ressemblent en rien à leurs causes, quoiqu'on les regarde communément comme des images de qualités semblables existant dans les corps ; « ainsi, dit -il, les idées de chaleur ou « de lumière que nous recevons du soleil par les yeux « ou par l'attouchement , sont regardées communénent (c comme des qualités réelles qui existent dans le soleil , « et qui y sont quelque chose de plus que de simples « puissances ^. »

Locke est le premier , je crois , qui ait employé ces dé* nominations de qualités premières et secondes ; mais la distinction qu'elles expriment avait été faite par Des*^ cartes ^.

Quoique personne n'ait mieux démêlé que Locke les divers abus du langage, et ne soit plus habilement par-^ venu à résoudre par le simple éclaircissement des termes les questions qui avaient le plus tourmenté les Scho* lastiques , je crois cependant qu'il, a été égaré lui-même par l'ambiguité du mot idée qui revient pour ainsi dire à chaque page de son livre.

Nous avons déjà remarqué que ce mot s'entend diversement dans la langue commune et dans la langue philosophique. Dans la langue, commune j avoir Vidée d'une

I Liv. II y chap. vxii, % 24.

* a Principes, part. I, sect. 69, 70, 71,

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chose signifie simplement peAser à. cette chose. Quoique les opérations de l'esprit s'expriment le plus Stouvent par des verbes actifs, et que ce soit là leur expression la plus naturelle et la plus vraie, quelquefois, cependant, on les traduit par des circonlocutions dont le sens n'est pas moins clair : penser à une chose ou avoir la pensée de cette chose , la croire ou en, avioir la croyance , la con-^ ceuoir ou en ai^oir la conception , la notion. , Vidée , sont des phrases parfaitement synonymes; là pensée ici signifie tout uniment l'action de penser, la croyance l'action de croire, la conception , la notion ^ Vidée l'action de concevoir, et par conséquent, avoir une. idée distincte d'une chose , c'est la. concevoir distinctement. Quand le mot idée est pris dans cette acception vulgaire, il n'y a pas de doute que nous n'ayons des idées : penser sans idées serait penser sans pensées , ce qui est absurde.

Mais le root idée est pris par les philosophes , dans une autre acception , fondée sur une théorie philosophique tout-à-fait inconnue au vulgaire. Les philosophes anciens et modernes soutiennent qu'il en est des opérations de l'esprit comme des instruments de l'artisan; qu'elles ne peuvent s'appliquer qu'à des objets contigus. Ainsi tous les objets séparés de Tesprit par quelque intervalle de temps ou d'espace , sont hors de sa portée, et doivent être représentés dans le cerveau, où il réside, par quelque espèce d'image ; et cette image est le seul objet que l'esprit contemple. Dans l'ancienne philosophie cette image représentative s'appelait espèce ou fan- /^me; depuis Descartes on l'a appelée plus ordinairement idée y et l'on a cru que chaque pepsée avait une idée pour objet. Tous les philosophes, aussi loin que l'on puisse remonter, ont professé cette opinion. Dans cette supposition, l'idée qui est l'objet de la pensée, est si voisine et si

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