‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 44 sur 77 · SYSTÈME 0£ LEIBNITZ · texte numérisé non relu

SYSTÈME 0£ LEIBNITZ

il soumet toutes les actions humaities , parce que j'y reviendrai dans un autre endroit, je remarquerai d'abord, qu'il xi'y a rien de plus obscur et de moins philosophique que la distinction établie par Leibnitz, entre la perccptioq et l'aperception. Nous ne connaissons point jd'ppjération de notre esprit qui ne soi|; accompagnée de conscience; cela est vrai de la perception comme de toutes les autres ; et parler d'une sorte de perception dont nous n'ayons pas conscience , c'est prononcer une phrase vide de sens.

Comme 4ous ne connaissons les opérations de "notre esprit que par la conscience , nous ne savons ce que ^'est qu'une opération de notre esprit dont nous n'avons point [conscience. Appeler du nom de perception de par reilles opérations, c'est abuser du langage. On ne saurait percevoir un .objet sans avoir la conscience qu'on le perçoit, ni penser sans avoir la conscience que l'on pense; on ne saurait donc appeler ni du nom de perception , ni de celui de pensée , ce dont nous n'avons aucune cour science. Que si l'on admet de^ opérations qui échappent à .la conscience , et qu'on leur, donne un nom, ce nom désigne une chpse dont nous ne savons absolument .rien.

Tii Admettre que les corps organisés et non organisés :Sont composés de monades indivisibles et sans parties, c'est faire une supposition contraire à tout ce que nous savons de, la matière. Il est de .l'essence d'un corps d'avoir des parties , et chaque partie d'un corps est encore un corps, qui a des parties. Des parties, sans étendue ni forme, e;u quelque nombre qu'on les ajoute, ne sauraient composer un tout étendu et figuré comme les corps.

3. .11 est également contraire aux notions que nous avons des corps, d'attribuer l'activité et la perception aux monades qui en sont les éléments. Si un philosophe

• a6o ESSAI II. CHAPITRE XV.

croit pouvoir dire qu'une tfiotte de terre perçoit et agit, qu'il produise âes preuves. Mais il ne doit pas s'attendre j que lès hommes abjurent leur intelligence, pour adopter, sur sa parole, tout ce qu'il lui plaira de rêver.

4* Ce système anéantit l'autorité des sens^ et toute raison de croire à l'existence de ce qu'ils nous attestent; car nos perceptions ne supposent rien d'extérieur; elles titraient été et continueraient d'être ce qu'elles sont, l'untver^ n'eût-il jamais existé, oti fût-il subitement annihilé.

C'est du reste une chose digne d'observation que le système de Leibnitz, celui de Mallebranchë , et la théorie commune des idées , ont tous pour résultat d'anéantir l'autorité des sens. Je crois que tant que les hommes auroitft des sens cela seul suffira pour rendre ces systèmes ridicnfles.

5. La dernière observation que je ferai sur la doctrine «de Leibnitz et qui s'applique également à tous les systèmes dont j'ai parlé , c'est qu'elle est purement hypothétique, et parfaitement dénuée de preuve. Les Péripatéticienspôur expliquer la perception, supposent l'émission dçs espèces sensibles, les modernes, l'existence des idées dans le cerveau ou dans l'esprit, Mallebranchë, la vision en Dieu. Leibnitz , à son tour , suppose des monades et une 'harmonie préétablie; et ces monades étant des créartures de sa façon , il est libre de les douer à sa fantaisie et de leur donner toutes les prop(riétés et 'toutes les facultés qui lui plaisent; C'est ainsi que le philosophe indien met la terre sur le dos de l'éléphant, et Téléphant sur celui de la tortue.

De telles suppositions , dénuées de toutes preuves , ne sont que des fictions de l'imagination et méritent la mâme foi que l'arc d'Apollon , le bouclier de Minerve et la^ ceinture de yénus, dans les poèmes d'Homère. En poésie ces fictions vont au but de l'art qui est de plaire, non de convaincre; et quand pour expliquer la peste qui désole le

STSTÈME I>£ LEIBiriTZ; a6l

(^jtiip d^s Gr^cs , Homère nous peint ApoUon assis sur/ une montagne voisine , bandant son arc d^argçut, et lançant sur l'arniiée ses flèches rapides , il ne prétend point nous impos^er son expUcation. Mais il n'en çst: pas de ipênie des philosophes , ils veulent être crus lorsqujils expliquent les phénomènes; à la façon d^ ppètesi, par des fajçttaisies de, leui^ imagination»

Le mépris des hypothèses est en philosophie Ip com^ mencement de 1^ sagesse , et c'est avoir profité que d'avoir appris à Ijes cofisidérer comme des réveries.hllA^àines, qui n'auront jamais aucùQ0. rQssem})Ianca. avec le^ ouvrages de Dieu.

Jj'Ëti^ suprême np^s a doi^né qufelquj^ in)|el|ig0nce d« ses œuvires : no^ sens nou^ révèlent l^s objetS; extérieurs. Qt; iip):i;e. cpn^içnjce les opérations de potre ^prii; une sévère inductipn tire de. ces données ^es, conséquences avpi^s f9f i^e sa^n^, philosophie; m^i^ toutes les con.-: jectjares cpie i^pf^ y^ ajoutons sont étrajigèr^S) à la( science et^ illégitimes.

Après cette loni^ ei^posjtipi^ des théories io^eatées P^r, les^ ghjlosoph^, poRi; r^nf}çe. co^^pte de la fi^rceptîôa des choses extérieureS),j'espèrç,q^'i^ dçmjsure éyideuM: pouK tous mes lecteurs, que ni les espèces sensibles d'Aristote^ oi la vision en Diea de Mallebranche, m la théorie commune des idées, ni les monades et l'harmonie préétablie de Leibnitz , n'explicnient su^aa^m^n^ ^S^ faculté de l'esprit , ni ne la rendent plus intelligible qu'elle ne l'est sans leur secours. En premier lieu^,ce sont des conjectures, et en second lieu , en les supposant vraies , loin de résoudre les, 4iâ§M}uHés ^ elleSc ei|. inf rodui^enii de nouvelles. Il est (i^UA pblSrCOofoimoàlaraisou et à la saine philosophie^ d'ignorer ce que nous ne saurions découvrir par la sQide lumière de la coitâjcienee et àe la réflexion, que d'é»

aôa ESSAI II. --- ClfAPITRE XVé

lever péniblement des hypothèses , pour atteindre ce qiii est place au-delà des limites de notre entendement. Je ne pense pas ^ qu'il soit donné à l'homme dé comprendra comment il perçoit les objets extérieurs , ni i:;otninetit il est averti par la conscience de ce qui se passe en lui; ta perception^ la conscience, la mémoire, l'imagination^ sont des facultés simples et originelles de notre esprit, et des principes primitifs de notre constitution. Ainsi j'ai pu montrer combien, les théories des philosophé^ sont insuffisantes et mal fondées ; mais je ti'entreprendrai point d'en mettre une autre à la place.

. Nous sentons que la perception, en même temps qu'elle nous révèle les objets, nous fait croire à leur existence, et que cette croyance n'est pas l'effet dn ratsonneihent ^ mais la conséquence immédiate de la perception. Lei philosophes auront beau se fatiguer en spéculations hardies sur ce sujet , il n'est pas en leur pouvoir de fortifier ni d'affaiblir cette croyance , ni d'expliquer d'où elfe procède^ A cet égard le philosophe et le pâtre sont au même ni-» veau : ils croient également au témoignage de leurs sens; et la seule raison qu'ils en puissent donner, c'est qu'il leur est impossible de n'y pas croire.

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