CHAPITRE XVI
DE LA SEHSATXOirv
Ayant terminé ce que je me proposais de dire telative^ ment à cet acte de Tesprit qu'on appelle perception, je passe à un autre qui lui est étroitement associé piar les lois de notre nature , ainsi qu'à plusieurs de nos opéra«^
D£ LA SENSATIOir. 203
lions. Cet acte est lia sensation : et d'abord ^ pour éviter de' me répéter , je prie le lecteur de relire les explications que j'ai données sur ce mot, dans le chapitre i"' de mon premier Essai.
Presque toutes nos perceptions sont accompagnées d'une sensation correspondante, avec laquelle on les confond aisément. Le langage commun ne les distingue point , parce que les besoins de la vie commune ne l'ont point exigé. Le langage est fait pour le commerce ordinaire, et il néglige les distinctions qui ne sont point d'une utilité habituelle ; de là vient qu'une qualité perçue et la sensation qui s'y joint, sont souvent exprimées par le même terme.
Il en est résulté que les noms qui désignent nos sensations ont presque tous un double sens; et cette ambiguïté est devenue, pour les philosophes , une source d'erreurs. J'en donnerai quelques exemples , afin que l'on comprenne mieux la distinction importante des sensations et des objets de la perceptiob.
Lorsque je flaire une rose, il y a à-la-foîs sensation et perception dans cette opération. L'odeui^ agréable que je sens , considérée en'elle-mème , et sans aucune relation à la rose, est la Sensation proprement dite; elle m'affecte d'une certaine manière, et cette affection n*a rien de commun avec la' rosé, ni avec aucun autre objet. La sensation est uiiiquement ce que j'éprouve; son essence con^ sisté àétre sentie; quand elle cesse de l'être, elle n'est plus; en un mot, il n'y à aucune différence entre la sensation et ce que sent l'esprit qui en est affecté. C'est pour cela que nous avons dit ailleurs que le fait de sensation ne refaferriie poirit d'objet distinct de l'acte de l'esprit qui sent , et cela est vrai, de toutes les sensations possibles.
Examinons maintenant la perception que nouf ayons
a64 ESSAI JI. ÇUAPITBE XVI.
en flairant une rose. Toute perception a un objet hors de* nous , et cet objet , dans Iç cas présent , cjst Ifi qualité que mon odorat discerne dans, la rose. L'expérieuce m'apprend que la sensation est excitée par la présence de la^ rose^ et quelle s'évanouit quand la rose s'éloigne; les principes 4e tna nature me font conclure de là qu'il y a,dajas la ro^e une qualité qui est la cause de la sensaûoi^. Cette qiialité de la rose est l'objet perçu , et l'acte de roo» esprit , par lequel je crois à son existence ^ est ce que nous
appelons ici perception^
Mais il faut reiparquçr que la sensation que j!éprouve^ et la qualité queje perçois, sont dési|péçs dans la langue par le même terme et s'appellent également X odeur 4e la rose. Le mot odeur est donc équivoque; il a deux, significations. Or, il su^t de les démêler pour éclaircir les difficultés et résoudre I^es questions débattues; entre les philosophes.
On demande si l'odeur est dans la rose ou dans l'être^ sentant? La réponse est facile. U odeur signifie à-la-fois; dçux choses : l'une ^ qui est dan$ l'être seiptant et ne saurait être ailleurs, l'autre^ qui appartient exclusivement \ la rose. La sensation que j'éprouve est dan^ mpijt esprit qui est seosil^le; elle, ne Siaiirait, être, dafis la rjose qui ne Test pa^. ]\lAis la sensation ^^i.est en moi, est causée, par iine qualité qui^ est dans la rc^e^et cette qualité, est exprimée pa^ le rnêmç terme qu^jç la sei^^ation , non qqe ces deux laits aient entre eux la moindre res$emblajaoe , mais parce qu'ils sont coastamn^çnt associés.
Tous les U(^us des saveurs, des odeurs , des aofis ,.tous les mots qui exprîn^jQnt 1|Qs divers degrés diifroLd et delà chaleur, oftt la même aia^gMitç^ ç'èst-à-dire qu'ils çoijnprennent sous leur double acceplionet UAe sensation et une q^^l^t^pçr^i^^à^la si^itede 1^ sieosatjioii^ La.pjçe;mière est le signe ,