DES OBJETS 0E LA PERCEPTION
à ces qualités : l'absurdité d'une pareille ressemblance a été clairement démontrée par Descartes , Locke et plusieurs autres philosophes modernes. C'était , il est vrai , un dogme de la philosophie ancienne, et plusieurs l'imputent encore au vulgaire, mais seulement comme une vulgaire erreur : est- il nécessaire de prouver que les vibrations d'un corps sonore n'ont aucune analogie avec la sensation du son , et que les émanations d'un corps odorant ne ressemblent point à la Sensation d'odeur ?
3. Les philosophes ne disputent point sur la nature des qualités primaires, parce que nous les concevons clairement et distinctement : il n'y a pas deux opinions sur l'étendue, la figure, le mouvement. On peut être partagé sur les causes de ces propriétés ; mais leur nature est! manifeste pour nos sens; personne ne l'ignore; elle n'est l'objet d'aucune méprise.
Les qualités primaires sont l'objet des sciences mathématiques ; et si les raisonnements mathématiques sont très-rigoureux, c'est que les idées des qualités primaires «ont très-précises. Toutes les modifications diverses de œs qualités étant parfaitement définies dans l'imagination , il est facile de les comparer et de déterminer leurs rapports d'une manière exacte et certaine.
Il n'en est pas ainsi des qualités secondaires : comme leur nature ne se révèle point aux sens , elle peut être un sujet de discussion. Notre faculté de sentir nous apprend que le feu est chaud; mais elle ne nous apprend pas en quoi consiste la chaleur du feu. Et qu'on ne dise pas qu'il y a contradiction dans cette assertion ; nous savons très-positivement que le vin a une qualité enivrante; en savons-nous mieux en quoi consiste cette qualité? Sans doute nous avons une notion de ce que l'on entend par la chaleur du feu et par la qualité enivrante du vin-, au-
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trement nous ne pourrions point en parler; mais cette uo^ tion est purement relative ; tout ce que nous savons de ces deux qualités^ c'est qu'elles sont les causes de certains effets que nous connaissons.
4* La nature des qualités secondaires est un objet de recherche philosophique, et la science^ dans ces derniers temps , y a fait quelque progrès. On a découvert que la sensation d'odéur est causée par les émanations des corps odorants ; celle du son par les vibrations des corps so^ nores; celle de couleur par la disposition des surfaces à refléchir une certaine espèce de lumière. On a aussi trouvé des choses trèsHcurieuses sur la nature du feu. C'est une mine qui est loin d'être épuisée et oii l'on pourra, long -temps encore , fouiller avec succès.
5. On voit pouit[noi les sensations qui appartiennent aux qualités secondaires , fixent toujours notre attention , tandis que celles qui appartiennent aux qualités primai* res ne sont point remarquées.
Celles-là hè sont pas seulement les signes de l'objet perçu, elles entrent encore pour une grande part dans la notion que nous nous en formons. Comme l'objet n'est pour nous que la cause de la sensation , nous ne saurions penser à lui sans priser à la sensation ; elle est le seul caractère par lequel nous le connaissions. La pensée d'une qualité secondaire nous ramène donc toujours â la sensation qui nous la révèle , et de ià vient que nous donnons à ces deux choses le même nom et qm nous sommes sujets à les confondre.
Mais nous n'avons pas besoin de recourir à nos sen» sations pour concevoir les qualités primaires : la nature tioiB en donne une notion directe et dtslincte. Dans la perception des qualités primaires , la sensation Conduit immédiatement la pensée à la qualité dcmt