DES OBJETS DE LA PERGEPTION
et de moins impossible, avec de l'attention, que de ooonaître parfeitement leur nature. Si les philosophes persistaient dans cette acception lorsqu'ils passent aux objets des sens , ils seraient eu moins intelligiUesi. Voyons comm^it Ijocke explique la nature des idées, relativement aUx qualités primaires et secondaires : «Mais , afin de mieux ff découvrir , dit-il , la natuire de nos idées , et d'en dis- « courir d'une manière plus intelligible, il est nécessaire de tf les distinguer en tant qu'elles sont des perceptions et des « notions dans notre esprit, et en tant qu'elles sont dans « les <x>rps des modifications de la matière qui produisait a ces perceptions dans notre esprit. Il faut, dis-je, dis- « tinguer exactement ces deux choses, de peur que >ufous « ne laous figurions (comme on n'est peut»-être que trop « accoutumé à le faire), <{ue nos idées sont de véritables « images ou ressemblances de quelque chose d'inhérent « dans le sujet qui les produit ; car la plupart àes idées « de sensation qui soiat dans notre esprit , ne ressemfalesit « pas plus à quelque chose qui existe hors de nous, que « les noms qu'on emploie pour les exprimer, ne ressem» « blent à nos idées , quoique ces noms ne laissent pas de «c les exciter en nous , dès que nous les entendons ' ».
On ne s'attendait pas à voir un philosophe tel que Liocke distinguer les idées en tant qu'elles sont des idées où des perceptions de notre esprit et en tant qu'elles sont des modifications de la matière « c'est-à-dire en tant qu'elles sont ce qu^elles sont , et en tant qu'elles sont ce qu'elles ne sont pas; et cela, pour discourir plus intellùgi" hkment sur leur nature.
La recherche de la nature des idées est poursuivie dans la section suivante ^ d'une façon non moins exitraor-
^ Idv. II y eh. yxii.
a84 ESSAI II. CHAPITRE XVII.
dinaire. «J'appelle idée tout ce que l'esprit aperçoit en « lui-même; et j'appelle qualité du sujet, la puissance ou « faculté qu'il a de produire une "certaine idée dans l'esprit. « Ainsi j'appelle idées la bkncheur, la froideur et la ron- « deur, en tant qu'elles sont des perceptions ou des sensac( tions existant dans l'ame; et en tant qu'elles sont dans « une boule de neige qui peut produire ces idées en nous, «je les appelle qualités. Que; si je parle quelquefois de « ces idées comme si elles étaient dans les choses mêmes, « on doit supposer que j'entends par là les qualités qui se « rencontrent dans les objets qui produisent en nous ces « idées. » ... ,
Voilà quelles sont les distinctions au moyen desquelles Locke espère nous faire mieux comprendre la. nature des idées des qualités matérielles. Or, je pense qu'on aurait peine à trouver dans tout son livre deux autres paragraphes plus inintelligibles. Son attention s'est-elle relâcl?.ée en cet endroit , ou bien faut-il attribuer cette confusion à la nature indéchiffrable des idées? c'est Une question que j'abandonne au lecteur. Le même chapitre contient plusieurs autres passages, qui ne sont pas moins obscurs; mais je les omets pour arriver à la conclusion que voici : ce qui distingue les qualités primaires des qualités secondaires des corps ^ c'est que les idées des qualités primaires ressemblent à ces qualités , tandis que les idées des qua-^ lifés secondaires ne leur ressemblent en aucune manière. Je demande la permission de faire quelques remarques sur cette doctrine.
I® En admettant que par idées des qualités primaires et secondaires, Locke entende les sensations que ces qualités nous donnent, il est étrange qu'une sensation soit l'idée d'une qualité avec laquelle elle n'a aucune ressemblance. Si la sensation de son est l'idée des vibrations du