‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 52 sur 77 · DES OBJETS* D£ LA PERCEPTION. Î · texte numérisé non relu

DES OBJETS* D£ LA PERCEPTION. Î

It suit de cette revue des opinions philosophiques sur les qualités primaires et secondaires, que toutes les obseu-» rites qu'on a rencontrées, et toutes les erreurs dans lesquelles on est tombé en cette matière, sont sorties de la difficulté de distinguer nettement la sensation de la perception, ou, en d'autres termes , ce que nous éprouvons de ce que nous connaissons.

Nos sens remplissent un double ministère : ils nous font sentir ; ils nous font percevoir. Eu même temps qu'ils nous procurent une multitude de sensations agréables , pénibles , indifférentes , ils nous font concevoir un grand nombre de choses extérieures, et nous persuadent que ces choses existent. Cette couception des choses extérieures, et cette invincible persuasion de leur existence sont l'ouvrage de la nature , comme la sensation qui s'y trouve mêlée. La conception et la croyance sont ce que nous avons appelé perception ; raffection que nous éprouvons en même temps est la sensation. La perception ek la sensation sont simultanées , jamais la nature ne les sépare; de là vient que nous les considérons comme une seule et même chose , que nous leur donnons un seul nom , et que nous confondons leurs attributs. Il n'est pas aisé de les disjoindre par la pensée^ de les examiner à part , et de ne rien attribuer à l'une qui appartienne à l'autre.

Il faut pour cela une vigueur d'observation intérieure et un talent d'analyse, qu'on ne saurait attendre du vulgaire , et qui se rencontrent rarement même chez les philosophes. De là , le peu de rapidité des progrès qu'on a faits dans l'étude de la perception. L'influence de l'hypothèse des idées, si généralement adoptée, a contribué à ralentir encore ces progrès. La mine de l'entendement renferme, comme celle de la philosophie naturelle, un or très-pur ; mais il ne se découvre qu'à l'observation la

plus patiente , à rinduction la plus sévère , et on ne l'extrait point avec des hypothèses et des conjectures. Si les philosophes se résignaient à reconnaître cette vérité , on verrait la philosophie de l'esprit humain se développer avec plus de rapidité.

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