‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 58 sur 77 · III · texte numérisé non relu

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nous, mais les idées de ce qui se passe en nous. C« n'est pas la passion qui nous agite dont nous avons la conscience , c'est l'idée seule de cette passion qui se présente aux regards de l'esprit. Il en est de même des corps et des intelligences , avec cette singulière différence que les idées des corps sont les productions naturelles et régulières des corps eux-mêmes, que leurs qualités en sont les exemplaires et qu'elles ressemblent à ces quali* tés , au lieu que les idées des esprits ne leur ressemblent en aucune manière, de sorte qu'elles ne nous en donnent pas la connaissance , et que les esprits seraient des êtres très -problématiques, si nous n'étions assurés par la rér vélation qu'ils existent réellement.

Locke est modifié à quelques égards, et à d'autres égards il est exagéré par Condillac. On ne peut pas l'ac-^ cuser comme Locke, du moins je le crois, d'avoir implicitement adopté l'émission des images; on ne voit pas non plus qu'il les matérialise jamais dans le cerveau; mais elles ont presque toujours dans ses ouvrages le caractère représentatif, et la similitude la plus parfaite avec la chose représentée, avec laquelle elles se confondent. On lit, Extrait raisonné du Traité des sensations , p. 3o el 3i de la dernière édition , <c que les sensations du tact re- « présentent nécessairement des corps, et que la sensa- « tion de l'étendue nous paraît étendue. » On lit , pages 67 et 68 des Leçons préliminaires : « Ce sont les « sensations qui nous représentent les corps. Les sensa- « tions, considérées comme représentant les corps, se « nomment idées ^ mot qui, dans son origine^ n'a signifié

RÉSUMÉ DE LA THEORIE DES IDÉES. SSq

4c que ce que nous entendons par image. » On lit enfin , Att de penser y p. i45 : « Rien dansPunivers n'est visible <c pour nous ; » ce qui signifie que les seuls objets de nos facultés perceptives sont des idées. Je pourrais citer beaucoup d'autres passages.

Il y a une règle très-sûre pour juger si un philosophe réalise les idées , quelles que soient ses protestations contraires; c'est d'examiner si dans sa langue habituelle, et surtout dans ses doctrines théoriques, les idées sont la pensée elle-même ou l'objet de la pensée. Si elles sont Tobjet de la pensée, elles en sont distinctes, et par conséquent distinctes de l'esprit ; elles ont une existence propre; en un mot elles sont réalisées. Condillac, soumis à cette épreuve, différerait bien peu de Locke.

On peut tirer de ce qui précède les conséquences suivantes : I* Les idées interposées par les philosophes entre l'esprit et l'objet, sont également distinctes de l'un et de l'autre, d'où il suit qu'elles sont des êtres spéciaux, sui generis. On n'échappera à cette conséquence, avouée au reste par la plupart des philosophes , et notamment par Mallébranche et Locke, qu'en confondant les idées, ou bien avec l'esprit et ses opérations , ou bien avec la matière et ses qualités. Mais en ce cas l'intermédiaire qu'on s'est proposé d'établir n'existe plus; l'esprit et l'objet sont face à face , et la perception est immédiate. 2** La ressemblance de l'idée à l'objet, ou le caractère représentatif de l'idée, est supposée par tous les philosophes comme la condition nécessaire de la connaissance. 3** Il est remarquable que les philosophes retombent sans cesse dans l'hypo-

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thèse péripatéticienne de l'émission ou émanatiçn de& idées , et ceux-là mêmes qui Tont réfutée solidement. C'est qu'il est extrêmement difficile de séparer hprésence des images dans F esprit ^ de F introduction des images par le canal des sens. La philosophie ancienne en faisait une seule et même hypothèse; mais la philosophie moderne ayant maintenu la présence de$ iinAgCjS dans l'esprit, en même temps qu'elle combattait l'émission et l'introduction des espèces par les sens , il est résulté de cette mutilation de l'hypothèse péripatéticienne que la partie con* servée et la partie séparée se rappellent sans ces^e et font effort pour se rejoindre.

Quoique le dessein dans lequel nous avons exposé la théorie philosophique des idées , soit de prouver qq'elle conduit nécessairement au scepticisme sur la réalité du monde extérieur, nous ne nous écarterons pas de ce but, en noui$ arrêtant quelques instants à faire voir que , prise eu elle-même et ramenée aux principes d'ufie saine philosophie , elle ne soutient pas l'examen.

Fixons le sens qu'il faut attacher au mot idée dans la langue philosophique. Dans la langue commune avoir l'idée d'uoe chose signifie simplement penser à cette chose ; avoir l'idée distincte d'une chose , c'est la concevoir distinctement. Quand le mot idée est pris dans cette acception vulgaire , il n'y a pas de doute que nous n'ayons des idées; penser sans idées, ce serait penser sans pensées. Ici la pensée c'est l'action de penser ; l'idée ou la notion c'est l'action de concevoir; l'idée n'exprime que les actes divers de Tesprit qui conçoit ou connaît. Les idées

en ée âen& &e sont pas diei êtres distincts des e$prits , elles Mût les esprits eux*niêities, considérés dans leurs opérations successives. Il n'y a point, à proprement parler, d^idées dans la nature , il n'y a que des esprits et des corps. Ma» le mot idée est pris par les philosophes dans une autre acception fondée sur une théorie tout-à*-fait inconnue aU vulgaire. Tous les philosophes anciens et la plupart des modernes soutiennent qu'il en est des opérations de l'eàprit comme des instruments de l'artisan , qu'elles ne s'appliquent qu'aux objets contigus. Ainsi tout objet plaeé à la moindre distance de temps et de lieu , doit être représenté dans l'esprit ou dans le cerveau par quelque es)>ècd d'image , et cette ima^e est le seukôbjet que l'es^ prit contemple : les philosophes modernes t'appellent idée. L'idée philosophique est donc une pure hypothèse , et à ce titre elle n'a pas plus d'autorité quô les fictions poéti* ques de l'Iliade et de l'Énéïde; Hypothèses , a dit Newton , seu phjrsicùB^ seu metaphysicœ in philosophiâ locum non habeni. Elle n'e&t pas* donnée par l'observation ^ mais par le raisonnement qui la conclut de la prétendue nécessité du cotitact entre l'esprit qui perçoit et l'objet perçu ; en un mot, elle n'est pas une vérité de fait> mais une vtérité ée déduction. Si nous devons croire que les idées existent ^ ce n'est pas parce que nous tes voyons , c'est parce que ce sont des êtres nécessaires. Mais i\ n'y a d'être nécessaire que Dieu lui-même; tous les autres sont contÎBgents ; ik pourrai^t exister ou n'exister pas ; le témoignage de nos facultés est la seule garantie que nous ayons de leur réalité , et ^ette garantie n'est point une

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preuve proprement dite, c'est une évidence qui frappe également et au même degré tous les esprits. Sa les idées sont des êtres réels il n'est pas besoin de démonstration pour nous en convaincre ; en ce cas nous les voyons distinctement; et si nous ne les voyons pas^ le raisom^ment ne peut les faire exister que dans les écrits des philosophes. Or, qui a jamais vu, touché, senti une idée? Que les philosophes nous disent ce que c'est ; rien ne doit leur être plus facile ;, nous devons les connaître parfaitement , puisque nous avons avec elles le commerce le plus familier et le plus intime , et que nous n'avons même de commerce qu'avec elles. Cependant il n'y a rien sur quoi les philosophes diffèrent davantage ; ils ne s'accordent que sur leur existence.

Toute la force de l'hypothèse philosophique des idées consiste ,> comme nous l'avons vu , dans leur vertu représentative. Si elles ne sont pas des images et des images parfaitement ressemblantes , il est inutile de disputer sur leur existence ; personne n'y a intérêt. Or, le caractère d'images ne peut^se rencontrer que dans une chose matérielle. Qui pourrait compt'endre ce que c'est qu'une image immatérielle de la matière? Il faut donc , pour sauver l'hypothèse ^ re-r jeter les raffinements par lesquels Mallebranche à spiritqalisé les idées ^ et si on veut les maintenir dans l'emploi qui leur a été assigné et pour lequel seules elles ont été créées, il faut leur restituer la nature corporelle que Descartes leur avait attribuée , opus est specie quœsit verum corpus , et les concevoir , à l'exemple de Locke et de tant d'autres, comme des traces ou des impressions dwsle

cerveau. L'hypothèse ainsi établie repose sur ces trois conditions : la première , que Famé a son siëge , ou comme le dit Locke , sa chambre d'audience dans le cerveau ; la' deuxième , qu'il s'y forme des images de tous les objets sensibles ; la troisième, que l'ame les y perçoit immédiate-' ment, et par elles seulement les objets qu'elles représentent.

Le premier point n'est pas si clairement établi qu'il puisse servir de base à un système. I^es esprits ont-ils un Heu ," et s'ils ont un lieu, comment le remplissent-ilé ? Agiter de telles questions c'est combattre dans la nuit profonde ; ausâi, aprëS des siècles de disputes, les philosophes les plus raisonnables les ont-ils abandonnées comme inaccessibles à nos recherches.

Quant au deuxième point on [)eut affirmer sans témérité qu'il n'est ni prouvé ni probable qu'il existe dans le Cerveau , sous quelque forme que ce soit , des images d'aucun des objets sensibles , et qu'à l'égard du plus grand nombre d'entre eux, ces mots sont absolument vides de sens. Le cerveau a été disséqué une infinité de fois par les anatomistes les phis habilles qui en ont examiné chaque partie à l'œil nu et avec le secours du microscope ; ils n'y ont jamais rien vu qui ressemblé à des images. Et H faut convenir que le cerveau est là substance la moins propre à en recevoir et à en conserver. Comment se formeraient- elles ces images ? D'où viendraient-elles ? Locke dit qu!e\les viennent du dehors et qu'elles pénètrent par les organes des sens. Mais c'eist là précisément l'hj'pothèse des espèces sensibles que les philosophes modernes ont

rejetée eomme une des parties les plus inînteUiglbles et les fdiis ahswdçs du systènake pétipaJyéticiea. Ou n'a pas le dhHt de: se iRoquer des espèces , quaad on eroit aux ima* ges qui soBt la même chose. Il çst vrai que le» cfbjets extérieur» agissent sur nos organes , et par ceu&^i sur les uerfs et sur le cerveau;, mais nous n'avons aucune raison de présumer que ces impressions ressemblent le moins du monde aux objets qui les causent , et la manière même dont on prétend qu'etles se transmettent au cerveau , ex* dut toute ressemblance y soit qu'on adopte le mouvemeni des esprits animaux^ les vibrations des ner&, ou celles d'ua fluide élastique. Nous avons appris de l'expérience que dans la vision il y a une peinture de l'objet sensible au fond de l'œil; mais cette peinture^ non-seulement nous ne l'apeixevons pas^mais nous ne savons- pas comment elle rend l'objet visible , ni pourquoi elle est. suivie de la vision quand elle se forme sur la rétine , et n'en est pas suivie quand elle se forme sur la main oi^ toute autre partie du corps. Il y a plus , nous sommes assurés qu'elle ne saurait parvenir au cerveau , puisque le nerf optique est opaque, comme tout ce qui l'environne, et impénétra-» ble aux rayons de la lumière. L'œil ; au reste , est le seul de nos organes oii il se forme de telles images , et si quelques objets sensibles peuvoit être représentés de cette manière, il y en a un bien plus grand nombre qui ne saurait l'être. Nous comprenons , par exemple, ce que serait l'image ou le dessin de la figure des objets visibles dans le cerveau; mais quelle serait l'image- de leur couleur dans un lieu où règne l'obscurité la plus absolue? qu'est-ce qu'une

ûnag^ du chaud ou du froid , de \st dureté ou de la molesse? qu Mt-cè qu oiie image d'im son , d'une odeur^ d'uae saveur ?

II résle à examiner s'il est vrai que l'esprit ne per瀻ve que les images des: objets portëes au cerveau ^ jamais les eè^ts eux-4némes. Cela es€ aussi peu probable que l'existence même des images. Si nos facultés ne nous induisent pas dans une erreur irrémédiable , les objets de nos pereeptions ne sont point dans notre cerveau , ils sont hors de nous* Loin de percevoir des images dans notre cerveau , nous ne percevcMus pas notre cerveau lui-même; et noha ne saurions pas que nous en avons lu», si les diâseetions anatomîques ne nous l'avaient appris*

Nous ferons encote sur les idées deux réflexions importantes.

1^ Le préjugé des idées a sans doute son origine dans cet autre préjugé que Fobjèt doit être présent à Tesprit pour être perçu ; mais l'invention du moyen destiné à mettre l'esprit' et l'objet en présence , en faisant comparaître celui-ci par une image qui le représente^ cette in^vention , dis^je, à elle-même so» origine dans le sens de hi vue. Si te genre humain était aveugle-né, sa condition, dans l'univers , serait bien aU'-dessous de ce qu'elle est;^ mâts sa métaphysique seifait bien plus saine. Effacez des livres des philosophes toutes les métaphores empmntées des phénomènes de là vision , vous changerez la face de la philosophie ancienne et moderne.

%^ Avec l'hypothèse des idées tombe la question des idées innées; s'il n'y a point d'idées, au sens de Locke et

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de Descartes, ii est certain, sans discussion , qu'il n^ af point d'idées innées» Toutes les questicnas d'origine se ré-^ duisent à rechercher quelles sont dans le fait , les occasions où, soit l'action de nos facultés, soit les lois de notre nature , nous suggèrent ces notions simples danslesquelles toutes nos pensées peuvent se résoudre^ et que Fon doit considérer comme les éléments de la connaissance humaine. Le résultat seul de ces recherches peut décider si toutes les notioAs dont il s'agit dérivent de l'exercice des sens^mais l'observation est le seul guide qu'on y doive suivre , et la seule autorité à laquelle on doive se rendre. Les raisonnements de Locke et de ses disciples , adaptés à l'hypothèse des idées , perdent toute leur force dès qu'on sort de cette hypothèse.

Si l'invention philosophique des idées a été bien sai* sie , il est aisé de comprendre qu'elle devait aboutir au scepticisme , et l'histoire de la philosophie vient à l'ap-» pui du raisonnement.

En effet, l'idée est-elle immatérielle? elle ne peut pas représenter la matière : il est évident que l'étendue et l'impénétrabilité ne ressemblent qu'à de l'étendue et de l'impénétrabilité y et ne peuvent être exprimées à l'esprit que par une chose étendue et impénétrable. L'idée cst^ elle matérielle, et vous avez vu à quelles conditions, à quel prix, elle pourrait l'être? en ce cas , Fidée-image ne représente que les apparences visibles ; toutes les notions que nous ne devons pas à la vue ne sont pas représentables. Mais la vue ne donne pas l'impénétrabilité , ni la troisième dimension de l'étendue, ccst-à-dirc que la vue

ne donne pas les corps; les corps ne sont donc pas don-* nés pas les Idées. De là vient que Leibnitz et Kant, plus fidèles à Miur théorie que Locke , appellent les corps des phénomènes j entendant par phénomènes de pures apparences sans réalité, ou dont la réalité n'est pas prouvée» Ainsi j dans l'hypothèse de l'idée immatérielle , il n'y a rien hors de l'esprit ; dans l'hypothèse de l'idée matérielle , il y a quelque, chose hors de l'esprit ; mais cet indéfinissable quelque chose n'est qu'un monde phénoménique , circonscrit dans les apparences visibles, un monde sans substance et qui difière totalement du monde matériel ; il ne reste à l'esprit que le sens de la vue ; il a perdu celui du toucher.

Dans le fait, c'est l'hypothèse des idées, telle que Locke l'a conçue et exposée dans V Essai sur Fentendement, qui a conduit Berkeley, et Hume après lui, à nier le monde extérieur. Locke identifie toujours l'idée avec la sensation; une sensation, dit-il, c'est une idée qui entre* Lol sensa^ tion représentative de Condillac , à Ventrée près , qui suppose l'émission , est exactement la même chose que la sensation-idée , ou l'idée de sensation de Locke. Mais la sensation-idée, l'idée de sensation, la sensation représentative encourent les mêmes objections que l'idée immatérielle. Qu'est-ce que la représentation, si elle n'est pas une image ressemblante? et qu'est-ce qu'une image ressemblante de la matière dans une sensation ? Quelle analogie y a-t-il entre lés affections de nos âmes, et l'étendue impénétrable ? Est-ce que nous avons des affections étendues, dures, molles, solides, liquides, ? etc. C'est

eette absurdité palpable que Iiocke D'à point aperçue; mais qui n'a point échappé à Condiliac , et dans laquelle il est tombé volontairement plutôt que d'abaii«)nner son principe; c'est cette absurdité, dis-je, qui fournit à Berkeley toutes ses armes contre le monde matériel. Il n'a pas eu besoin y il Ëiut en convenir, de toute la force de son esprit , qui était très-grande, pour prouver qu'une sensation ne peut ressembler qu'à une sensation , Une idée qu^à une idée. Aussi s'accuse-*l-i] sans cesse de prolixité; poiïrquoî s'étendre, dit-il , et revenir si souvent sur une chose, qu'en une ligne ou deux on démontre av^ee la der* nière évidence à tout esprit capable de la moindre ré« flexion? On peut s'étonner , en effet, qu'une vérité si claire, et que Berkeley a mise dans un si graiid jour ait été ignorée de Locke, Telles sont les difficultés et les ôbs^ curttés de la philosophie de l'esprit humain que l'évidence même peut être long*temps méconnue , et qOé l'ob* servateur le plus clairvoyant peut errer long*temps autour d'eilestfns l'apercevoir; mais sitôt qu^elte est découverte ^ k lumière dont elle brille frâfppe les plus faibles yeûit , et tietÈ hW plus capable de l'éteindre. Berkeley n'a convâiiicu personne , mais on a long-temps cru , et le peu de lecteurs qu'il a encore mnt persuadés qu'il est extrêns€»iient dii&cile de réfuter son système. Ils ont raison ; soiï sfystème est irréftitable , si les seuls objets de la pèi^ eepeion éÊHxt des idées. La clé de l'idéalisme de Berkeley ne se trouve <(ue dans rihtelHgence de l'hypothèse des idées ^nt il est la conséquence inévitable.

On peut aller plus \(Âti que Berkeley. Quand on ne

fait que nier la ressemblance des iàé^ aux oorp^^ mk admet implicitemeat que les corps sont connus et qu'ils ont pu être comparés aux idées; car on ne saur^^t nier la ressemblance d'un portrait quand on n'a pas vu l'original. Mais si nous ne voyons que des idées , comment savonsnous que la chose que nous voyons est l'image d'une chose que nous n'avons jamais vue? Quel est le raisonnement qui peut nous faire conclure avec certitude de la vue d'un portrait, quelque ressemblant qu'on le suppose, l'existence d'un original qui nous est inconnu ? Si celui-ci est invisible , comment venons-nous donc à le connaître? S'il est visible nous voyons donc deux fois la même chose, comme Penthée voyait deux soleils et deux Thèbes; nous s|vons deux perceptions simultanées ? Si l'image disparaît après avoir introduit la chose représentée, comme le signe après avoir introduit la chose signifiée, nous avons donc deux perceptions successives ?

En fixant votre attention sur ces bizarres doctrines , j'ai peut-être besoin de déclarer que je ne me propose cependant pas d'enseigner le mépris de la philosophie et des philosophes. Mon but est de faire servir l'histoire de la philosophie à signaler l'écueil des hypothèses. Ce n'est pas le génie qui a manqué à Deseartes , à Mallebranche ,. à Locke, à Berkeley; mais la philosophie de l'esprit hur main est une science de faits, comme toutes les sciences naturelles ; et quand le génie lui-même , au liei^ d'obsern ver les faits, introduit des hypotjbèses arbitraires dans l'étude de l'esprit humain ^ il ne nencontre qu'erreurs et contradictions , et les absurdités se multiplient en raison

35o FRAGMENTS.

composée de l'exactitude du raisonnement , de la fidélité à l'hypothèse introduite, et de la sagacité qui en aperçoit et qui en presse toutes les conséquences.

Exposition du sjrs^me de Descartes. *

(extrait far I.*iDlTKnR DES HOTKS DR LA 3" LEÇOlT.}

Il y a trois choses à considérer dans le système de Descartes : i® les motifs pour lesquels il met en doute la plupart des opinions qu'il avait tenues jusque-là pour certaines ; a® ceux pour lesquels il sauve du naufrage universel la conviction qu'il pense et qu'il existe ; 3^ la manière dont il relève l'édifice de la connaissance après l'avoir renversé.

I. Le doute de Descartes ne naquit point comme celui des anciens sceptiques du désespoir de découvrir la vérité. Mais « ayant remarqué que dès ses premières années il avait ce reçu quantité de fausses opinions pour véritables , et <c pensant que ce qu'il avait depuis fondé sur des principes a si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incc certain , il résolut de déraciner de son esprit toutes les « erreurs qui avaient pu s'y glisser , ne tendant qu'à reje- (c ter la terre mouvante et le sable , pour trouver le roc a ou l'argile. » Pour y parvenir il jugea que le seul moyen était « de rejeter comme absolument faux to^t ce en quoi « U pourrait imaginer le moindre doute, afin de voir s'il « ne resterait point après cela quelque chose en sa créance « qui fût entièrement indubitable. »

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