‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 59 sur 77 · EXPOSITION DU SYSTÈME DE DESCARTES · texte numérisé non relu

EXPOSITION DU SYSTÈME DE DESCARTES

Ce ftit pour mettre ce projet à exécution que Descartes entreprit Ja revue, non point de toutes ses opinions, mais de « tous les principes sur lesquels toutes ses ance ciennes opinions étaient appuyées, parce que la ruine « des fondements entraine nécessairement avec soi tout a le reste de l'édifice. » ^

Dans cette revue il attaque successivement l'autorité des sens, de la mémoire, du raisonnement, et la certitude des vérités nécessaires qui ne dépend d'aucune de ces facultés. Ses motifs de doute sont de deux espèces.

Il adresse aux sens cette première objection, qu'il a quelquefois éprouvé qu'ils sont trompeurs. — C'est une raison de se défier de leur témoignage; mais quoi! «si « les seii3 sont trompeurs quelquefois touchant des choses ce fort peu sensibles ou fort éloignées , il s'en rencontre <c néanmoins beaucoup d'autres , desquelles il sembla qu'on « ne peut raisonnablement douter. » — Il est vrai , répond Descartes, mais ne nous arrive-t-il pas de voir ^n songe toutes ces mêmes choses, et ne i}oiis paraît-il pas qu'elles existent réellement, quoique alors elles n'aient aucune réalité? Or, comment discerner la veille du sommeil ?« Il n'y a manifestement point d'indices certains par c< où l'on puisse les distinguer nettement. »

Il oppose à la mémoire et au raisonnement le même genre d'objections. . Souvent la mémoire nous abuse, et <c les plus habiles se méprennent en raisonnant , même « touchant les plus simples matières de géométrie , et y <c font des paralogismes. »

Après avoir ainsi mis en doute les vérités contingentes

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•et déduites , en démontraDt la faillibilité des facultés qui nous les donnent, il reste les notions simples et upiver* selles qui subsisteraient encore dans notre esprit qua^nd bien même tout ce qui «st contingent et rîomposé serait anéanti , et les rapports nécessaires que notre esprit conçoit entre ces notipns. «

(( Encore que toutes les cho$es particulières et génë-

<c raies puissent être imaginaires y dit Descartes , toutefois

« il faut nécessairement avouer qu'il y en a au moins quel*

i< ques autres encore plus simples et plus universelles qtii

« sont vraies etexistantes; du mélange desquelles toutes les

« images des choses qui sont en notre pensée^ soit vraies

<c et réelles, soit feintes et fantastiques, sont formées. De

c<ce genre de choses est la nature corporelle en général

te et son étendue; ensemble la figure des choses étendues,

« leur quantité ou grandeur et leur nombre ; comme

«aussi le lieu où elles sont, le temps qui mesure leur

« durée , et autres semblables. C'est pourquoi , peut-

4c étre^ que delà nous ne conclurons pas mal si nous di--

a sons que la physique, l'astronomie, la médecifie et

c( toutes les autres sciences qui dépendent de la considéra -

' (c tion des choses composées, sont fort douteuses et incer-*

ce taines, mais que l'arithmétique , la géométrie et les au-

« très sciences de eette nature qui ne traitentque de <dioises

<c fort simples et fort générales sans se mettre beaucoup

« en peine si elles sont dans la nature ou si elles n'y sont

a pas , contiennent quelque chose de certaine et d'iadubi-

« table; car soit que je veille ou que je dorme, deux et

«c trois , joints ensemble , formeront toujours le nombre

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