EXPOSITION DU SYSTÈME DE DESCAHTES
"« cinq f et le carré q'aura jamais plus de quatre cotés. »
Pour mettre de pareilles vérités en doute , les objections tirées des erreurs de nos facultés sont trop faibles ; Descartes invoque un scepticisme d'un^ nature plus destructive.
Il trouve dans son esprit k une certaine opinion qu'il y « a ui| I)ieu qui peut tout et pçir qui il a été fajt et créé u tel qu'il est. Qr, que sais-jp, dit-il, s'il n's^ point fait, <c qu'il n'y ait aucune terre , aucup ciel , aucun corps <c étendu, aucune figure^ aucune grandeur, aucun lieu, « et que néanmoins j'aie les sentiments de toutes ces « choses ? Que sais-je, s'il çi'a point fait que je me trompe « aussi toutes les fois que je fais l'addition de deux et de « trois, ou que. je nombre les côtés d'un carré?» — Mais Dieu me tromperait? — «S'il répugnait à sa bonté, répond '<c Descartes , que je me trompasse toujours , cela semble- « rait aussi lui êtr^ contraire de permettre que je me « trompe quelquefois , et néanmoins je ne puis douter qu'il ft ne le permette.» — Nepuis-je pas supposer d'ailleurs à la place de Dieu, « un certain mauvais génie^non moins rusé if et trompeur que puissant , qui aurait employé toute son <c industrie à me tromper ? »
Rien ne peut résister à ce dernier argument; il achèye de ruiner l'autorité des sens, de la mémoire, du raisonnement, déjà ébranlée par l'arguipeut tirades erreurs où tombent ces facultés , et il enveloppe dans le méiue nauf frage toutes les notions universelles et toutes \es vérités nécessaires.
C'est maintenant contre le mauvais génie que Descartes m. 2 3
va lutter. Voici sa position vis-à-vis cet être formidable.
« Je suppose que toutes les choses que je vois sont fausses; €( je me persuade que rien n'a jamais été de tout ce que « ma mémoire menteuse me représente; je pense n'avoir ce aucun sens; je crois que le corps , la figure, l'étendue, <c le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon « esprit; qu'est-ce donc qui pourra être assuré véritable? «c peut-être rien autre chose , sinon qu'il n'y a rien au a monde de certain. »
Cela est bien audacieux ; mais Descartes l'était, et c'est son audace qui a secoué le joug de l'autorité. Voyons maintenant comment il retrouvera ce qu'il a perdu; il ne demande comme Ârchimède qu'un point ferme et immobile; il ne veut qu'une chose qui soit certaine et indubitable , minimum quid quod sit certum et ùtconcusswn ; quelle sera cette chose?
II. « Je me suis persuadé , dit Descartes , qu'il n'y (( avait rien du tout au monde; mais me suis-je aussi perte suadé que je n^étais point? tant s'en faut; j'étais sans « doute , si je me suis persuadé quelque chose. Mais il y a « un je ne sais quel trompeur très-puissant et très-rusé qui ce emploie toute son industrie à me tromper toujours? Il ce n'y a donc point de doute que je suis s'il me trompe ; ce et qu'il me trompe tant qu'il voudra , il ne saura jamais ce faire que je ne sois rien, tant que je fienserai être quelce que chose Je pense, donc j'existe. »
Voilà le minimum quid inconcussum que Descartes cherchait; voilà sa première victoire sur le mauvais génie.