‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 62 sur 77 · EXPOSITION DU SYSTÈME DE DESGARTES · texte numérisé non relu

EXPOSITION DU SYSTÈME DE DESGARTES

^a téÈilité objectwe , et le crédit du banquier sa tëalîtë émi-

néîîte.

L^idée, nétatlt qu'ua mode de la pe^^ée, ne saurait contenir la réalité formelle de la chose qa'elle réprésente; éïle flé pfeut contenir que sa réalité objective. Ot^ selon Oescartes, « pôiii' qu'une idée contienne une certaine « téàlité objcfctivé plutôt qu'une autre , elle doit avoir (c cela dé quelque cause dans laquelle il se rencontre pour « le moins autant de réalité formelle que cette Idée con- « tient de féâlité objective; car si l'on supposé qu'il se d trouve quelque chose dans une idée qui ne se rencontre ce pas dans sa cause , il faut donc qu'elle tienA^ cela du

<t néant, ce qui eât impossible En sorte, conclut-il ,

« que la lumière naturelle me feit connaître évidemment (c que les idées sont en moi comme des tablealé^x ou des « images qiii ji^uvent à la vérité facilement déchoir de la « Jpei'fectîon dt^ choses dont elles sont tîréeè, mais qui <t ne peuvent jamais rien contenir de plus grand ou de « plus parfait. ))

Ces A^ux principes posés , voici la question 2 Ai-je quelque idée dohi \é. réalité ne se trodVe eti moi ti\ formellement nt éminemmtetit , et dont paf côdséqitent je tie ptlisse pài étfe là cause? i'il en eàt ane seule, il existe hors de moi une cause dé cette idée; je sors de l'égoïàme.

Descartes ^ pour le décbuvriiP , eksiâe lès ifdéiôs ifelort tes choses qu'elle^ représeiïteÉ/l •, elles représeiiteilt eu moimême, ou des êtres iuanimrés, ou des êtreè attiinés, ou T>ïeu.

Je suis la cause de l'idée de moi-même, puisque je possède formellement toute sa réalité objective.

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Il n'est pas impossible que je sois la. cause de mes- idées des êtres inanimés ; car, d'une part, je puis tirer de moi l'idée de substance, de durée, de nombre; et si, de l'autre, (c la figure^ l'étendue, la situation et le mouvement a ne sont point formellement en moi , puisque je ne suis « qu'une chose qui pense ; comme ce sont seulement de *i certains modes de la substance et que je suis, moi-m.ême «c une substance^ il semble qu'elles puissent être conteff nues en moi éminemment. » Quant aux qualités, que .Locke appela depuis qualités secondes ,. je n'en ai aucune idée distincte , et par conséquent je ne suis pas tenu d'en assigner la cause.

£n troisième lieu, je puis former les idées des. êtres< animés avec l'idée de moirmême et l'idée de la matière.

«Partant il ne reste que la seule idée de Dieu. ».-7^ « Par (C le nom de Dieu, dit Descartes, j'entends une substance tf infinie , éternelle,. immuable, indépendante , toute con- « naissante, toute puissante, et par laquelle moi-même u et toutes les autres choses qui sont , s'il est vrai, qu'il y (( en ait qui existent , ont été créées et produites. ». Or, cette idée ne peut venir de moi; « car encore que l'idée de subite tance soit en moi de cela même que }(d suis une suhs- « tance, je n'aurais pas néanmoins l'idée d'une substance « infinie, moi qui suis un être fini,, si elle n'avait été a mise en moi par quelque substance qui fût véritablece ment infinie...... Par conséquent il faut nécessairement

« conclure que Dieu existe. »,

Telle est la preuve fondamentale de Descartes. A cellelà il en ajoute deux autres.

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L'une est tirée de sa propre existence; car si Dieu n'existait pas, dit«il, par qui aurais-je été créé? Ce n'est pas par moi; car si c'était par moi, je me serais doniié toutes les perfections dont j'ai l'idée, et de plus j'aurais la conscience d'un pouvoir par lequel je me conserverais. Ce n'est pas par mes pareuts? car , en tant qu'être pensant, je n'ai poiqt été produit par mes, parents qui d'ailleurs ne me conservent poiat. Enfin, ce ne peut être par un être moins parfait que Dieu,, car il n'aurait pu me donner l'idée dç perfection. Donc je n'ai pu être créé que par Dieu ; d'où il suit que Dieu existe^.

L'autre preuve subsidiaire de l'existence de Dieu repose sur ce principe que l'idée de Dieu étant l'idée d'un être parfait, il est impossible qu'aucune perfection lui manque réellement; il est donc nécessi^ire qu'il existe, car l'absence de l'existence serait une imperfection. « Il <c n'y a pas moins de répugna^nce , dit Descartçs, de con- « cevoir un Dieu, c'est-à-dii:e un être souverainement parce fait^ auquel manque l'existience, c'est-à-dire quelque per** « fection, que de concevoir une montagne qui n'ait point « de vallée ou un triangle dont le^ trois angles ne soiç.nt ce pas égaux à deux droits, n.

L'existence de Dieu dén^ontrée , Descartea en conclut facilement qu'il est impossible qu'il nous trpnipe, a puis- <c qu'en toute fraude et tromperie,, il.se renconti^Q quelque ce imperfection. » D'où il suit que la faculté de juger que nous tenons de Dieu, n'est point elle-même trompeuse.

Armé de ce principe, Descartea revient sur les raisons de douter qu'il a exposées en commençant, et montre

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comment la lumière de la grande découverte qu'il a faite rend claires et distinctes une foule de conceptions qui* n'offraient auparavant que des sujets âe douter* C'est une des plus belles parties de ses méditations ; nous nous contenterons de citer le passage oh il rétablit là certitude de l'existence des choses corporelles.

« Je îie puis douter qu'il n'y ait en moi utie fslculté « passive de sentir, c'est-à-dire de t'écevoir et de coiinaî- «c tré les idées des choses sensibles ; mais elle me serait « inutile , s'il n'y avait aussi en moi ou en quelque autre « chose y une faculté active, capable de former et produire cf ces idées. Or, cette faculté ne peiit être en moi en tant « que je ne suis qu'une chose qui pense, vu qu'elle ne « présuppose point ma pensée , et àuâsi que ces idées-là « me sont souvent représentées Saùs que j'y contribue en «c aucune façon et même souvent contre ition gré; il faut « donc qu'elle soit en quelque substance différente de moi te dans laquelle toute la réalité qui est objectivement dans a les idées , soit contenue formellement du éminemment ; €c et cette substance est ou une nature corporelle dans la- « quelle est contenu formellement et fen effet tout ce ce qui est objectivement dans ces idées ; ou bien c'est « Dieu même ou quelque autre créature plus noble que « le corps dans laquelle cela même est contenu éminem-^ «t ment. Or, Dieu n'étant point trompeur, il est très-ma-^ « nifeste qu'il ne m'envoie point ces idées immédiatement « par lui-même , ni aussi par l'entremise dé quelque créa-^ ft ture dans laquelle leur téaKté ne soit pas contenue force meltemëtit, mais scûlemieht éfiiinetrinleAt. Carne tti'ayant

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« donné aucune faculté pour connaître que cela soît , mais i( au contraire une très-grande inclination à croire Qu'elles et partent des choses corporelles^ je ne Yoiâ pas comment « on pourrait l'excuser de tromperie , si en effet ces idées tf partaient d'ailleurs ou étaient produites pat d'autres « causes que par dès choses corporel Icfs : et partant il faut « conclure qu'il y a deà choses corporelles qui existent. »

ÏII.

Critique de Descartes*

( 4^ LEÇON DK LA 3*" AICITÉK. )

C'est un principe général , reçu dans la philosophie moderne , qu'en matière de faits la conscience est le seul témoin irrécusable, et qu'ainsi les seuls faits évidents par eux-mêmes sont ceux qu'elle atteste. Je me suis proposé de faire voir que cette opinion conduit nécessairemetit au scepticisme sur la réâHté des choses extérieures et qa'entk*e les philosophes > oeuic-là seuls ont bien raisonné qui ont été sceptiques OU idéalistes ^ et ceuît-Jà ont mal raisonné qui ne l'ont pas été< J'ai domm^itcé par Des-» cartes; j'ai montré l'origine de l'opinion dont il S'agit dans son doute. C'est de là qu'elle s'est répandue; c'est Descailes qui a dépouillé les sens de leur autotité hàtu-^ relléi pour la transférer à la conscience.

Cependant Descartes ne déduit pas , comme Condiliac ^ la croyance d'un monde extérieur; il là reçoit de la na-» ture. Mais il la frappe d'incertitude , et avec elle toute la

36a FRAGMENTS.

connaissance^ sur ce fondement , que toutes ses facultés peuvent le tromper, excepté la. conscience.

Il ne s'agit donc pas pour Descartes de créer le monde, mais de le prouver.

Au , nombre des fsibultés dont il infirme le témoignage, se trouve la raison, et, en cela, Hume seul a imité Descartes. Il propose contse cette faculté trois .objections différentes : 1^ la raison n'a point de principes si évidents qu'ils ne puissent être une illusion ; a^ la faculté de déduire d'un principe les conséquences qu'il renferme peut être mensongère comme toutea les autres ; 3* la mémoire dont le ministère est indispensable dans le raisonnement, n'a pas plus d'autorité que les sens : memoria mendax.

Les vérités nécessaires comme les vérités. contingentes sont donc suspendues au doute de Descartes. Il professe un. double scepticisme, d'abord . le scepticisme vulgaire qui se fonde sur les erreurs o\x tombent nos facultés; ensuite un scepticisme supérieur dérivé de l'invention du mauvais génie,.. invention propre à Descartes. et la machine la plus terrible avec laquelle po ait battu en ruine la vérité de nos,. connaissances.

Que reste- 1- il donc de certain ? Ceci seulement; cogito^ je pense.

, Pourquoi Descartes est^il assuré qu^il pense? C'est qu'il lui est impossible d'en douter, ou, en d'autres termes, c'est que l£^ réalité de ses pensées lui. paraît évidente par elle-même.

Si la réponse est bonne, tout ce qui est évident est

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