‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 71 sur 77 · SENSATION >:T PERCEPTION · texte numérisé non relu

SENSATION >:T PERCEPTION

posé. Cette circonspection n'introduit aucune erreur dans la philosophie^ d'abord parce qu'elle n y introduit aucune théorie; ensuite parce que tous les faits restent dans la science ^ quoiqu'il échappe quelques similitudes. L'erreur, qui consiste à confondre deux faits différents entrainecette conséquence inévitable que l'un des deux faits disparaît 4e h science , sans quoi ils resteraient deux et ne seraient pas un ; elle a cette autre conséquence que le résultat dont il s'agit ne peut être obtenu que par une mauvaise théorie. Ainsi, d'une part, la science est fausse, et d'une aiiitre part, elle est soumise à l'iufluence incalculable de quelque faux principe.

L'erreur qui c4>nfond des faits différents n'est pas seul^nent la plus dangereuse, elle est encore celle qu'il est )e plus malaisé d'éviter, parce qu'elle se rencontre dans l'une des pentes les plus naturelles de l'esprit humain. La simplicité est un des besoins de notre entendement : nous concevons plus vite et mieux ce qui est simple; rien n'est si simple que ce qui est un; c'est donc l'unité que nous cherchons toujours, et, comme nous l'exigeons dans les conceptions de l'intelligence humaine , noiis l'im'* posons aussi à la nature,, et nous la plaçons dans toutes $e^ œuvres. De là l'ancienne physique, et de là la meta* physique moderne. Les foufneaux de l'alchimiste s'alla* inaient pour la recherche du principe unique des choses; des physiciens plus raisonnables avaient la condesceiidance d'admettre quatre principes; à mesure qu'on a étudié la nature dans, la nature elle-même, les principes non pas indivisibles, mais indivisés, se sont multipliés;

4o8 FRAGMENTS.

OQ en compte aujourd'hui plus de quarafite. tt eu sevM de même, je n'en doute pas, dans la philosophie de l'esprit humain , quand l'esprit d'observation en aura banni l'esprit de système et la chimère du fait unique.

Cette digression qui n'est qu'apparente , aboutit au point que nous avons discuté dans les dernières leçons ; la sensation et la perception sont-elles un seul et même fait, ou ce qui est la même chose, la sensibilité et l'intelligence sont-elles une seule et même faculté ?

On convient dans la philosophie de la sensation, qu'il y a des sensations qui ne nous apprennent rien que leur propre existence et la nôtre, et que nous ne sortirions jamais de nous-mêmes si nous étions réduits à ces sensations : ce sont celles de l'odorat, du goût, de l'ouïe. On convient que les sensations du toucher diffèrent de celles dont nous venons de parler, en ce qu'elles nous révèlent des existences distinctes de la nôtre : Locke et Condillac îe reconnaissent. N'est-ce point là une différence entre ces deux ordres de sensations?

Les sensations de l'ouïe , du goût , de l'odorat , ne sont rien que des sensations : les sensations du tact sont des sensations, plus une connaissance, et tout ce qui suit de la connaissance, c'est-à-dire un objet connu, un jugement porté sur l'existence de cet objet, etc. N'y a-t-il pas contradiction à dire que les premières et les secondes sont un fait identique ? On ne peut nier cette contradiction , à moins de prétendre que le fait particulier de la connaissance est contenu dans le fait général de la sensation. Mais s'il y était contenu j il se rencontrerait dans les pre-

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