‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 73 sur 77 · DOCTRINE DE CONDILLAC · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE CONDILLAC

Remarquons d'abord ces locutions , nous sommes for^ ces de juger ^ puisque; — là se révèle tout l'esprit de la philosophie de Condiilac : cette philosophie anéantit la nécessité de l'observation et*niet à sa place le raisonnement ; ce n'est pas que G)ndillac ne recommande souvent l'observation ; observons la statue , dit-il sans cesse; mais la statue est une hypothèse, et qu'est-ce qu'observer une hypothèse, si ce n'est raisonner ?

(c Parmi les sensations que nous devons au toucher^ « dit Condillac , il y en a une que nous n'apercevons pas « comme une manière d'être de nous-mêmes. » Les manières d'être de la matière sont des qualités , les manières d'être de l'esprit, des opérations ; les esprits sont toujours actifs., même dans la sensation qui n'est pas sentie sans quelque coopération de l'attention; sentir, agir, ce n'est pas la même chose qu'être rond ou carré, blanc ou noir. Substituez donc dans cette phrase opération à manière d^étre y vous lirez : « Parmi les sensations que nous de- <K vous au toudier, il y en a une (c'est la connaissance des « qualités premières des corps), que nous n'apercevons <K paç comme une op^ra//o/z de iK>us-mêmes, mais comme « V opération d'un continu formé par la continuité d'au- « très continus, et nous sommes forcés de juger étendue « cette opération même. » Condillac aurait-il écrit cette phrase ?

Dans la seconde phrase, il définit la matière par l'étendue seule, sans parler de la solidité; or, il est tout aussi certain que nous percevons la solidité , qu'il peut l'être que nous percevons l'étendue; ajoutez donc la so^ IV. . ^7

lidité à Véiendue, et yous lirez : « Puisqu'un corps est un « colTtinki solide , formé par k contiguitë d'autres corps « étendus et solides; la sensation qui le représente est un fc continu solide, formé par la contiguité d'autres sensa- « tions étendues et solides. » Je le demande de nouveau , OMïdillac aurait-il écrit cette phrase ?

Voici maintenant le mot de toutes ces énigmes* Nous admettons, nous, deux £iits parallMes, primitifs, qui ne dérivent point l'un de l'autre, ni d'aucun autre &it antérieur, la sensation et la perception. Mous devons au pre* mier la notion du moi; au second , la notion d'une acti* vite indépendante de nos perceptions. Ces deux notions n\>nt rien de commun ; l'étendue et la solidité ne ressemblent point aux affections d'un être s^isible ; la conscience nous atteste suffisamment que la joie et la douleur ne sont ni rondes ni carrées, ni dures ni molles, ni rudes, ni polies. Le système philosophique de Condillac n'admet que l'un de ces faits ^ la sensation ; d'où il suit que Condillac est condamné à Êiire sortir de la sensation, et la perception, et tous les objets de la connaissance humaine, et les règles éternelles de la morale^ Mais il ne s'agit ici que de la perception. £xtraira-t-il les coips de la sensation par le raisonnement? Non, il dit lui-même <que cela est impossible. Il faut donc qu'il fasse de la sensation et des corps une seule et même chose ; et c'est en effet le parti qu'il prend. Mais comment faire une seule et même chose de ce qui est à la fois en moi et hors de moi , de ma pensée et de ce qui est étendu , soHde et figuré ? il y a bien à cela quelque ^embarras. Puisque, d'un coté, je n'ai que des

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