‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 13 sur 67 · DU FROID ET DU CHAIID · texte numérisé non relu

DU FROID ET DU CHAIID

Les trois sens qui viennent d'être Fobjet de nos considérations, sont simples et uniformes : ils pe présentent chacun qu'une seule espèce de sensation, et ils ne nous révèlent qu'une seule qualité des corps. Par Toreille, nous percevons les sons et rien autre chose; les saveurs ^ par le palais; et les odeurs, par le nez. C/es qualités ne sont également que d'un seul ordre : elles sont toutes des qualités secondaires. Mais par le toucher nous' ne percevons pas seulement une qualité (Tes corps , nous en percevons plusieurs, et d'espèces différentes. Les principales sont le froid et le chaud, la dureté' et la mollesse , le raboteux et le poli, la figure, la solidité, le mouve* ment et l'étendue. Nous allons les considérer l'une après l'autre.

Quant aux deux premières, on avouera aisément qu'elles sont des qualités secondaires, du même ordre que les odeurs, les saveurs et les sous. Par conséquent, tout ce qui a déjà été dit des odeurs convient à ces deux qualités et peut aisément s'y appliquer. Les mots de chaud el de froid ont deux significations : quelquefois ils signi-

9^ CHAPITRE V.= — SECTIOJf ï.

fient certaines sensations de l'esprit, qui ne péavent avoir d'existence que iorsqa'elies sont perçues, et qui impliquent un esprit ou un sujet sentant da'ns lequel elles résident; mais ils désignent plus fréquemment une qualité des corps, qui en vertu des lois de la nature, excite en nous les sensations du froid et du cliaud. Quoique Pliabitude ait tellement associé cette qualité dans notre esprit avec la sensation qu'elle excite, que nous ne pouvons l'en isoler sans difficulté , cependant elle n'a pas avec elle la moindre ressemblance; et elle peut continuer d'exister lorsque la sensation est évanouie, et même lorsqu'une sensation pareille n'existerait dans aucun esprit.

Les sensations du. chaud et du froid nous sont parfaitement connues, car ejles ne sont et ne peuvent être que ce que nous sentons qu'elles sont. Il n'en est pas de même des qualités des corps que nous appelons la citaleur et \e froid: elles nous sont inconnues, et nous ne les concevons que comme les causes ou les occasions" des sensations qui portent le même nom. Mais quoique le sens commun ne nous apprenne rien de leui* nature, il nous force de croire qu'elles existent. Nier qu'il puisse exister de la chaleur et du froid lorsque nous ne les sentons pas , ce serait une absurdité grossière qui ne mériterait pas d'être réfutée. En effet ce serait soutenir que le thermomètre ne peut ni monter ni descendre à moins que quelqu'un ne soit présent; et que la côte de Guinée serait aussi froide que la Nouvelle Zemble , si elle était inhabitée.

C'est aux philosophes à rechercher, par des expériences convenables et par des inductions sûres , ce que la chaleur et le froid sont dans les corps. La chaleur est-elle un élément particulier répandu dans toute la nature, et accumulé dans le corps chaud; ou n'est-elle qu'une vibration des

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