‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 15 sur 67 · DE L ÉTENDUE, II · texte numérisé non relu

DE L ÉTENDUE, II

commençons par piquer cet homme avec une épingle. Il éprouvera sans aucuu doute une sensation très vive, une ' douleur très aiguë; mais qu'en peut-il conclure? rien. sûr. rement touchant Vexistence ou la figure de Tépingle. Il ne peut rien inférer de la douleur cpi'il endure , qu'il ne puisse également, inférer de la goutte ou de la sciatique. Le sens commun peut le conduire à penser que cette souffrance a une cause; mais de savoir sL dette cause est un c^rps ou un esprit, si elle est étendue ou ioétendue, si elle a une figure ou si elle n'en a pas, c'est sur quoi il ne lui est pas possible. de former la plus légère; conjecture , en vertu des seul& principes que nous lui supposons. S'il. n'avait auparavant aucune; notion ni de la matière ni de l'étendue, la piqûre d'une épingle ne peut lui en donner.

Supposons, en second lieu, qu'on mette en contact avec son corps un objet arrondi par son extrémité^ et qu'on augmente peu à peu la pression jusqu'à ce qu'elle produise une contusion; qu'en résultera-t-il? tine autre sensation, il est vrai, et même une succession ou une série de sensations ; mais dont il né pourra rien inférer de plus^ que- dans Je cas précédent. Car une tumeur squirrheuse dan$ quelque partie intérieure du corps, parla pression qu'elle exercerait sur les parties adjacentes, lui ferait éprouver le même genre de sensations, sans que ces sensations lui inspirasseni d'autre notion que celle de la douleur, laquelle n'a sûrement aucune ressemblance avec l'idée de l'étendue.

Supposons, troisièmement, que l'objet mis. en contact touche une partie plus ou moins grande de son corps; cela lui donnera-t-il la notion de l'étendue ou des dimensions de cet objet? Quant à moi, cela me paraît impossible , à moins qu'on ne suppose qu'il ait quelque notion préalable, des ^ dimensions et de la fi-

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gure de son propre corps, qui lui serve de mesure. Lorsque mes deux mains touchent les deux extrémités d'un corps, si je sais qu'elles sont à un pied de distance l'une de l'autre , j'en conclus aisément que ce corps a un pied de longueur ; et si je sais que mes mains^sont éloignées l'une de l'autre de cinq pieds ^ leur distance me servant toujours à mesurer la longueur du corps dont elles touchent les extrémités , j'en conclus qu'il est long de cinq pieds; mais si j'ignore la distance de mes mains, je ne connaîtrai jamais la longueur du corps intermédiaire; et si je n'ai aucune notion préalable ni de mes mains, ni d'une distancequelconque, elles auront beau être touchées je ne pourrai jamais acquérir cette notion.

Supposons, quatrièmement, que les mains ou le visage de l'homme que nous supposons , demeurant immobiles , on passe légèrement un corps sur Tune ou Fautre de ces parties ; cela lui doimera-t-il quelque notion de l'espace et du mouvement ? A la vérité il éprouvera une sensation nouvelle ; mais qu'une pareille sensation donne l'idée de l'espace ou du mouvement à un homme qui ne l'a jamais^ eue, c'est ce que je ne puis admettre. Le sang circule dans les veines et dans les artères, et ce mouvement,, lorsqu'il est violent, est très distinctement senti ; mais je n'imagine pas qu'un homme pût trouver dans cette sensation l'idée de l'espace et du mouvement , s'il ne l'avait pas auparavant? Ce mouvement du sang peut, comme la colique , procurer une certaine succession de sensations ; mais il n'y a point de sensation ni de combinaison de sensations qui puisse ressembler à l'espace ou au mouvement.

Supposons, en cinquième lieu, qu'il fasse quelque effort instinctif pour remuer la tête ou les mains, mais qu'il ne s'ensuive aucun mouvement réel, soit à cause d'une ré-

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