‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 17 sur 67 · SYSTÈMES DES PHILOSOPHES SUR LES ^FWS · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DES PHILOSOPHES SUR LES ^FWS

Tous les systèmes des philosophes sur les sens et .sur leurs objets sont venus se briser sur le. même écueil, le défaut d'une distinction précise entre les sensations qui n'ont d'existence que lorsqu'elles sont perçues, et les choses qu'elles nous suggèrent. Aristote, qui avait reçu

SYSTÈMES DES î»HILOSOPHÉS SUR LES SEWS. j3i

de Ja nature le génie le plus analytique qui ait jamais été appliqué aux recherches philosophiques , confondit cçs deux choses, et fit de la sensation uiie forme immatérielle de l'objet révélée par elle. Il la comparaît à l'empreinte dn cachet sur la cire; et de même que cette empreinte reproduit la figure du cachet sans aucune partie de la matière qui le compose, de même, selon lui, la sensation qui n'est que l'impression faite sur l'esprit par l'objet extérieur, lui communique l'image, la forme, la ressemblance de cet objet , isolée de la matière qui le constitue. Les couleurs , les sons, les odeurs , aussi bien que l'étendue, la figure et la dureté , ne sont que les formes différentes de la matière; et nos sensations ne sont que ces formes imprimées sur l'esprit et perçues par lui dans son propre intellects Cela prouve que le chef des Péripatéticiens n'établissait aucune distinction entre les qualités premières des corps et leurs qualités secondaires, quoique cette distinction eût été faite long-temps avant lui par Démocrite, Épi^ cure, et d'autres philosophes anciens.

Descartés , Mallebranche et Locke firent revivre cette distinction entre les qualités premières et les qualités secondaires des corps; mais ils firent de celles-ci, de pures sensations, et des autres, des types de nos sensations. Us soutenaient que la couleur, le son et la chaleur n'existaient point dans les corps, et n'étaient que des sensations dans l'esprit. Toutefois ils reconnaissaient que ces sensations avaient leur cause dans une certaine modification des corps ; maià ils ne donnèrent aucun nom à cette modification. Et en cela ils se mirent en contradiction avec l'usage , qui n'a'pplique que rarement aux sensations les noms de couleur, de chaleur et de son, tandis qu'il s'en sert communément pour désigner les causes inconnues de ces sensations. Car, ainsi que nous l'avons fait remarquer,

l3a CHAPITRE V. SECTIOW VI«.

la coBStitution de notre nature nous porte à fixer notre attention sur la chose désignée par la sensation, plutôt <iue sur la sensation elle-même , et à donner un nom à la première plutôt qu'à la seconde. Du reste l'erreur est légère, et au fond l'opinion de ces philosophes sur les qualités secondaires ne s'écarte ni de celle du vulgaire ni des inspirations du sens commun ; ce qu'elle renferme de paradoxal n'est qu'un abus de mots; car lorsqu'ils affirment comme une découverte importante qu'il n'y à point de chaleur dans le feu, ils veulent dire seulement que le feu ne sent pas la chaleur , ce que personne n'ignorait auparavant.

Quant aux qualités premières des corps, leur erreur fuuplus grossière. Il est vrai qu'ils croyaient à l'existence de ces qualités; mais, parce que les sensations qui les révèlent n'ont point de nom dans la langue, ils ue les remarquèrent pas, et les négligèrent aussi complètement que si elles n'eussent point existé dutput. Ils virent bien que 1 etendue , la figure et la dureté étaient perçueç par le moyen des sensations du toucher, mais ils n'étudièrent point ces sensations; et ce fut sans les connaître qu'ils avancèrent qu'elles étaient et qu'elles devaient être des images des qualités qu'elles révèlent. .,, ,

L'hypothèse universellement admise des idées les conduisait naturellement à cette conclusion, absolument mconciliable avec toute ^utre. Car, suivant cette hypo^ thèse, les objets extérieurs ne peuvent être perçus que par l'intermédiaire de leurs images dans l'esprit; or quç peuvent être ces images des objets extérieurs dans l esprit, sinon les sensations mêmes par lesquelles ils sont

perçus?

Cependant c'était conclure d'une hypothèse contre un fait. .Nous n'avons pas besoin, en effet, de recourir a une

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