‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 20 sur 67 · DES PERCEPTIONS DE LA VOE · texte numérisé non relu

DES PERCEPTIONS DE LA VOE

Nous avons vu jusqu'où un aveugle peut aller dans la connaissance des apparences visibles des objets extérieurs. Quant aux choses que ces appareiices suggèrent ou que nous en inférons, quoiqu'il ne puisse pas les découvrir de lui-même, il peut néanmoins les concevoir parfaitement sur le rapport qu'on lui en fera; et toutes les choses de cette espèce dont la connaissance entre dans notre esprit par la vue , peuvent entrer dans le sien par l'ouïe. Ainsi , par exemple , abandonné à lui-même et à ses propres facultés, il n'aurait jamais pu imaginer rien de semblable à la lumière ; et cependant on peut lui apprendre sur la lumière tout ce que nous en savons nous-mêmes. Il peut concevoir aussi distinctement que nous la ténuité et la vitesse des rayons lumineux, leurs différents degrés de , réfrangibilité et de réflexibilité , et toutes les autres vertus et propriétés magiques de ce merveilleux élément. Jamais il n'aurait trouvé de lui-même qu'il existe des corps tels que le soleil, la lune et les étoiles, mais on •pourra lui apprendre et lui faire comprendre toutes les magnifiques découvertes des astronomes sur leurs fnouvements et les lois auxquelles la nature les a assujétis. Il paraît donc qu'on peut communiquer à un aveugle intelligent , par le moyen du langage , presque toutes les connaissances que nous devons au sens de la vue.

Supposons pour unmoment qu'il fût aussi rare, parmi les hommes, de naître avec une vue saine, qu'il l'est de ^ naître aveugle; le petit nombre d'hommes qui auraient reçu le^on rare et merveilleux de la vue, ne paraîtraientils pas alors 'à la nmltitude comme autant de prophètes, d'hommes divins et inspirés pour instruire les autres? Nous savons que l'inspiration ne donne à l'homme aucune nouvelle faculté; elle lui communique seulement d'une manière particulière et par des voies extraôrdinai- II* lo

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res, ce que les facultés communes au genre humain peuvent comprendre , et ce qu'il peut communiquer aux au- ' très par les moyens ordinaires; En admettant la supposition que nous avons faite ^ le don de la vue paraîtrait aux hommes nés aveugles ce que le don de l'inspiration nous paraît à nous-mêmes; carie petit nombre de ceux qui l'auraient reçu pourraient communiquer les connaissances qu'ils lui devraient, à ceux qui n'en jouiraient pas. A la vérité, ils ne pourraient leur donner une idée bien distincte delà manière dont ils reçoivent eux-mêmes ces connaissances; un petit corps sphérique revêtu de son enveloppe, leur paraîtrait un instrum^t aussi peu propre à donner une science si étendue, qu'un songe ou une vision. La manière dont un homme' qui voit, discerne tant de choses par l'organe delà vue, est aussi inintelligible, aussi mystérieuse pour un aveugle, que peut l'être pour nous la manière dont un prophète apprend l'avenir dans l'inspiration. L'aveugle-né doit-il pour cela, et sans examen, traitelr d'imposture toute prétention au d(Mi de la vue? Ne peut-il ' pa^> «il a d« la candeur et de la droiture , trouver de bonnes raisons de croire à la réalité de ce don dans les autres et en tirer pour lui-même de grands avantages?

La distinction que nous avons faite entre les apparences visibles des objets, et le» choses suggérées par ces apparences, est nécessaire pour nous former une juste idée de» desseins de la nature dans le don qu'elle nous a fait de la vue. Si nous observons avec soin l'opération de notre esprit dans l'usage qu'il fait de cette faculté , nous nous apercevrons qu'il ne tient presque aucun compte de l'apparence visible des objets. Cette apparence ne fixe point du tout Tatteation de la pensée; elle n'est qu'un signé qui lui révèle autre chose; et les choses qu'elle ré-

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