‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 3 sur 67 · BERKELEY ET WU.ME · texte numérisé non relu

BERKELEY ET WU.ME

qu'il ç(mserver^it.aJSs^lpDg*temps9oordeiitil4 personnelle pour recueillir f bôup^yi^et la gloîr.ô justement dus à sa subtilité métaphysique. Il confesse iogéoutiient que jee n'était jamais (|ue d^ns la solitude et la itirattè, qu'il pouvait donner croyance à sa propre philosophie : là $&** ciété comme la lumière (]iu jour dissipait les nuages:^ les ténèbres de son scepticisme^ et le ramenait aux, notions et aux règles du sens commua. Je n'ai point entendu dir^ qi^i'il ait jaçiais rien fait, même dans la solitude, qui prouvât qu'il mit en pratique le scepticisme , jusqu'au point que sçs principes l'exigeaient. Cei^tainemcsat: si. ses amis eussent crainl qu'îLse livrât ainsi à son syst^ne, ils auraient pris soin de ne le laisser jamais seul.

Pyrrhon d'Élée , le père de cette philosophie^ .semble l'avoir portée à une, si grande perfection et à un si haut degré, qu'aucun de sqs successeurs n'a jamais pu; y àttein-^ dre. Si nous en croyons Àntigone le Carien, cité par Diogène-Laërce , la vie de Pjrrrhon fut toujours conforme à sa doctrine. Si un chien faisait mine de l'assaillir , ou s'il Tenait à rencotitrer.un précipice, il ne branlait pas, et ne voulait point se retirer pour fuir le danger ,. ne croyant rien de tout ce que se$ sens liii représentaient* Heureusement pour lui, ses disciples qui raccompagnaient et qui ne portaient pas le doute aussi loin que leur maîtrei, avaient soin de l'éloigner du péril , en sorte qu'il vécut ainsi, toujours d'accord avec lui-même, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans. On ne saurait doutçr que les amis du Sceptique moderne n'eussent pris les mêmes précautions pour la co|iseryalion de ses jours, si ses principes avaient exercé sur ses actions le même ascendant.

11 est probable que le Traité de la Nature humaine lidi pas été écrit dans la société; cependant» on y trouve. des indices manifestes que fauteur retombait de temps en

tanps d«M k crojaucè vulgaire , et ce n'est guère Xfùè •dans une douzaine de pages qu'il réussit k {yrèndre le*éa* iiftctère d'un Sceptique absolu.

Ainsi le ^and Pyrrhon lui-même, quoi qu'on en dise, oubliait quelquefois ses pitiifcipes pour se rapprocher des Aiasimes du sens commun; et Ton raconte qu'un jour, il entra dans une telle colère contre son cuisinier qui n'avait pas apparemment accommodé quelque mets à sa faataisie , qu'il le poursuivit jusqu'à la place dô marché, la broche à la main.

C'est une philosophie bien hardie , que ceHe qui rejette sans scrupule et sans cérémonie loutes les règles qui gou^* vernent invariablement la croyance et la conduite du genre humain dans les affaires et dans le train de la vie, et auxquelles le philosophe lui-même est obligé de cédeidans le temps même qu'il s'imagine les avoir détruites. Ces règles ont plus d'antiquité et plus d'autorité que la philosophie. Elles sont sa base, au lieu que la philoso^ phie n'est point la leur. S'il arrivait jamais qu'elle les renversât, elle s'ensevelirait elle-même sous leurs mines. Du reste un tel malheur n'est pas à craindre; totis les efforts et toute la subtilité de la philosophie ne peu'vent aller jusque-là. Cette entreprise ne serait pas moins ridicule, que si un mécanicien prétendait inventer un levier pour remuer la terre et l'écarter de son orbite , ou que si un mathématicien voulait démontrer que deux, choses égales à une troisième ne sont pas égales entre elles.

Zenon s'est efforcé de démontrer l'impossibilité du mouvement; Hobbes at cru qu'il n'y av^it point de différence entre le juste et l'injuste, ou le bien dt le mal; et l'auteur du Traùé de la ISalure humaine pense qu'on ne doit point donner de crédit ni aux. sens , ni à la mé^

HBHKELET ET HUME. 3!

moire, ni à la démonstration elle-même. Une tdiaphilo - Sophie paraît ridifule^ œux mêmes qui ne sauraient -«n apercevoir le défaut ni en découvrir le faible; elle ne peut avoir d'autre effet que de faire briller la vaine subtilité d'un sophiste , auK dépens de la raison , et à la honte de l'humaïiité.

SECTION VI

DU TRAlTi DE LA NATimï: BlttAIïrE.

U y a d'auttes préjugés d'une nature plus générale contre cet ouvrage, qui inspirent de la méfiance, et qui demandent qu'on soit sur ses gardes en le lisant.

Descartes, Hobbes, et l'auteur de ce livre, nous ont ^donné chacun un Traité de la nature^ humaine, entreprise trop vaste pour un seul homme, quelque génie qu'il puisse avoir et quelque habile qu'on le suppose. On aura toujours raison de craindre que plusieurs parties de la nature humaine n'aient échappé à leurs observations, et que d'autres n'aient été trop agrandies , trop élargies', afin de remplir les vides et de compléter le système. Christophe Colomb, ou Sébastien Cabot auraient eu presque autant de raison d'entreprendre de nous donner une carte complète de l'Amérique.

Les ouvrages de la nature ont une certaine empreinte et un certain style, que la plus parfaite imitation ne saurait atteindre; et c'est là précisément ce qui manque dans ces systèuaies de la nature humaine dont j'ai parlé,

3i CHAPITRE K SfiCnOH VI.

et surtout, dsuis le cfernier. En voyaajt uu pant^i ou uoe^ marionnette, faire toutes sortes de iiiou\etnents et de ges> ticulations, on est frappé d'abord à cette première vue; mais si nous brisons cette machine, ou si même nous la considérons de près., nous reconnaissons l'art de l'oU'* \rier , et notre admiration . cesse. Qu'elle nous semble^ alors éloignée de ce qu'elle veut représenter! Que cette machine devient pitoyable ^ dès que nous la comparons avec le corps de l'homme , cette merveille dont la structure, à mesure que nous l'approfondissons, nous découvre à chaque pas de nouveaux prodiges et nous fait mieux sentir notre ignorance ! Serait-âl do9c si aisé de comprendre le mécanisme de l'esprit, lorsqu'il est si difficile de connaître l'organisation du corps? Cependant^ dans ce système particulier, on prétend expliquer avec trois lois et quelques sentiments primitifs, tout le mécanisme des sens^ de Timagination, de la mémoire , de 1^ foi, toutes les actions di toutes l€is passions de l'homme. Est -i ce donc là l'en-» htkt de la nature, tel qti'il sortit de ses mains? Jje pense qu'il n'est pas si aisé de voir ce qui se passe derrière la toile, dans le dran^e de la nature. Cet homme .n'est à coup sur qu'une , marionnette , fabriquée par quelque téméraire apprenti du grand maître, qui aura voulu contrefaire sqjq ouvrage; la vue en est tolérable à la chan* délie ; mais on reconnaît au grand jour combien la ma-* chine est grossière et mal fabriquée. Plus nous connais^ sons les autres parties du grand tout , plus elles nous charment, plus nous les admirons. Pour peu que je connaisse l'ordre du monde planétaire , la terre que nous habitons, les minéraux, les végétaux,. les animaux, mon propre corps , et toutes les lois qui gouvernent ces différentes parties de l'univers, cette connaissance offre à mon esprit des scènes admirables , grandes, majesdieff-'

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