‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 37 sur 67 · POURQUOI NOUS VOYONS L^S OBJETS DROITS · texte numérisé non relu

POURQUOI NOUS VOYONS L^S OBJETS DROITS

L'hypothèse des images transmises au cerveau, qui prétend l'expliquer, n'est qu'une fable grossière^ qui suppose l'existence dans le cerveau d'images qu'on n'a jamais observées, la possibilité que ces images produisent dans l'esprit par une sorte d'attouchement des impressions ou des images correspondantes, et enfin le fait abso* lument faux que l'esprit aurait conscience de ces impressions.

Nous nous sommes efforcé de faire voir , dans le cours de cet ouvrage, que les impressions produites en nous par l'intermédiaire des cinq sens n'ont pas la plus légère ressemblance^ avec les objets qui les excitent. S'il en résulte d'un côté qiie rien ne prouve dans le cerveau l'existence des images , nous ne voyons pas d'un autre coté à quoi servirait d'y en supposer. Puis donc que l'image sur la rétine n'est point perçue elle-même par l'esprit; puisqu'elle ne produit non plus aucune autre | impression sur le cerveau ou dans le sensoriuniy que l'esprit perçoive; puisque enfin elle ne fait aucune impression sur l'esprit qui ressemble à l'objet extérieur, il reste toujours à savoir comment cette image, imprimée sur la rétine, cause la vision?

Avant de répondre à ce^te question , il est à propos d'observer que, dans les opérations de l'esprit , comme dans celles du corps , nous devons souvent nous contenter de savoir que certaines choses sont liées ensemble et invariablement suivies l'une de l'autre, et renoncer à découvrir le lien mystérieux qui les unît. C'est à de telles liaisons que nous donnons le nom de lois dç la nature; et , ' lorsque nous disons qu'une chose en produit une autre en vertu de telle loi de la nature , cela signifie seulement, qu'une chose, que nous appelons en langue populaire la cause , est constamment et invariablement suivie

ai a CHAPITRE VI. SECTION XII.

d'une autre, que nous appelons Veffet^ sans que nous sachions par quelle raison elles se succèdent de la sorte. Cest un fait, par exemple, que les corps gravitent les uns vers les autres , et que cette gravitation opère selon de certaines proportions mathématiques déterminées par les distances et les masses; il ne nous est pourtant pas possible de découvrir la cause de cette gravitation : nous présumons seulement qu'elle est l'opération immédiate ou du Créateur, ou de quelque cause subordonnée, qui jusqu'ici s'est si bien dérobée à notre curiosité que nos recherches n'ont pu la découvrir ; nous nous bornons donc à constater le fait y et nous l'appelons une loi de la nature.

S'il arrivait jamais que quelque philosophe fût assez heureux pour découvrir la cause de la gravitation, cène serait qu'en découvrant quelque autre loi plus générale de la nature, dont cette gravitation des corps ne serait qu'une conséquence nécessaire. Dans l'enchaînement des causes et des effetsmaturels, le premier chaînon est une ^ loi primitive de la nature ; et le plus élevé où nous pouvons parvenir, à l'aide de l'induction , est infailliblement ou cette première loi de la nature elle-même , ou une conséquence nécessaire de cette première loi. Toute la philosophie consiste à remonter des phénomèpes naturels aux lois de plus en plus générales qui les gouvernent, à l'aide de l'induction; c'est aussi tout ce qu'elle peut prétendre.

Il y a des lois de la nature qui règlent les opérations de l'esprit éomme il y en a qui gouvernent le monde matériel ; et , comme celles-ci sont les dernières connaissances qu'il soit possible aux facultés humaines d'atteindre dans la philosophie des corps, celles-là sont les dernières auxquelles el|es puissent s'élever dans la philosophie des esprits.

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