‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 38 sur 67 · POURQUOI NOUS VOTONS LES OBJETS DROITS · texte numérisé non relu

POURQUOI NOUS VOTONS LES OBJETS DROITS

Si nous revenons maintenant à |p question proposée, nous verrons, par ce que nous venons de dire, qu'elle se résout définitivement dans celle-ci : Par quelle loi de la nature une image tracée sur la rétine devient-elle l'instrument ou l'occasion de la perception d'un objet extérieur qui a la même figure et la même couleur , mais dont la position et la direction sont précisément inverses?

On m'accordera sans doute que je vois l'objet entier de la même façon et par la même loi que je vois un de ses points. Or c'est un fait que dans la vision directe je vois chaque point de l'objet dans la direction d'une ligne droite tirée du centre de l'œil à ce point de l'objet. Je sais encore, par les principes de l'optique, que le rayon de lumière , qui vient frapper le centre de mon œil , pénètre directement jusqu'à la rétine. C'est donc un fait que je vois chaque point de l'objet dans la direction de la ligne droite qui, partant de l'image de ce point tracée sur la rétine , aboutit au centre de l'œil. Comme ce fait se reproduit invariablement dans tous les cas, ce fait est une loi de la nature ou la conséquence nécessaire d'une Joi de la nature; et, selon les règles de la vraie pkilosophie, nous devons nous en tenir à la première supposition , jusqu'à ce qu'on ait découvert quelque loi plus générale d'où il dérive, loi qui n'a point encore été signalée.

Nous voyons donc que le phénomène de la vision nous conduit^ comme par la main, à une loi de la nature , pu à une loi de notre constitution , dont le fait que nous voyons les objets droits par des images renversées est une conséquence nécessaire. Cette loi veut que la partie de l'objet qui se peint sur la portion inférieure de la rétine, soit aperçue dans la partie supérieure de l'espace ; et que celle dont l'image est peinte sur la gauche de la rétine, soit

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vue à jdroite dans Tespace; en sorte que, si les images avaient été droites sur la réfiue , l'œil aurait dû voir les objets eux-mêoies renversés.

Mon principal but, en agitant cette question, a été de mettre en lumière cette loi delà nature, qui rentrait danç lobjet du présent ouyrage , puisqu'elle fait partie de la constitution de Tesprit humain. C'est à ce titre que j'ajouterai encore quelques remarques à celles que j'ai jdéjà faites. Mais je dois avant tout rendre justice à l'ingénieux docteur Port^riield qui, depuis long-temps, dans ses Essais de médecine ^ et tout nouvellemenl dans son Traité de Vœil^ à montré que c'est une ]oi première de notre nature,* rc que l'objet visible paraisse dans la direction ce d'une ligne droite, perpendiculaire au point de la ré- « tine où l'image vient se peindre.» S'il est vrai que des lignes , tirées du centre de l'œil à tous les points de la rétine, lui soient perpendiculaires, ainsi qu'elles doivent l'être à très-peu de chose près , non-seulement cette pro* position s'accorde avec la. loi que nous avons sigpalée^ mais c'est la mieme loi exprimée par d'autres termes. Je passe maintenant aux observations que j'ai promises, et qui ont pour objet de donner une notion plus pré<^ de. cette loi.

I. Nous ne saurions dire pourquoi la rétine est la seule de toutes les parties du corps sur laquelle les images des objets, tracées par les rayons 4^ la lumière, causent la vision. Nous sommes forcés de dire si^lpleme^t que c'est une loi de notre constitution. Par le n^oyen de certains verres, nous pouvons former de^ images semblables sur la main ou sur d'autres parties du corps; mais elle$ ne sont point senties , et ne produisent rien qui ressemble à la vision. Les images , qui tom^nt sur la rétine , ne sont point senties non plus , et cepepdant elles produisent la

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