POURQUOI NOUS VOYONS LES OBJETS D;<0JTS
couvrir la structure et Pusage de la membrane choroïde, du nerf-optique et du cerveau , ainsi que les impressions qu'ils reçoivent des images peintes sur la rétine , nous connaîtrons quelques anneaux de plus de la chaîne des phénomènes oculaires , et peut-être pourrons-nous nous élever à une loi phis générale de la vision. Mais , au point où en sont nos connaissances sur la nature et les fonctions de ces organes plus immédiats de la vision, il est impossible de faire remonter les lois de ce phénomène audelà des images imprimées sur la rétine.
Je ne prétends pas dire non plus que certaines maladies de Tœil, ou certains accidens, ne puissent faire que nous voyions les objets dans une dipection un peu -différente de celle que j'ai rapportée. En' voici même un exemple que je demande la permission de rapporter: il m'est personnel.
Au mois de mai 1761 , dans le temps que je m'occupais à tracer une méridienne exacte, afin d'observer le passage de Vénus , je dirigeai témérairement, et sans prendre les précautions ordinaires, les fils croisés d'un petit télescope vers le soleil, en regardant de l'œil droit. J'avais déjà fait plusieurs fois la même chose étant jeune , et je l'avais toujours faite impunément. Pour cette fois je payai mon imprudence , et je suis bien aise de le dire , pour prémunir mes lecteurs contre une pareille témérité.
Je sentis aussitôt d'épais nuages s'assembler autour dé mon œil; et, pendant plusieurs semaines, lorsque j'étais dans l'obscurité, ou que j'avais les yeux fermés, il me semblait voir au-devant de cet œil une tache brillante qui tremblait, à peu près comme l'image du soleil réfléchie sur une eau agitée. Cette apparence lumineuse s'est affaiblie par degrés depuis ce temps, en sorte qu'aujourd'hui il en reste à peine quelques vestiges ; mais d'autres traces
û3ë CHAPITRE VI. SECTION XII.
^iiàîbléâ de cette aventure ont survécu et durent encore. D'abord lai vue de mon œil droit est beaucoup moins claire que celle de l'œil gauche. En secon.d lieu , la limite de la vision distincte est beaucoup plu^ éloignée de Tœil droit que dé l'autre , quoique avant cette époque elle fût la même pouf les deux , ainsi que je l'avais constaté par plusieurs expériences. ïrôisièihement, et c'est ce fait que je voulais spécialement mentionner , une ligne droite, dans certaines circonstances, me paraît courbe, lorsque je la regarde avec cet œil. Ainsi ,. quand je regarde un livre de musique^ si je ferme Tœil gauche et que je fixe l'œil droit sur un point de la ligne moyenne d'une portée, bien que cette ligne me paraisse obscure au jpoint sur lequel mon œil est fixé, je là vois droite, mais les deux lignes de dessous et les deuif de dessus me paraissent courbées en dehors, et beaucoup plus distantes l'une de l'autre qù^étlés ne lé soât réellement. Quatrièmement , bien que j'aie répété ihiîle fois Texpérience depuis environ seize mois que cet accident m'est arrivé , je ne me suis point aperçu (l|ue lé raisonnement et Thabitude aient en rien dipiinué l'étendue de l'aberration : la courbure est testée p)|r^itement 1^ même. Cinquièmement enfin , cette cotirbure n'est perceptible que lorsque je regarde dé l'œil cïroît seulement : elle disparait quand je regarde avec les deux veux; et cependant je vois encore mieux avec les deux yeux qu'avec le gauche ^éul.
J^ai rapporté ce fait avec exactitude, et sans chercha' k l'accommoder à aucune hypothèse ^ par^e que je pense que des faits aussi peu communs méritent d'être cités. Je laisserai à 'd'autres le soin d'en donner l'explication. 3e dirai toutefois qu'il me paraît assez probable qu'une petite portion de ïa rétine, ters le centre, s'est retirée et rétrécie , et que par là les partieà contiguës se sont rap^
POURQUOI NOUS VOYONS LES OBiTETS DROITS. hSq
procbëes du centre , et les uneà des autres ; en sorte que ' les objets ^ dont les images tombent sur ces parties, paraissent à cette distance les uns des autres qui correspond , non pas à l'intervalle des parties dans leur contraction présente et contre nature, mais à celui qui les sépare dans leur état naturel et lorsqu'elles sont saines.
SECTION XIII
POUaQUOI, EN REGARDANT UN OBJET AVEC LES DEUX YEUX, NOUS LE VOYONS SIMPLE ET NON PAS DOUBLE.
Un autre phénomène de la vision , qui ne mérite pas moites notre attention que lé précédent ^ c'est qu^ nous voyons le£» c^jets simples avec les deux yeux; L'une et l'autre #étine reçoivent une image de l'objet ; chacahe de ees images nou^ fait à elle seule apercevoir l'objet dans une certaine directidn; et cependant c€fs deux images né neiâts font voir, oi'dinaireinent du tneilns, qu'uât seul et utiiqu0 oèjet.
Toutes les raisons et tontes le^ ei^pti<^ti(ms ^tri 6nt été données de ee phénomène , Joit par tes anatomistes, soif par les {Ailosophes^ me paraissent peu sati^aisanfes: Je ne m'arféterai point aux chinions de Galien, de Gassendi, de Jean-Baptiste PoHâ et de Rohaut : le lecteur en pmit Véfir l'examen et ta réfutation dans lés ouvrages dit docteur Porterfield; je me contenterai d'e:â^aniiner celles du docteur Porterfield lui-même , de ï'évêque de Cloyne et de queiqâ^es autres. Mais il est nécessaire avant tout de bien consrf aler les faits ; car , s'il §e rencoittrait quelque
2l4o CHAPITRE VI. SECTION XIII.
méprise dans la notion que nous uous formons du phénomène j il y aurait cent à parier contre un que cette méprise nous induirait eri erreur dans l'explication que uous donnerions. Il faut, aussi, avoir sans cesse à la pensée ce grand principe que tous ceux qui ont un jugement droit et quelque aptitude pour les recherclies philosophiques reconnaissent dans la théorie, mais qu'on oublie trop souvent daiïs la pratique, savoir : Que dans Tèxplication des phénomènes naturels tous les efforts de Tintelligence humaine ne peuvent aboutir qu'à remonter par la. voie de l'induction des phénomènes particuliers à des phénomènes généraux , dont les particuliers ne sont que les conséquences nécessaires ; qu'ainsi , dès que nous sommes arrivés aux phénomènes les plus généraux que nous puissions atteindre , nous devons nous arrêter , et ne pas aspirer à pénétrer plus avant.
Si l'on demande pourquoi tel corps gravite vers la terre, toute la réponse qu'on doit donner, c'est que tous les corps gravitent vers la terre : c'est là résoudre un phénomène particulier dans un phénomène général. Si l'on va plus loin , et qu'on demande pourquoi tous les corps gravitent vers la terre , il faut encore répondre que c'est parce que tous les corps, quels qu'ils soient, gravitent les uns vers Jes autres : c'est là résoudre un phénomène général dans un ^i^tre plus général. Mais , si l'on poursuivait, et que l'on demandât pourquoi tous les corps gravitent les uns vers les autres , alors il n'y aurait plus de réponse; car on ne pourrait en donner une qu'en résolvant ce phénomène de la gravitation universelle des corps dans quelque autre encore plus général , dont cette gravitation ne serait qu'un exemple particulia:* : or, c'est à quoi l'on n'est pas encore parvenu. Les phénomènes les plus généraux , auxquels nou$ puissions atteindre, sont
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ce que nous appelons les lois de la natu^. Qu'est-ce donc qu'une loi pareille? Un fait qui en comprend sous lui un grand ittimbre d'autres et qui représente ce qu'il y a de plus général dans telle opération de la nature. S'il arrive quelquefois que nous appelions loi de la nature un phénomène général que la science parvienne ensuite à ré- âoudre dans un autre phénomène plus général encore, le mal n'est point grand ; le plus général , lorsqu'il est découvert, prend le nom de loi de la nature; et^.en se rangeant sous celui-ci, le moins général le perd.
Après ces observations préliminaires^ nous allons considérer les phénomènes dé la simple et de la double vision , et chercher à découvrir quelque principe général dans lequel ils viennent se résoudre et dont ils soient la con-séquence nécessaire. Un tel principe, si nous parvenions à l'apercevoir, serait nécessairement pu une loi de la nature, ou la conséquence inévitable d'une loi de la nature; et, dans les deux cas^ Son autorité serait également respectable pour nous.
1. Nous savons par expérience que quand les yeux sont sains et biens Conformés , et que leurs axes sont dirigés vers un même point, l'objet placé à ce point est vu simple; nous devons ajouter que dans ce cas les deux images , qui montrent l'objet simple , se trouveiit au centre de chaque rétine. Lorsque les deux imagés d'un petit objet nous font voir l'objet simple, nous demanderons la permission d'appeler les points des rétines, sur lesquels elles sont formées, points correspondants ; et points noneorrespqncfants^ (»ux 5ur lesquels ces mêmes images sont formées , lorsque l'objet est y u double. Dans le cas que nous examinons, il est évident que les deux centres des deux rétines sont des points carrespondants.
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2. Les cliQses restant les mêmes que dans h cas précédent , les antres objets, places à la même distaneé que celui sur lequel les yeux sont dirigés, apparaissent également simples. Ainsi ^ si je dirige mes yeux vers une chandelle placée à la distance de dix pieds, et si, pendant que je regarde cette chandelle, il s'en trouve une autre à la même distance dans le champ de la vision ,j^ puis, tandis que je regarde la première, £aire attention à l'effet que la seconde produit sur mon œil ; et je trouve qu'elle est vue simple comme l'autre. Il faut observer ici que les images de la seconde chandelle ne tombent point" sur le centre des rétines , mais seulement sur le m^me côté; c'est-à-dire qu'elles tombent tout^ les deux sur le côté droit , ou toutes les deux sur le côté gauche, et toutes les deux à la même distance du centre des rétines. C'est ôe qui résulte évidemment des principes de l'optique. II suit de là que, dans ce second phénomène de la simple vision , les points correspondants sont des points des deux rétines qui ont une position semblable à l'égard du centre, chacun étant sur le même côté et à la même distance de son centre respectif. Il suit encore que ce qui constitue la correspondance d'un point ,d'une rétine avec un point de l'autre, c'est la similitude de situation.
3. Toutes choses restant ce qu'elles sont dans les expériences précédentes, les objets qui sont ou bieaucoup plus près ou beaucoup plus foin que le point sur lequel les yeux sont di);igés, paraissent doubles. Par exemple, si là chandelle est placée à la distance de dix pieds , et que je tienne mon doigt entre mes yeux et la chandelle à la dis^ tance de la longueur du. bras ou environ , je vois lai chandelle double , quand je regarde mon doigt, et je vois mon doigt double, quand je regarde la cliandelle ; et le même phénomène arrive pour tous les autres objets placés à des