‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 49 sur 67 · FAITS TOUCHANT I.E STRABISME · texte numérisé non relu

FAITS TOUCHANT I.E STRABISME

' Après avoir considéré hypothétiquement les phénomènes du strabisme et leur connexion avec les points correspondants des rétines, je vais actuellement rapporter ceux des faits que j'ai eu occasion- d'observer moi-nréme ou que j'ai puisés dans diffërents auteurs, qui me paraissent de nature à répandre quelque lumière sur cette matière. Sur une vingtaine de personnes louches que j'ai examinées , je n'eu ai pas trouvé une seule qui n'eût la vue défectueuse d'un côté. Quatre de ces personnes seulement avaient la vue de leur mauvais œil assez forte et

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assez distincte, pour lire de cet œiHà lorsque l'autre était fermé. Quant aux autres ^^Ues ne voyaient rien distinctement avec cet œil seul.

Le docteur Porterfiel4 prétend que c'est là le cas de tous ceux qui sont affectés de strabisme. Pour moi , je pense qu'il est au moins beaMCOup plus général qu'on ne l'imagine communément. Le docteur Jurin, dans une dissertation fort judicieuse sur le strabisme, imprimée dans rOptique du docteur Smith, observe que ceux qui louchent et qui voient dfis deux yeux ^ ne considèrent jamais l'objet avec les deux yeux à la fois ; et que lorsqu'ils dirigent un œil vers un objet, l'autre œil se rapproche tellement du nez , qu'il ne peut absolument voir l'objet , parce que les images sont trop obliques et trop indistinctes pour l'affecter. Il a remarqué dans quelques personnes louche^, que l'œil divergent se retirait sous la paupière supérieure, toutes les fois que l'autre œil se fixait sur un objet. Il conclut de ces observations que le mauvais œil est ainsi détourné , (( non pas pour qu'il voie «c mieux, mais au contraire pour qu'il ne voie pas du « tout, cm le moins qu'il est possible. » Dans toutes les observations qu'il a faites, il s'eat convaincu qu'il n'y avait point de défaut particulier dans la conformation de l'œil qui louchait, et que tout le vice du strabisme dérivait de la fausse direction, laquelle est toujours le résultat de l'habitude. En conséqueûce il propose , pour guérir cette difformité, la méthode dont nous avons fait mention dans les articles 8 et 9 de la section précédente. Il raconte qu'il avait entrepris , d'après cette méthode , la guérison d'un jeune homme, et que le traitement promettait de réussir, lorsque survint la petite- vérole qui fit mourir le sujet.

Il serait à souhaiter que le docteur Jurin ne n^ous eût

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pas laissé ignorer s'il vint à bout d'apprendre à ce jeune homme à diriger simultanément les axes des dmx yeux vers le même objet, et si alors ce jeune homme voyait les objets simples et les voyait avec les deux yeux ; on aurait ain^ à savoir aussi, s'il vit les objets doubles lorsque le strabisme commença à diminuer; mais l'auteur garde le silence sur tous ces faits.

JPai long-temps désiré une occasion d'essayer cette mé* thode du docteur Jurin sans la rencontrer; je trouvais toujours une si grande faiblesse dans l'un des y^ix du malade, que je n'avais pas le courage d'eatreprendfe l'ex-* périenccf.

Cependant j'ai rencontré dernièrement trois jeunes gens, sur lesquels je fais actuellement l'essai de cette méthode, et j'en attends un heureux succès, s'ils veulent avoir la patience et la persévérance qu^elle exige. Deux sontfirères, et, avant que je les connusse, leur précepteur leur avait déjà fait observer cette méthode, et cda avec tant de succès^ que l'aîné regarde droit, pour peu qu'il s'observe; quant au cadet, il peut bien, pour un moment, diriger les deux yeux vers un même points mais il t^tembe aussitôt dans sa mauvaise habitude.

Le troisième n'avait jamais entendu parler de cette méthode, et après quelques jours de pratique, il a été en état de porter directement les deux yeux vêts l'objet, sans pouvoir cependant les tenir lotig-temps dans cette direc'* tion.Us conviennent tous les trois, que, lorsqu'ils ont les deux yeux dirigés vers l'objet, ils le voient simple, ainsi que tous les autres objets adjacents; mais cpe , quand ils louchent, ils voient tes objets quelquefois amples et quelquefois doubles.Une observation que j'ai faite également sur tous les trois, c'est que lorsqu'ils louchent le plus, c'està^re, comme îk avaient coutume de hïPt^r^^M h trai-

FÂ1T$ TOUCHANT LE STRABISME* là'Jt

temeqty les axes deleursyeuK sont tellemeat convergents qu'ils se réunissent à cinq, à six pouces du nez. II est probable qqe l'image de l'objet tombe alors , dans l'œil divergent* sur cette partie de la rétine à laquelle aboutit le nerf optique , et que l'objet, par conséquent, ne saurait être aperçu par cet œil.

Tous les trois ont la vue faible d'un œil ^ ce dont ils ne s'étaient jafîiais douté avant que je leur donnasse occasion de s'en apercevoir. I^orsqulls louchent, le meilleur œil est toujours dirigé vers l'objet , et le plus faible est toujours divergent; mais lorsque le bon est fermé, le plus faible se tourne directement vers l'objet. Cette fai-* blesse dans un œil prévient-elle de ce que cet œil ne prend point d'exercice, et de ce que la personne qui loucha le laisse toujours oisif, ou le strabisme viendrait-il lui-même de cette faibles^, qui ferait originaire et naturelle? c'est ce que le temps pourra m'apprendre. Les deux frères tiennent, le plus qu'ils peuvent, le bon œil fermé, et ils exercent le faible à la lecture; ils ont^ trouvé que par ce moyen il reprenait des forces.- L'aîné peut déjà lire dans des livres d'un caractère ordinaire; m^is son frère et l'autre, jeune homme ne peuvent en* CQrQ lire avec l'œil malade que des livres imprimés en gros caraetères.

J'ai trouvé un quatrième jeune homme qui lit aussi un gros caractère avec l'œil faible. Il est fort jeune; il a les yeux tendres et la vue délicate , mais l'œil gauche est beaucoup plus faible que l'œil droit. Lorsqu'il regarde, il porte toujours l'œil droit directement vers l'objet , et le gauche est tellement tourné vers le nez , qu'il ne peut absolument point apercevoir le même objet avec les deux yeux en même temps. Quand le droit es^ fermé, il dirige le gaudie vers l'objet, mais il le voit in-

rinik CHAPITRE VI. — SECTIOK XVI.

distinctement ^ el* comme s'il était couvert [d'un nuage. Je fis à cette occa$îoQ plusieurs expériences différentes , aidé d'un médecin de mes amis , fort habile. Nous cherchâmes à découvrir si les objets qui sont dans les axes des deux yeux étaient aperçus âans une même place et confondus ensemble, ainsi qu'ils le paraissent à ceux qui louchent volontairement et qui s'efforcent de contrefaire ce défaut pour savoir par eux-mêmes comment alors les objets sont vus. Nous plaçâmes une chandelle allumée dans l'axe de l'œU faible , à la distance de huit à dix pieds , et devant l'autre œil il y avait un livre à une distance convenable, et telle qu'on pouvait y lire sans peine. Le jeune homme nous dit que, tandis qu'il lisait 4 il apercevait la chandelle, mais très-faiblement. U résulta, de tout ce que nous pûmes apprendre, que le livre et la chandelle ne paraissaient point dans une même place, et que ces deux objets avaient en apparence la distance angulaire qu'ils avaient dans la réalité. .

Si ce que le jeune homme disait était vrai^ on doit en conclure que les points correspondants n'étaient pas situés dans ses yeux de la même manière qu'ils le sont dans ceux des autres hommes , et que s'il avait pu prendre l'habitude de porter les deux yeux à la fois vers l'objet , il l'aurait vii double. Mais comme ce jeune homme n'était point accoutumé à de telles observations , et qu'il ne voyait que très imparfaitement d'un œil, la conclusion ne peut être tirée avec certitude de cette seule expérience.

Tout ce qu'on peut inférer de ces feits , c'est que, de ces quatre personnes, il y en a trois qui paraissent ne rien avoir d'extraordinaire dans la structure des yeux. Les ceo* très de leurs rétines et les points semblablement situés relativement à ces centres, correspondent certainement

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en eux de la même manière que dans les autres hommes. Il y a donc lieu de croire que s'ils pouvaient prendre l'habitude de porter toujours directement les deux yeux vers l'objet, non-seulement ils corrigeraient la difformité dont ils sont affligés , mais qu'ils se fortifieraient la vue. Quant au quatrième, s'il peul résulter quelque chos<î d'une expérience si douteuse c'est la prohabilité que la nature pourrait bien s'être écartée un peu de ses lois ordinaires dans b situation qu'elle a donnée auic points correspo«dant« de ses rétines-

SECTION XVII

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