‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 54 sur 67 · DES SIGNES EMPLOYES DANS LES AUTRES PERCEPTIONS ACQUISES · texte numérisé non relu

DES SIGNES EMPLOYES DANS LES AUTRES PERCEPTIONS ACQUISES

Ce qu'il importe le plus de connaître dans la vision , c'est la distance des objets ; ce point déterminé, beaucoup d'autre$ notions s'en déduisent aisément. La distance de l'objet, jointe à sa grandeur visiMe, devient un signe de sa grandeur réelle; et la distance des différentes parties de l'objet, jointe à sa figure visible, devient un signe de sa figure réelle. Ainsi, quand je regarde un globe qui est devant moi je ne perçois naturellement qu'une surface circulaire -diversement colorée; la distance de l'objet, sa convexité, et son épaisseur m'échappent; sa longueur et sa largeur même , ne sauraient être évaluées en pieds et en pouces , ni appréciées par aucune autre mesure linéaire. Mais lorsque j'ai appris à percevoir la distance de chaque partie de l'objet, cette perception me donne à la fois la convexité , la figure sphérique , et la troisième dimension. La distai^ce de l'objet entier me fait en même temps percevoir la grandeur réelle; car sachant par expérience comment la longueur d'un pied ou d'un pouce affecte mon œil à cette distance, j'apprécie n. 22

aisément les dimensions de ce globe, et je puis affirmer avec certitude que son diamètre est de quinze à seize pouces.

Kous avons fait voir dans la septième section de ce chapitre que la figure visible d'un corps peut être mathématiquement déduite de sa figure réelle, de sa distance, et de sa position relativement à l'œil ; nous pouvons de même, de la figure visible d'un corps et de la distance de ses différentes parties à l'œil, inférer mathématiquement sa figure et sa position réelle; mais c'est ordinairement l'habitude et non. point le raisonnement qui tire cette t dernière contéquence.

L'apparence naturelle que la couleur d'un objet offre à Fœil, est une sensation qui n'a point de nom, parce qu'elle n^est qu un simple signe, et que dan^ le coût*s de la vie elle n'attire jamais notre attention; et toutefois cette apparence, désigne suivant les circonstances, deà choses différetites. Si, par exemple, une pièce de drap est éteùdué par terre de manière à ce qu'une moitié soit exposée au soleil et l'autre cachée dans l'ombre, l'apparence de là couleur est très différente dans les deux parties; nous croyons pourtant que la couleur est la même , parce que, interprétant cette diversité d'apparence, nous la regardons comme le signe de la lumière et de l'ombre et non pas comme le signe d'une différence réelle de couleur. Mais si l'œil pouvait être si bien trompé qu'il n'aperçut pas que les deux partieà du drap sont diversement éclairées , alors nous regarderions cette diversité d^apparence comme le signe d'une différence de couleurs.

Supposons maintenant que la pièce de drap étçndue par terre, moitié au soleil et moitié à l'ombre, soit inégalement colorée; et admettons que la partie qtii est à Tombée, ayant une couleur plus éclatante, présente à

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