‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 55 sur 67 · DES AUTRES PERCEPTIONS ACQUISES · texte numérisé non relu

DES AUTRES PERCEPTIONS ACQUISES

Tceil la même apparence que celle qui est éclairée; alors Funité d'apparence nous paraîtra le signe d'une diversité de couleurs, parce que nous tiendrons compte des effets ^ de l'ombre et de la lumière.

Quand la couleur réelle d'un objet nous est connue^ l'apparence de cette couleur désigne, dans quelques cir^ «constances, le degré d'ombre ou de lumière, dans d'autres , la couleur des corps adjacents dont il réfléchit les rayons^ dans d'autres enfin^ la distance ou la proximité <le l'objet, comme nous l'avons vu dans la dernière sec- . tion; et par îe «aoyen de ces nouvelles acquisitions une £>ule 4'autres . <^oses sont encore suggérées à res{)rit. C€St ainsi que nous nous jugeons malades, lorsque nous ne voyons plus les objets sous leurs couleurs ordinaires. L'apparence des objets dans ma chambre, m'annonce si le ^leîl luit ou si le ciel est aébuleux , si la terre est ^couverte <de neige ou si l'air est diargé de vapeurs. Nous avons déjà &it remarquer que la couleur du ciel daâs un taUéau peut indiquer la patrie du peintre, parce que le •ciel dltalie est règlement d'une autre couleur ^ue celui de la Fkndre et de la Hollande.

Nous Pavons déjà dit, les perceptions naturelles et aciquises qu^ xtous devons à nos sens sont le lan^ge que là nature parle à. l'homme, et ce langage a p^us d'un tmait de itessemblance avec les langues humaines. Les exemples <fe perceptions acquises que noos avions cit^ pix>uvent entre autres dsioses, q»e comme les langues humaines,, le langage de la natxtre dans ces perceptions n'est pas toujoups exempt d'équivoque. Nous avons reinarqué dans la vision en particulier, que la même apparence visible peut dans des circonstances diverses désigner des choses différentes. Quand donc les circonstances dont rinterprétatton des signes dépend sont inconnues, le sens

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de ces signes est nécessairement douteux; et quand on se méprend sur ces circonstances, on doit nécessairement se méprendre aussi sur le sens de ees signes.

C'est là le cas de tous les phénomènes que nous appelions erreurs des sens y et particulièrement de ceux qu'on appelle erreurs de la vision. Les objets présentent toujours à l'œil l'apparence voulue par les lois de la nature; ainsi, à proprement parler, les sens ne nous trompent point ; la nature parle invariablement le même langage, et se sert des mêmes signes dans les mêmes circonstances ; mais nous nous méprenons souvent sur le sens de ces signes, soit par ignorance des lois de la nature, soit par défaut d'attention aux circonstances dont ces signes sont accompagnés.

Pour qui ne connaît pas les principes de l'optique, les expériences du prisme, de la lanterne magique, du télescope et du microscope, semblent autant d'erreurs de la vue ; pour qui n'aurait jamais vu l'image réfléchie dans un miroir, ce phénomène semblerait une déception plus remarquable encore. Car quelle déception plus grande que de voir devant soi ce qui est réellement derrière? quel mensonge plus complet que de s'apercevoir à quelques pas de soi-même ? Les enfants cependant, avant même qu'ils sachent parler, apprennent à ne point être trompés par ces merveilleuses apparences: ainsi que toutes celles que produisent les instruments d'optique, elles sont une partie du langage visuel; et pour ceux qui connaissent les lois de la lumière et des couleurs, loin d'être tix>mpeuses, elles présentent un sens vrai et distinct.

ANALOGIE ENTRE LA. PERCEPTION ET LE TiuOIGNAGE. 34 1

SECTION XXIV

DK L ANALOGIE QUI EXISTE ENTEE LA PERCEPTION ET LA tONFIANGB QUE NOUS ACCORDONS AU TÉMOIGNAGE DES HO^KES.

lies objets de la connaissance humaine sont innom-^ brables , mais les canaux qui la transmettent à resprii sont en petit nombre. Parmi les plus importants , il feut compter la perception et le témoignage des hommes ; l'analogie , qui existe entre ces deux modes de la connais** sance, et entre les principes de l'esprit qui concourent dans l'un et 4ans l'autre, est si remarquable, que sans entrer dans une plus longue apologie nous prendrons la liberté de les considérer parallèlement dans cette section.

Dans le témoignage de la nature donné par les sens^ comme dans le témoignage des hommes donné par le langage , les choses nous sont manifestées par des signes; et, dans l'un comme dans l'autre , l'esprit , en vertu d'un principe naturel ou par l'effet de l'habitude, passe du signe à la conception et à la croyance de la chose signifiée.

Nous avons distingué nos perceptions en perceptions primitives et perceptions acquises, et le langage en langage naturel et langage artificiel. L'analogie est grande entre la perception acquise et le langage artificid ; elle est encore plus grande entre la perception primitive et le langage naturel.

Les signes, dans la perception primitive, sont deâ

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sensations, dont la diversité est proportionnée à la di-^ versité des objets qu'elles désignent; la nature a établi une connexion réelle entre ces signes et les choses^ signifiées, et en même temps elle nous a si bien appris à les interpréter que, préalablement à toute expérience^ chacun d'e&x nous suggère la chose qu'il signifie , et nous inspire de croire à sa réalité.

Les signes , dans le langage naturel , sont les traits du visage, les gestes du corps, et les modulations de la voix; leur diversité est également proportionnée à la variété des choses qu'ils représentent. L^ nature a pareillement établi une connexion réelle entre ces signes et les pbé-^ BQmèneg de l'esprit qu'ils désignent;^ et elle nous a si bien appris à les interpréter, qu'antérieurement àTexpértencô chaque signe nous suggère la chose signifiée, et nouainspire de croire à sa réalité.

Uà homme peut, en compagnie, sans agir ni bien ni mal^ e^ sans prononcer vipe parole, passer pour une personne polie , civile et pleine de grâces, ou pour un personnagxr grossier, commun et impertinent. Nous pénétrons dans son esprit» et nous en découvrons les dispositions, par les signes naturels de ces dispositions répandus dans sa phy* sio^pmie et ses manières; cette perception s'opère par le moyen de ces signes , comme celle de la figure et des au^ très qualités des corps par le moyen des sensations qui ont reçu de la nature la mission de les désigner.

Lies lignes, dans le langage naturel ^ oomime les sensa^ tipus, dans nos perceptions primitives, ont la même sigoi^ fication sous tous les climats et chez tous les peuples , el Fart de les interpréter est inné et non acquis.

Dans la perception acquise, les signes sont ou des sea^

sations ou des choses perçues par le moyen des sensa^

, lions y la connexion entre le signe et son obj^ est établie^

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