‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 59 sur 67 · ANALOGIE DÇ LA PERCEMION ET DU TÉMOIGNAGE · texte numérisé non relu

ANALOGIE DÇ LA PERCEMION ET DU TÉMOIGNAGE

guide infidèle, instrument de dommage et d'erreur. Sans le principe de véracité, les paroles des hommes ne pourraient être les signes de leurs pensées; sans la stabilité des lois de la nature une chose ne pc^urrait être le signe naturel d'une autre. Secondement, il a déposé dans uotre esprit un principe primitif qui nous persuade que la marche de la naturcT est invariable , et que les liaisons que nous avons observées dans le passé se reproduiront constamment dans l'avenir ; c'est en vertu de ce principe, qu^aussitôt que nous avons observé la concomitance de deux choses dans le passé, l'apparition de l'une npus fait croire à l'existence ou à la production prochaine de l'autre. L'auteur du Traité de la nature humaine est le premier qui ait observé que la croyance à la stabilité des lots de la nature n'a ni la connaissance , ni la probabiKté pour fondement ; mais , loin d'en conclure que cette croyance est un principe primitif de l'esprit humain, jl s'efforce de l'expliquer par son hypothèse favorite, que la croyance n'est qu'un certain degré de vivacité dans l'idée de ce qu'on croit. 3'ai déjà fait une reiparque sur cette hypothèse curieuse dans mon second chapitre; j'en ajouterai ici une seconde.

La croyance impliquée dans la perception a pour objet l'existence présente de la chose perçue; la croyance impliquée dans la mémoire, a pour objet l'existence passée de la chose souvenue; la croyance dont nous parions actuellement a pour objet l'existence future de la connexion attestée par l'expérience ; quant à l'imagination , elle n'implique aucune croyance à la chose imaginée.

Ta voue que je serais enchanté d'apprendre comment les différents degrés de vivacité d'une idée peuvent produire toute cette diversité d'effets ? comment Fun de ces degrés peut emprisonner l'objet dans les limites de l'exis- 11. 23

tence présente ; un second le renvoyer dans celles de l'existence passée; un troisième lui faire prendre une direction opposée, et le transporter dans celles de l'existence fiiture; un quatrième enfin , plus capricieux encore que les au- . très, l'emporter impitoyablement hors de la sphère même de l'existence. Je suppose, par exemple, que je voie le soleil se lever du sein des ondes: je puis*me souvenir en même temps de l'avoir vu se lever hier, prévoir qu'il se leVera demain, ou simplement imaginer qu'il se lève^ sans riea croire du tout. Que sont maintenant ces quatre notions selon l'hypothèse du Sceptique? Cette perception , ce sou-^ venir, cette prévision , et cette imagination du même fait, ne sont et ne peuvent être que l'idée de ce fait à différents degrés de vivacité. La perception que le soleil se lève, c'est l'idée vive du soleil levant; le souvenir qu'il s'est levé hier, c'est la même idée un peu moins vive ; la persuasion où je suis qu'il se lèvera demain , c'est encore la même idée , plus faible encore ; enfin si j'imagine que le soleil se lève, ce n'est toujours que la même idée, mais à son dernier degré d'affaiblissement.

On pourrait croire que cette idée peut passer par tous ces degrés de vivacité, sans changer de place? mais l'erreur serait grande; car à peine commence-t-elle à s'affaiblir, qu'elle recule et se laisse glisser dans le passé. On pourrait croire du moins que, puisque son affaiblissement la fait rétrograder, elle reculera d'autant plus que sa vivacité s'amortira davantage, et que bientôt elle doit se perdre dans l'éloignement? on se tromperait encore : à une certaine période de son déclin , elle rebondit tout-à-coup comme si elle avait rencontré un obstacle élastique dans son mouvement rétrograde, et s'élance du passé dans le futur sans traverser le présent. Mais quoi ! à présent que la voilà dans les régions du futur, sans doute sa direction

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