‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 8 sur 67 · DISTINCTION DE LA SENSATION ET DE SA CAUSE · texte numérisé non relu

DISTINCTION DE LA SENSATION ET DE SA CAUSE

point de nom propre, elle n'est plus qu'un accessoire de la chose dont elle est le signe , et on la confond sous le terme qui désigne celle-ci.

Ce terme peut à la vérité être appliqué à la sensation, mais il est plus proprement et plus communément appliqué à la chose dont la sensation est le signe. Les sensations de l'odorat, du goût, de l'ouïe, de la vue, Sont beaucoup moins importantes en elles-mêmes que, comme signes représentatifs ; elles sont en cela comme les mots d'une langue, au son desquels on fait moins d'attention qu/au sens qu'ils présentent.

SECTION X

l'esprit esttil actif ou passif dans la. sensation?

U nous reste encore une question à résoudre, celle de savoir si , dans la sensation ^ l'esprit est actif ou passif. On regardera peut-être cette question comme une question de mots, et de peu d'importance; cependant si l'on fait attention qu'elle peut nous conduire à concevoir les opérations de l'esprit avefc plus de précision et de Jus-tesse qu'on n'accoutume de le faire, on en jugera autrement. * ■ '

Je cpois que les philosophes modernes admettent généralement que, dans la sensation^ l'esprit est entièrement passif; et cela est vrai en ce sens, que nous ne pouvons exciter aucune sensation dans notre esprit par le simple fait de notre volonté, et que d'une autre part, il paraît impossible d'éviter la sensation , lorsque l'objet qui est de nature à l'exciter est présent. Cependant il paraît également

^6 CHAPITRE lî. SECTION X.

très-vrai, que selon que l'attention est plus ou moins portée vers la sensation , ou qu'elle en est p^us ou moins détournée , cette sensation est plus ou moins perçue par la conscience , et plus ou moins rappelée dans le souvenir. Tout le monde a éprouvé iju'il peut être distrait d'une peine très-aiguë par une surprise ou par quelque autre chose qui occupe entièrement l'esprit; lorsque nous sommes engagés dans une conversation intéressante, l'horloge peut sonner sans que nous l'entendions, ou du moins que nous nous souvenions un moment après de l'avoir entendue. C'est par la même raison que le tumulte et le bruit d'une grande ville commerçante n'est que peu entendu de ceux qui y sont nés et qui y résident , tandis qu'il étourdit les étrangers qui vivent à la campagne , dans des endroits plus tranquilles. J% ne déciderai donc pas si la sensation est compatible avec l'absolue passivité de l'esprit; mais je pense que nous sommes intimement convaincus d'avoir donné quelque attention à toute 55ensation dont nous nous ressouvenons, quelque récente qu'elle puisse être,

Lorsque la sensation est forte et extraordinaire, on ne peut pas douter qu'il ne soit aussi difficile de retenir son attention , qu'il l'est de s'abstenir de se plaindre et de crier dans des douleurs violentes , ou de tressaillir quand on est saisi d'une frayeur ;soudaine. Mais il n'est pas aisé de déterminer jusqu'à quel point une résolution forte et une pratique constante peuvent nous, roidir contre cette double espèce de surprise. Bien, donc, que les Péripatéticiens n'eussent aucune bonne raison pour supposer un intellect actif et passif (puisque l'attention peut être considérée comme un acte de la volonté), cependant j'incline à croire qu'ils se sont approchés plus près de la. vérité , en soutenant que l'esprit dans la sen-

Page 1