‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 130 sur 270 · BALLADE DU FRANC BUVEUR · texte numérisé non relu

BALLADE DU FRANC BUVEUR

Père Noé, qui plantâtes la vigne,

Vous aussi Loth, qui bûtes au rocher

Par tel parti qu’amour, qui gens engigne, 1240 De vos filles si vous fit approcher

1230. Jean Cotard. Autre promoteur du diocèse, déja nommé v. 34 ci-dessus. Le poète dit qu'il avait été le sien. 11 venait de mourir alors.

1232. Devaie : je devais. — Palard : menue monnaie qui marque le badinage.

1233. Car je m'en avise bien à présent. Car voici que je m'en aperçois. Ce vers fait parenthèse.

1234, 1235. Je devais un patard quand. C'est ici la matière de ce dû. Quand nous reporte en narration, et voudrait je dus. Je devais marque que Jean Cotard est mort. Quoique irrégulier, le tour est naturel, — Quand Denise me fit chicaner, voursuivre, disant que l'avoie maudite, que je l'avais insultée. — Denise. Inconnue.

1236, 1237. Pour son âme. Le patard ne pouvant être rendu, une prière acquittera le poète. — Æs : contracté de en les; nous disons awr. — Qu'es cieux soit mise. Que est relatif. Son âme, laquelle soit mise aux cieux. Dans une phrase ainsi faite, le gxe du subjonctif ne peut se placer. L'habitude des anciens de l’omettre leur rend ces relatives faciles. J'ai écrit cotie oraisonci pour son âme, que (relatif) Dieu mette aux cieux.

BALLADE DU FRANC BUVEUR. Titre ajouté. :

1238. Noé, le patriarche, qui le premier planta la vigne, au sortir de l’arche où le genre humain fut sauvé du déluge.

1239. Lotkh, le patriarche, qui dut quitter Sodome livrée à la colère du ciel. Il perdit sa femme, et ses filles l’enivrèrent, afin qu'ayant conçu de lui, la race ne fût pas éteinte. — Au rocher : dans la grotte où l'aventure eut lieu.

1240. Par tel parti : de telle sorte, — Qu'’amour : que l'amour. — Engigner : tromper. Qui gens engigne : qui trompe les gens. Lafontaine dit engeigne, comme aux rimes suivantes nous disons peigne, et le peuple beigne.

1241. Vous fit ainsi approcher de vos filles. .

(Pas ne le dis pour le vous reprocher), Archetriclin, qui bien sûtes cet art, | Tous trois vous pri qu’o vous veuillez percher

- L'âme du bon feu maître Jean Cotard. 1245

Jadis extrait il fut de votre ligne, Lui qui buvait du meilleur et plus cher,

Et ne dût-il'avoir vaillant un pigne, ee Certes sur tous c'était un bon archer.

On ne lui sut pot des mains arracher, 1250

De bien boire ne fut onques fétard.

Nobles seigneurs, ne souffrez empêcher L'âme du bon feu maître Jean Cotard.

Comme homme bu qui chancelle et trépigne, L’ai vu souvent quand il s’allait coucher; 1255

1242. Je ne le dis pas pour vous le reprocher. Badinage.

1243. Archetriclin. Le maître d’hôtel des noces de Cana : nom grec qui marque cet état et qu’on a pris pour un nom propre. Le poète rassemble dans l’Ecriture tous les personnages signalés par le vin. C’est à la prière de

‘celui-ci que fut changée l’eau en vin pour les noces par le Sauveur. — Cel art : l’art de boire.

1244. Pri: prie. — 0 : avec. — Tout trois elc. Je vous prie tous trois que vous veuillez percher avec vous etc.

1245. Bon feu maître. Bon marque l’amitié qu’on a pour un vieillard,

1246. Extrait : issu, — Ligne : lignée. Lignée spirituelle, celle des buveurs.

1247. Boire du meilleur : expression toute faite, communément appliquée aux ivrognes. — Plus cher, en étend la portée,

1248. Ne dût-il : n’eût-il dû. — Avoir vaillant : posséder. — Pigne : peigne.

1249. Sur tous : plus que tous. — Archer : buveur, peut-être parce que le poète j joue sur pion buveur et pion pièce d’échiquier, qu'archer sert à nommer aussi.

4250. On ne fut pas capable de lui arracher un pot des mains. Pol en ce temps-là tient lieu de bouteille. Dans le conte de Janicot, Despériers s’est souvenu de ce passage. « C'était une dure départie que du pot et de Janicot. »

1251. Onques : jamais. — Féfard : paresseux, — De bien boire etc. Jamais il ne fut paresseux à bien boire.

1252, 1253. Nobles seigneurs : ceux qu'il invoque plus haut. — Empécher : arrêter. Ne souffrez pas que l’âme etc., soit retardée.

1254, 1255. Bu: ivre. — Trépigner : "même chose que chanceler. — Comme homme Du etc. Souvent, quand il allait se coucher, je lai vu comme un homme ivre qui etc. |

Et une fois il se fit une bigne,

Bien m'en souvient, à l’étal d’un boucher.

Bref on n’eùt su en ce monde sercher

Meilleur pion pour boire tôt et tard.

Faites entrer, quand vous orrez hucher 1260 L'âme du bon feu maitre Jean Cotard.

Prince, il n’eût su jusqu’à terre cracher;

Toujours criait : Haro, la gorge m'’ard,

Et si ne sut onc sa seuf étancher

L'âme du bon feu maître Jean Cotard. 1265

HOCT-

Item veuil que Le 5ë0NE MERLE Désormais gouverne mon change, Car de changer envi me mèle,

Pourvu que toujours baïlle en change,

1256, 1257. Bigne : bosse. — Bien m'en souvient : il m'en souvient bien. Despériers, au conte de Janicot : « Il se faisait à tout coup une bigne au front. »

1258, 1259. Sercher : chercher. Le sens est {rourer. — Pion : buveur. — Boire tôt el tard : boire à toute heure. — Bref on n’eût su etc. Bref on n'aurait pu trouver en ce monde de meilleur etc.

1260. Orrez, futur d’ouir : entendrez. — Hucher : frapper. Le poète suppose que Jean Cotard frappe à la porte du paradis, et que les trois invoqués l'y reçoivent.

1262. Il n’eût su : il n'aurait pu. — Jxsqu'4 ferre cracher : tant la soif lui tenait la bouche sèche.

1263. Criait : il criait. — Haro : à l'aide. — M'ard : me brûle.

1264. Si : ainsi. — Ne sut onc : il ne parvint jamais. — Sa seuf étlancher : à éteindre sa soif. — Régime dans les trois strophes qui précèdent, l'âme de Gotard du refrain est sujet dans cet envoi.

1266. Veuil : je veux. — Le jeune Merle. Apparemment fils de Jean Merle, changeur, qui mourut en 1462.

1267, Le change des monnaies était une affaire pour Îles riches, à cause des monnaies de divers titres et de leurs cours. Le poète en s’en disant embarrassé, badine.

1268. Env : à contre-cœur. — Se méler : s’adonner. — Car de changer etc. Car je ne m'occupe pas volontiers de changer, de pratiquer le change: Ce vers fait parenthèse.

1269. Baïller : donner, — Que toujours baille : qu’il donne toujours.

Soit à privé, soit à étrange, | 1270 Pour trois écus six brettes targes, Pour deux angelots un grand ange.

- Amants si doivent être larges.

Item j'ai su en ce voyage, | Que mes trois pauvres orphelins 1275 Sont crûs et deviennent en âge,

Et n’ont pas têtes de belins;

Et qu’enfants d’ici à Salins

N’a mieux sachant leur tour d'école.

Or par l’ordre des Mathelins, 1280 Telle jeunesse n’est pas folle.

Si veuil qu’ils vaisent à l'étude Où? Sur maître Pierre Richer.

1270. Les privés : les nationaux. — Étrange : étranger.

1271, 1272. Brette : bretonne. — Targe : bouclier. — Angelol et ange : monnaies. — L'équivoque d’écu monnaie et d’écu bouclier inspire le premier de ces changes. Probablement l’un comme l’autre gagne sous couleur de céder : six brettes contre trois écus, un grand ange contre un petit; en sorte que le vers suivant rentre dans le badinage.

1273. Amants : les amants. C'est dans ce caractère qu'il plait au poète de paraître. — Si: ainsi. — Large : libéral.

1274. En ce voyage : voyage de Paris, vrai ou supposé, S'il est vrai, cen’a été qu’un instant, comme n'ayant pas suffi à informer le poèle des changements survenus en viile. L'information dont il se targue ici n'est justement qu’une plaisanterie,

1275. Mes trois pauvres orphelins. Colin Laurent, Girard Gossouin, Jean Marceau, qualifiés tels par plaisanterie, en réalité riches bourgeois, déjà présentés, v. 201, 202 du Petit Testament, note.

1276. Sont crûs : ont crù. — Deviennent en dge : avancent en âge. |

1277. Belin : mouton. — Téte de belin : cervelle d’imbécile sans doute.

1278, 1279. Et que d'ici à Salins n'a enfants mieux sachant leur lour d'école. Et que d'ici à Salins il n’y a pas d’enfants qui sachent mieux leur cours, leur programme d'école. L’allusion de Salins échappe.

1280, 1281. Mathelins ou Mathurins. Moines voués au rachat des captifs que faisaient sur mer et dans le Levant les infidèles. Il reste un pan de mur de leur maison de Paris, sise autrefois près de l'hôtel de Cluny. — Le poète ne jure par eux peut-être qu'à cause du mot fou, qu'il profère : maf, qui signifiait fou aussi, faisant équivoque avec leur nom, — Telle jeunesse : des enfants comme ceux-là.

1282, 1283. Si : donc. — Veuil : je veux. — Vaisent : aillent. — Si peuil etc. Donc je veax qu’ils aillent à l'étude où? — Sur : chez. — Pierre Richer, Prêtre de Saint-Eustache, qui tenait une école estimée.

r60 VILLON

Le Donat est pour eux trop rude;

Je ne les y veuil empêcher. 1285 Ils sauront, je l'aime plus cher,

Ave salus, tibi decus,

Sans plus grands lettres ensercher.

Toujours n’ont pas clercs l’au-dessus.

Ceci étudient et ho! 1290 Plus procéder je leur défends.

Quant d’entendre le grand Credo,

Trop forte elle est pour tels enfants.

Mon long tabard en deux je fends ;

Si veuil que la moitié s’en vende 1205 Pour leur en acheter desflans,

Car jeunesse est un peu friande.

1284. Donat, Grammairien latin du rv° siècle, dans le livre duquel on étudiait, — Le Donat est pour eux trop rude. Équivoque badine sur ce nom et le mot latin donat : il donne. Pour mes petits orphelins le Donat est trop difficile; à mes grigous le donat écorche les oreilles.

1285. Empécher : embarrasser. Je ne les y etc. Je ne veux pas les en embarrasser.

1286, 1287. Aimer plus cher : aimer mieux. — Ave salus, tibi decus : salut, santé, honneur à vous. Formes de politesse enseignées sans doute au collège, où l’on parlait latin, et qui représentaient les éléments. Il y à équivoque sur salus, santé, et salus, salut d’or, monnaie du temps, que le poète fait saluer à ses légataires, accusant leur avidité, Cependant le sous-entendu n’altère pas le tableau.

1288. Ensercher : rechercher. — Lettres ; savoir. — Sans plus grands etc. Sans rechercher de plus grand savoir.

1289. Clercs n'ont pas toujours l'au-dessus. Les gens d'étude n’en savent pas toujours plus long.

1290. Ceci étudient : qu'ils étudient cela. — Et ho : c'est tout (Thuasne).

1291. Procéder : Avancer. — Plus procéder etc. Je leur défends d’avancer davantage, d'aller au delà.

1292, 1293. Quant de : quant à. — Entendre : comprendre. — Le grant Credo : celui qu’on chante à Ja messe; le petit se dit dans la prière. Équivoque sur le mot encore. Grand Credo : le crédit, dans le badinage du temps (Thuasne). — Trop forte elle est. Elle est un neutre, nous le disons de même. — Tels enfants : des enfants pareils, Le grand Credo est au-dessus de ces enfants: entendre au grand Credo cela dépasse mes richards.

1294. Tabard. Manteau long. — Mon long tabard etc. Je fends mon long tabard en deux. | :

1205. Si : en effet. — Veuil : je veux. — Si reuil etc, Car je veux qu’on en vende la moitié. É

1297. Jeunesse : la jeunesse.

Et veuil qu’ils soient informés En mœurs, quoi que coûte batture. | Chaperons auront enformés 1300 Et les pouces sur la ceinture, Humbles à toute créature, Disant : Han quoi! il n’en est rien.

. Si diront gens par aventure :

Véci enfants de lieu de bien. 1305

Item et més pauyres clergeons Auxquels mes titres résignai, Beaux enfants et droits comme joncs Les voyant, m'en dessaisinai, Cens recevoir leur assignai, 1310 Sûr comme qui l'aurait en paume, À un certain jour consigné, : Sur l hôtel de Gueudry Guillaume.

1298, 1299. Agréable tableau des petites cérémonies observées par des enfants sages. Visant des gens d’äge établis, le badinage plait encore plus. — Veuil : je veux. — Informés en mœurs : : formés aux MŒUTS, — Quoi que’ coûle batture : quoi qu’il en coûte pour les faire corriger, — Soient, deux syllabes. .

1300. Enformés : enfoncés. — Chaperons enfoncés, pouces sur la ceinture : traits écoliers de bonne tenue.

1301. Humbles : déférents. — À : envers. — Humbles à toute elc. Bien polis - envers tout le monde.

1302. Le poète à même l’art de les faire parler dans ce style : Non, je vous en prie, pas du tout.

1303, 1304. Si : ainsi. — Diront gens : les gens diront. — Par sseniure : peut-être, j "espère. -

1305. Véci : voici. — Lieu de bien, bon lieu, maison honorable, — Véci enfants etc. Ces enfants-là ne viennent pas de la rue.

1306. Mes pauures. clergeons. Guillaume Cotin et Thibaud de Vitry, ainsi qualifiés par badinage, en réalité grands personnages d'église, déjà présentés v. 217, 218 du Pelit Teslament, note.

1307, Mes titres. Le cens à lui soi-disant dû, qu’il rappelle dans les vers suivants.

1308, 1309. Les voyant beaux enfants etc. Moquerie des infirmités de l’ âge. — M'en dessaisinai. Je m'en dessaisis, de mes titres.

1310, Je leur assignai de recevoir le cens. Ce sens est expliqué LA 222, 223 du Petit Testament, note.

1331. Paume : main. = Sûr comme etc, Aussi sûr qu’à tenir dans la main.

Quoique jeunes et ébattants

Soient, en rien ne me déplaft. | 1315 Dedans trente ans ou quarante ans

Bien autres seront, se Dieu plaît.

Il fait mal qui ne leur complaft;

Ils sont très beaux enfants et gents,

Et qui les bat ne fiert fol est, 1320 Car enfants si deviennent gens.

Les bourses des dix-et-huit clercs

Auront, je m'y veuil travailler,

Mais qu’ils ne dorment comme loirs,

Qui trois mois sont sans réveiller. 1325 Au fort, triste est le sommeiller

Qui fait aiser jeune en jeunesse,

Tant qu’enfin lui faille veiller

Quand reposer dût en vieillesse

1314, 1315. Quoiqu'ils soient jeunes et ébattants, espiègles. La même plaisanterie continue. En rien etc. Cela ne me déplait en rien. — Soient, deux syllabes.

1316, 1317. Dedans : dans, dans le délai de. — Bien autres etc. Ils seront bien autres s'il plait à Dieu. A l’âge en effet de ceux qu'il vise, il y à chance qu'ils seront mis en terre.

1318. Qui ne leur complaît a tort. On aurait tort de les contrarier.

1319. Gents : gentils. Très beaux et très gentils enfants.

1320. Ne : ni pour ox, à cause de la négation enfermée dans la défense. — Fiert, de férir, même chose que battre. — Et qui les etc. Qui leur fait du mal est un sol.

1321. Car les enfants deviennent hommes. Ce car menace peut-être de la pareille qui les frappe. Tout ce passage depuis le vers 1308, fait parenthèse.

1322,1323. Dir-et-huit : dix-huit. — Les bourses etc. auront : ils auront les bourses. Bourses d'étudiants à la collation de Notre-Dame. Elles formaient un collège logé dans l’Hôtel-Dieu. — Je m'y veux travailler : je veux m'y efforcer.

1324, 1325. Mais que : pourvu que. — J! ne dorment : ils ne dorment pas. — Comme loirs : comme les loirs. — Qui {rois mois sont : qui sont trois mois. Réveiller : se réveiller. L’allusion échappe.

1326 à 1329. Au fort : au fait. — Le sommeiller qui feit aiser jeune en jeuhesse est triste. Le dormir auquel on s’adonne dans la jeunesse est funeste. — Tant que lui faille enfin veiller, quand dût reposer en vieillesse. Tant qu'il luï faille veiller enfin dans sa vieillesse, quand il devrait se reposer. Parti funeste pour un jeune homme, que d’user sa jeunesse à jouir du sommeil, jusqu’à ce qu’enfin il lui faille passer en veille le temps de la vieillesse, où il devrait se reposer. — D£{ : subjonctif à sens conditionnel que nous n *ApISyons plus qu’au passé : i/ eût dû, il auraît dù ; t/ dût, il devrait.

Si en écris au collateur | 1330 Lettres semblables et pareilles.

Or prient pour leur bienfaiteur,

Ou qu’on leur tire les oreilles.

Aucunes gens ont grand merveilles

Que tant m’encline vers ces deux; 1335 Mais, foi que dois fêtes et veilles,

Onques ne vis les mères d’eux.

Item donne à Micnaun CucDouE

Et à sire CHARLOT T'ARANNE

Cent sous (s’ils demandent pris oue, 1340 . Ne leur chaïlle; ils viendront de manne)

Et unes houses de basane,

Autant empeigne que semelle,

Pourvu qu’ils me salueront Jeanne,

Et autant une autre comme elle. 1345

1330. Si : donc. — En écris : j'en écris. — Le collateur : celui qui confère les bénéfices, ici les bourses.

1331. Lettres semb'ables el pareilles. Pareilles à ce qu’il vient de dire, et qui les recommandera.

1332. Or : allons. — Prient : qu'ils prient. Deux syllabes.

1334. Ont grand merveilles : s'émerveillent, s’étonnent beaucoup. L'’s cst ajouté pour la rime. |

1325. Encline : incline. — Que tant etc. Que je m'incline tant vers ces deux.

1336. Foi que dois : serment familier, dont le régime change. C'est ici les fêtes et vigiles, envers lesquelles la foi du chrétien est liée.

1337. Onques : jamais. — Ne vis : je ne vis. Équivoque sur voir. Sens apparent : ce ne sont pas mes bâtards. Sens réel : leurs mères étaient mortes quand je naquis. On remarquera que tout ce jeu est très finement déduit.

1338, 1339. Michaud ou Michel Cuidoue. Échevin de Paris, issu de vieille famiile "d'où sorlirent deux prévôts des marchands, plus tard prévôt de la Grande Confrérie aux Bourgeois. — Charlot ou Charles Taranne. Bourgeois de très riche et célèbre famille, dont une rue, devenue partie du boulevard Saint- Germain, portait le nom.

1340. Oue : où. Forme en usage, choisie pour la rime. La commune de Paris ne dit o ne qui, mais oue et quie (Marot).

4341. Chaille, subjonctif de chaloir : imposter. Ne leur chaille : que cela ne leur importe. — Venir de manne, proverbe, sans doute : venir tout seul.

1342. Unes houses : une paire de guëêtres. Les pluriels à sens singulier s’'emplovaient avec un, une, portant l’s du pluriel. L’allusion échappe.

1343. L'empeigne de basane comme la semelle.

1344. Qu'ils salueront : qu'ils saluent. — Jeanne. Inconnue,

1345. Autant comme : autant que.

Item au SEIGNEUR DE GRIGNY, Auquel jadis laissai Vicêtre, Je donne la tour de Billy, Pourvu, s’huis y a ne fenêtre Qui ne soit debout ne en étre, 1350 Qu'il mette très bien tout à point.

Fasse argent à dextre, à senestre, I1 m'en faut et il n’en a point.

Item à THiBaUT DE La GARDE

(Thibaut, je mens, il a nom Jean) 1355 Que lui donrai-je, que ne-perde?

Assez ai perdu tout cet an,

Dieu y veuille pourvoir, amen.

Le Barillet par m’âme voire.

Genevois est plus ancien, 1360 Et plus beau nez a pour y boire.

1346, 1347. Le seigneur de Grigny, Philippe Brunel, déjà présenté v. 137 du Petit Testament, note. — Jadis : au Petit Testament, — Vicétre : Bicêtre.

1348. La tour de Billy. Au bord de l’eau, quartier Saint-Paul, sur les limites des Célestins, qui la contestaient à la ville.

1349 à 1351. Se : si. — Huis : porte. — Ne : ni pour os, À cause du doute enfermé dans la condition. — Qui ne soit : qui ne soit pas. — En étre : en état. — À point : comme il faut. — Pourvu s'y a etc. Pourvu que, s'il y a porte ou fenêtre qui soit tombée ou ne tienne pas, il mette tout en parfait état.

1352, 1353. Fasse argent : qu'il fasse. — À dertre, à senestre : à droite, à gauche, où il pourra — Falloir : manquer. L'argent me faut : l'argent me manque. 1! m'en faut : j'en manque. — Le legs d'une tour ou d'un château en ruines, nargue les prétentions de ce gentilhomme gueux.

1354, 1355. Jean de la Garde. Déjà présenté v. 258 du Petit Testament, notc. On ne sait pourquoi le poète feint de le nommer Thibaud.

1356. Donrai : donnerai. — Que ne perde : que je ne perde. — Que lui donncrai-je qui ne me coûte rien?

1357. Ai : j'ai. — Assez ai etc. J'ai assez perdu toute cette année-ci.

1359. Le Barillet : enseigne, rue de la Tabletterie, quartier Sainte-Ophortune, à côté de la broche de la Machecoue. — Par m'âme : par mon âme; scre ment familier. — Voire : oui. — Peut-être le poète veut-il peindre un buveur.

1360. Variante :

Angenoux est plus ancien.

Genevois, procureur du chapitre de Notre - Dame au Châtelet. Il avait défendu ce chapitre contre les chanoines de Saint-Benoît. Le poète ignorait qu'il venait de mourir. — Jean Angenoux, plus tard conseiller au parlement.

1361. Plus beau nez pour y boire. Le nez étant supposé devoir entrer dans le

Item je donne à Basanier,

Notaire et greffier criminel, = De girofle plein un panier

Pris sur maître Jean de Rueil 1365

Tant à MaAUTAIN, tant à RÔNEL,

Et avec ce don de girofle,

Servir de cœur gent et isnel

Le seigneur qui sert saint Christofie;

Auquel cette ballade donne 1370 | Pour sa dame, qui tous biens a. | | S’amour ainsi tous ne guerdonne ‘Je ne m’ébahis de cela; Car au pas conquèter l’alla | Que tint Renier roi de Secile, | 1375

verre, un grand nez semble voué à boire dans un plus grand, et par conséquent davantage. Le poète le dit ici à la mesure d’un petit baril, Rabelais dit : « beau nez à boire au baril, »

1362, 1368. Pierre Basanier. Déjà présenté, v. 154 du Petit Testament, note. La profession marquée ici achève de le faire connaître.

1364. Plein un panier de girofle. Légué à titre d'épices, mot dont on désignait les pourboires aux magistrats et sur lequel joue le poète.

1365. Sur : chez. — Jean de Rueil. Auditeur des causes au Châtelet. Le vers semble accuser ce dernier de recevoir beaucoup d'épices.

1366. Tant : autant. — Maulaint. Déjà présenté v. 153 du Petit Testament, note. — Rônel. Gomme le précédent, examinateur au Châtelet.

1368, 1369. De cœur : d'un cœur. — Gent : obligeant. — Jsnel : prompt. — Saint Chrislofe : saint Christophe. — Le seigneur qui etc. Robert d'Estouteville, prévôt de Paris, signalé par sa dévotion envers ce saint.

1370. Cette ballade donne : je donne cette ballade.

1371. Sa dame : la femme qu'il aime, sa femme, Ambroise de Loré, — Qui tous bien a : qui est sans reproche.

1372. Guerdonner : récompenser. — S'amour ne guerdonne tous ainsi, Si l'amour ne favorise tout le monde de cette manibre. |

1373. Je ne m'ébahis : Je ne m'ébahis, je ne m'étonne pas. Je ne me demande pas comment cela se fait.

1374, 1375. Pas : pas d'armes, tournoi. — Conqguéter : conquérir. — Car l'alle conquéter au pas que tint Renier roi de Secile. Car il alla la conquérir au tournoi que donna etc. L'amour de cette dame accomplie était Le fruit de sa valeur. — Secile : Sicile. — Renier ou René, roi de Sicile, et duc d'Anjou, populaire sous le nom de roi René, et comme comte de Provence, ‘où il finit ses jours après que Louis XI l'eut dépouillé de son fief français, l'an 1480. - Le pas eut lieu à Saumur en 1446.

Où si bien fit et peu parla, Qu'onques Hector fit, ne Troïle.

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