‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 131 sur 270 · BALLADE EPITHALAME · texte numérisé non relu

BALLADE EPITHALAME

Au point du jour, que l’éprevier se bat,

Mà de plaisir et par noble coutume,

Bruit il démène et de joie s’ébat, 1380 Reçoit son pât et se joint à la plume,

Offrir vous veuil (à ce, désir m’allume) Joyeusement ce qu’aux amants bon semble.

Sachez qu’amour l'écrit en son volume,

Et c'est la fin pourquoi sommes ensemble. 1385

Dame serez de mon cœur sans débat Entièrement jusques mort me consume,

. 1376, 1377. Rien faire et peu parler : proverbe, — Si : aussi. — Onques : jamais. — Ne : ni. — Ou si bien etc. Où il fit aussi bien que fit jamais Hector ni Troïle. — Hector, Troyen, fils de Priam, fameux héros d'Homèêre. — Troile. Aussi fils de Priam, chanté par le même poète.

BALLADE EPITHALAME. Titre ajouté. C'est le nouvel époux qui parle dans ces vers. Les quatorze premiers vers donnent en acrostiche le nom d’Ambroise de Loré.

1378. Éprevier : épervier. — Se bat : s'agite en battant des ailes, au bout de la longe où le retient le fauconnier.

1379. MA : agité. — Par noble coutume : celle que lui donne la chasse, qu'il demande ainsi. .

1380. Qu'il démène, fait du bruit et s’ébat de joie. — Joie, deux syllabes.

1381. Son pl : sa pâture en style de fauconnier (Thuasne). Il était suspendu au leurre, simulacre d'oiseau sur lequel de la sorte on habituait à fondre l’épervier neuf que l'on dressait. — Se joint à la plume : celle du leurre sans doute. Variante de ces deux vers :

Brait la mauvis et de joie s’ébat,

Reçoit son pair et se joint à sa plume.

Bruit, de bruire : faire du bruit. — Mauvis : espèce de merle. — Son pair : le mâle, — Se joint à sa plume : se joint à lui. |

1382, 1383. Je veur vous offrir joyeusement ce que semble bon aux amants, désir m'allume à ce. Je veux vous offrir ce qu’il semble bon aux amants de se donner, le désir m'y invite.

1384. Amour, l'amour. — En son volume. Le sens échappe.

1386. Dame : maîtresse. — Dame serez etc. Vous serez sans débat maîtresse de mon cœur. | . 1387. Jusques : jusqu'à ce que. — Mort : la mort. — Me consume : me détruise.

Laurier souëf qui pour mon droit combat,

Olivier franc m’ôtant toute amertume.

Raison ne veut que je désaccoutume, 1390 Et en ce veuil avec elle m'assemble,

De vous servir, mais que m'y accoutume,

Et c’est la fin pourquoi sommes ensemble.

Et qui plus est, quand deuil sur moi s’embat,

Par Fortune qui souvent si se fume, 1395 Votre doux œil sa malice rabat,

Ne mais ne moins que le vent fait Ja plume.

Si ne perds pas la graine que je sume

En votre champ quand le fruit me ressemble.

Dieu m’ordonne que le fouisse et fume, 1400 Et c’est la fin pourquoi sommes ensemble

Princesse, oyez ce que ci vous résume.

‘Que le mien cœur du vôtre desassemble

1388. Souëf : doux. — Laurier souëf. Ceci s'adresse à. l'épouse. L’époux joue sur le nom de Loré, comme Pétrarque sur celui de Laure. — Qui pour mon droit combat : le laurier couronne les vainqueurs, il aide donc Ia vaillance à défendre son droit.

1389. Olivier franc : de bonne espèce. — M’lant toute amerlume ; à cause de l'huile, symbole de toute. douceur,

1390 à 1392. Raison ne veut que je désaccoutume de vous servir, et en ce v'euil avec elle m'assemble. La raison ne veut pas que je cesse d'être votre serviteur, et ma volonté s’accorde avec elle en cela. — Désaccoutume : me désaccoutume. — Ge : cela. — Veuil : volonté. — Mais que m'y accontume, Mais la raison et ma volonté commandent que je me plie à votre service.

1394, Deuil : le chagrin, — S’embat : s'abat.

1395. Par Fortune : par la Fortune, — Qui souvent si se fume : qui se courrouce souvent ainsi. Se fumer : ce mot est usité par Marot.

1396, Sa malice rabat : fait tomber sa malice.

1397. Ne mais ne moins : ni plus ni moins, juste en même façon, Que le vent fait la plume : que le vent rabat la plume. |

1398, 1399. Si : ainsi. — Sumer, semer. — Si ne perds pas etc. Ainsi quand vous méttez au monde des enfants qui me ressemblent, je ne sème pas en vain ma paternité. |

1400. Que le fouïsse : que je le laboure, votre champ,

1402, Princesse pour prince, en l'honneur de l'épouse, — Oyez, d'outr : écoutez. — Ci : ici. — Vous résume : je vous résume, |

1403, 1404. Jà ne'sera que le mien cœur désassemble du vôtre. I! arrivera point que mon cœur se sépare du vôtre. — Tent de vous en présume : j'en espère autant de vous. Fe

Jà ne sera; tant de vous en présume, Et c’est la fin pourquoi sommes ensemble. 1405

-ÉOCT-

Item a sire JEAN PERDRIER Rien, n’a François son second frère.

Si m'ont voulu toujours aider, Et de leur bien faire confrère; Combien que François mon compère 1410 Langues cuisants, flambants et rouges, Mi-commandement, mi-prière, Me recommanda fort à Bourges.

Si allai voir en Taiïllevent,

Ou chapître de fricassure, 1415 Tout au long derrière et devant,

Lequel n’en parle jus ne sure.

1406, 1407. Jean Perdrier, François Perdrier. De l’âge de Villon, ses compagnons peut-être, fils d'un changeur. Le premier fut concierge ou régisseur des Loges, maison royale près de Saint-Germain; le second eut la charge de receveur à Caudebec. Tous deux avaient comme leur père leur sépulture aux Innocents, — Perdrier, deux syllabes. — Ne : ni. — Second frère : frère cadet.

1408, 1409. Ils ont toujours voulu m'aider et me douner part à leur bien. Ces mots et les suivants ne peuvent se concevoir après le rier qu'il leur lègue, que si ce qui suit annoncé par combien, quoique, contient en effet un reproche,

1410 à 1414. Combien que : quoique. — Mon compère, La portée de ce mot échappe. — Cuisants, flambants : cuisantes, flambantes. — Combien que Franfois mon compère, me recommanda fort langues cuisants, filambants el rouges, à Bourges. Quoique François, qui fut mon compère, m'ait donné en grande recommandation à Bourges, des langues brûülantes, flambantes et rouges. Ces langues sont celles des envieux. Peut-être François Perdrier avait-il livré le poète à des amis dont la médisance le perdit.

1414, Si : donc. — Allai : j’allai. — Taillevent. Premier écuyer de cuisine de Charles VI, auteur sous le nom de Viandier, du plus ancien livre de son “art qu'on ait écrit en France. — En Taillevent : dans Taillevent, dans son livre. Le poète présente sous la figure d’un mets les langues qu’on lui a recommandées, et feint d’en chercher la recette.

1415. Ou : contracté de en Le, nous disons au. — Fricassure : fricassée

1416. Dans tous les coins.

1417. Lequel (Taillevent) n’en parle ni dessous ni dessus. — Jus : en bas. — Sure : sur, ainsi écrit pour la rime.

Mais Macaire, je vous assure,

Atout le poil cuisant un diable Afin que sentît bon l’arsure, 1420 Ce recipé m'écrit sans fable.

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