‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 132 sur 270 · BALLADE DES LANGUES ENVIEUSES · texte numérisé non relu

BALLADE DES LANGUES ENVIEUSES

En réagal, en arsenic rocher, En orpiment, en salpêtre et chaux vive, En plomb bouillant pour mieux les émorcher, En suif et poix détrempés de lessive 1425 Faite d’étrons et de pissat de juive, En lavailles de jambes à méseaux, En raclure de pieds et vieux houseaux, En sang d’aspic et tels drogues vlimeuses, En fiel de loups, de renards et blaireaux, 1430 Soient frites ces langues envieuses.

1418. Macaire. On ne sait qui cela désigne.

1419, 1420. Atout : avec. — L'arsure : le brûlé. A cause du poil qui flambe. — Qu'il sentit. Ce verbe est au passé, partant marque un fait arrivé, non répétition et habitude. Macaire a fait rôtir un diable, nous ne sommes pas obligé de croire que c’est son état.

1421. Recipé : recette. — Sans fable : sans mentir. — Ce recipé etc. Je ne mens pas, voici sa recette.

BALLADE DES LANGUES ENVIEUSES. Titre ajouté. Eustache Deschamps a rimé le même sujet, dans une ballade dont le poète s’est inspiré.

De couperos, d’alun, de vert-de-gris, De sel gemme, de soufre vif saillant, De réalgar, euc.

Soient servis au dîner médisants.

Villon ne leur donne pas à manger ces poisons, il s’en sert pour cuisiner . leurs langues.

1422. Réagal : réalgar, sulfure rouge d’arsenic. — Arsenic rocher : comme on dirait pierre d’arsenic peut-être, sans doute arsenic simplement.

1423. Orpiment : sulfure jaune d'arsenic.

1424. Emorcher : ronger.

1427. Lavailles : lavures. — À : de. — Méseaux : lépreux.

1428. Houseaux : ici bottes.

1429. Vlimeuses : vénéneuses.

1431. Que ces langues envieuses soient frites en, ou dans : avec tout cé qui précède pour régime. — Soient, deux syllabes. '

En cervelle de chat qui hait pêcher,

Noir et si vieux qu’il n’ait dents en geneive,

D'un vieux mâtin qui vaut bien aussi cher,

Tout enragé en sa bave et salive, *‘ 1435 En l’écume d’une mule poussive

Détranchée menue à bons ciseaux,

En eau où rats plongent groins et museaux.

Raines, crapauds et bêtes dangereuses,

Serpents, lézards et tels nobles oiseaux, 440 Soient frites ces langues envieuses.

En sublimé dangereux à toucher, Et ou nombril d'une couleuvre vive, En sang qu’on voit es palettes sècher Sur ces barbiers quand pleine lune arrive, 1445 Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cive, En chancre et fis et en ces ords cuveaux Où nourrices essangent leurs drapeaux, En petits bains de filles amoureuses

1482, Chat qui hait pécher. Parodie de l'enseigne du Chat qui pêche. L’application échappe.

1434. Cervelle d'un vieux mâtin. — Qui vaut bien aussi cher : aussi affreux que le chat.

1433. Dont bave et salive sont tout enragées, empoisonnées de rage.

4437. Détranchée menue : coupée fine. Détranchée, quatre syllabes. — À bous ciseaur. Bon, explétif, comme beau dans : à belles dents. |

1439. Raines : grenouilles.

1440. Tels nobles oiseaux. Et autres oiseaux de ce genre.

1442. Sublimé : sel de mercure.

1443. Ou, contracté de : en le, dans le. — Ou nombril : dans le ventre.

4444 à +446. En sang : dans le sang. — Sur : chez. — Ges, emphatique. — Cive, Mot inconnu, plante potagère sans doute. — En sang ete. Dans le sang qu'on voit sécher aux palettes des barbiers quand vient la pleine Tune, quelquefois noir, quelquefois plus vert que cive. Les barbiers étaient chirurgiens. Les palettes sont les bassins où ils reoueillaient le sang, laissés à leur porte par négligence (Thuasne), et où les promeneurs de nuit voyaient avec dégoût s’étaler Le caillot sec au clair de lune. On ne sait pourquoi l’un est noir, l’autre vert. | | |

1447. Fis : puruiences de débauche. — Ord : sale. — Cureawr : baquets.

1448. Essangee, Mot inoonau, évidemment : laver. — Drapeaux : 1e linge, celui des nourrissons. | 7 or

(Qui ne m’entend n’a suivi les bordeaux) 1450 Soient frites ces langues envieuses.

Prince, passez tous ces friands morceaux, S’étamine, sacs n'avez, ne bluteaux,

Parmi le fond d’unes braies breneuses;

Maïs paravant en étrons de pourceaux 1455 Soient frites ces langues envieuses.

DC

Item à maître ANprI COURAUT

Les Contredits Franc-Gontier mande.

Quant du tyran séant en haut,

A cettui-là rien ne demande. 1460 Le Sage ne veut que contende

Contre puissant pauvre homme las,

1450. Suivi : fréquenté (Thuasne).

1452 à 1454. Étamine : étoffe à passer. — N'avez : vous n'avez pas. — Bluteauxz. Mot inconnu. — Parmi : par. — Unes braies : une culotte. Les pluriels à sens singulier prenaient alors une, un, avec l’s du pluriel. — Passez etc. Si vous n'avez pas d'étamine, de sacs ou de bluteaux, passez tous ces friands

morceaux par le fond etc.

1455, Paravant : auparavant. Dans cet envoi le verbe n’a de complément ;

. que le dernier vers.

1457. Andri pour André Couraut, Procureur du roi de Sicile au parlement.

1458. Les contredits Franc-Gontier. La pièce ainsi annoncée répond au Dit Franc-Gontier, c'est-à-dire Propos de Franc-Gontier, œuvre de Philippe de : Vitry vivant au x1v° siècle, où était célébré en vers le charme de la vie champêtre. Pierre d’Ailly, fameux docteur et cardinal, avait un peu plus tard rimé le pendant, avec un tableau de l'inquiétude qui empoisonne la vie de l’homme riche et puissant. En conclusion de ce dernier poème, celle de Franc-Gontier était à nouveau vantée. À ces lieux communs de la morale, il a plu au poète d’opposer les louanges de la vie facile, dans la note épicurienne ornée où Voltaire a écrit /e Mondain. Coniredits Franc-Gontier est le nom de sa pièce, parce que le poète y réfute ce qui s’en appelait e dit. Mais il ne répond pas

à celle de Pierre d’Ailly.

1459, 1460. Quant du : quant au. — Séant : assis. — En haut : sur un siège

| élevé et dominant ceux qui l’entourent. Ce tyran est le thème de Pierre

d’Ailly. — Cettui : celui. — À celtui-là etc. Je ne demande rien à celui-là. Je ne me mêle pas de ce qu'il fait, je le laisse tranquille.

4461, 1462. Le Sage. L'Ecclésiaste dans la Sainte Écriture, qui dit : Non diliges cum homine potente ne forte incidas in manus illius. — Ne veul etc. Ne veut pas qu'un pauvre homme las, misérable, contende, dispute, contre un puissant.

Afin que ses filets ne tende :

Et qu'il ne trébuche en ses lacs.

Gontier ne crains, il n’a nuls hommes 1465 Et mieux que moi n’est hérité;

Mais en ce débat-ci nous sommes,

Car il loue sa pauvreté,

Etre pauvre hiver et été,

Et à félicité répute 1470 Ce que tiens à malheureté.

Lequel a tort, or en dispute.

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