‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 133 sur 270 · LES CONTREDITS FRANC=GONTIER · texte numérisé non relu

LES CONTREDITS FRANC=GONTIER

Sur mou duvet assis, un gras chanoine,

Lès un brasier, en chambre bien nattée,

A son côté gisant dame Sidoine, 1475 Blanche, tendre, polie et attintée,

Boire hypacras à jour et à nuitée,

1463, 1464. Afin qu'il na tende pas ses filets, et qu'il (le pauvre) ne trébuche pas, ne tombe pas, en ses lacs.

1465, 1466. Pour Franc-Gontier c’est autre chose. Gondier ne crains. Je ne crains pas Gontier, je n’ai pas peur de parler de lui. — I} n'a nuls horames, il n'a pas d'hommes à son service, qui prissent son parti contre moi. — £tre hérité ; avoir des biens en héritage. 11 n’est pas mieux hérité que moi.

1467, Mais en 0e débal-ci nous sommes. Cependant un point nous divise,

1468, 1469. II loue sa pauvreté, il loue être pauvre hiver et été. — Loue, deux syllabes,

1470, 1471. Et répule à félicité ce que tiens à maleuvelé : ce que je regarde comme un malheur,

1479. Or : allons, — En dispute : qu’on en dispute. Tour unique.

LES GONTREDITS FRANO-GONTIBR. Titre ajouté.

1473, Sur mou duvet : Sur un mou duvet.

1474, Lès : à oôté. — Un brasier ; d'un feu, — Ghembre nallée : chambre tapissée, |

1475. Gisant : couchée. — Sidoine : nom de fantaisie, comme l’histoire même.

1476. Polie : la peau unie. -— Altintée : douée d’emhonpoint. NS

1477, Les vis tous deux etc. boire hypocras. Les infinitifs sont complément de vis, avec les pour sujet. Ce qui précède : un gras chanoine, dame Sidoïine, est en apposition anticipée de les. Je les vis, un chanoine assis sur le duvet, dame Sidoine gigant à son aôté, boire, rire, jouer, ete. — Hypocräs : vin épicé, réputé boisson exquise, — À jour ef à nuitée : de jour et de nuit. ,

Rire, jouer, mignonner et baiser,

Et nu à nu, pour mieux des corps s’aiser,

Les vis tous deux par un trou de mortaise. 1480 Lors je connus que pour deuil apaiser

Il n’est trésor que de vivre à son aise,

Se Franc-Gontier et sa compagne Hélène

Eussent cette douce vie hantée,

Oignons, civots, qui causent forte haleine, 1485 N’acomptassent une bise tostée.

Tout leur maton, ne toute leur potée

Ne prise un ail, je le dis sans noiser.

S'ils se vantent coucher sous le rosier,

Lequel vaut mieux, lit côtoyé de chaise? 1490 Qu'’en dites-vous? faut-il à ce muser?

Il n’est trésor que de vivre à son aise.

1478 à 1480. Mignonner : caresser. — Des corps s’aiser : donner l'aise à son

corps. — Les vis : jeles vis. — Mortaise : pièce de menuiserie,

1481, 1482. Alors je connus que pour apaiser le chagrin il n’y a pas d’autre trésor que de vivre à son aise.

1483. Se : si. — Hélène : c'est le nom de l'épouse dans les vers qu'il réfute.

1484. Eussen! hantée, pratiqué, celte douce vie. — Vie, deux syllabes.

1485, 1486. Civots, Mot inconnu, légume Sans doute. — Qui causent forte

haleine. Amère peinture de la simplicité des champs. .

1485, 1486. Acompler. Mot unique, sans doute : estimer. — N'acomptassent. | Subjonctif à sens conditionnel que nous n'employons plus qu’au passé :

n’eussent acomplé, n'auraient estimé; n'acomptassent, n’estimeraient — Tostéé :

tranche de pain grillé. Bise : de pain bis. — N'acomptassent etc. Ils n’estimeraient pas que les oignons, ils ne trouveraient pas que les oignons, valussent un morceau de pain noir. Voici les vers auxquels répond Villon :

- Illec mangeaient Gontier et dame Hélène Fromage frais, lait, beurre, fromugée, Crème, maton, pomme, noix, prune, poire, Civots, oignons, escaillonne froyée Sur croûte bise au gros sel pour mieux boire,

1487, 1488. Maton : lait caillé. — Ne : ni. — Potée. Mot inconnu. Nous dirions : leur fricol, — Ne prise toit leur maton un ail. Je n'évalue pas un ail tout leur maton. —- Sans noiser : sans quereller, de sang-froid. , |

1489. Se vante coucher : de coucher.

1490, Gütoyé de chaise, Expression inconnue; sans doute : un bon lit. Lequel vaut mieux de ce lit ou de l’ombre du rosier?

" 4491. Faut-il à ce muser ? Faut-il traîner là-dessus ? Cela se décide toit de suite, c'est tout vu.

De gros pain bis vivent, d'orge, d’avoine,

Et boivent eau tout le long de l’année.

Tous les oiseaux d'ici en Babyloine 1495 A tel écot une seule journée

Ne me tiendraient, non une matinée.

Or s’ébate, de par Dieu, Franc-Gontier,

Hélène o lui sous le bel églantier.

Se bien leur est, cause n'ai qu'il me pèse. 1500 Maïs quoi que soit du laboureux métier,

Il n’est trésor que de vivre à son aise.

Prince, jugez, pour tôt nous accorder.

Quant est de moi, mais qu’à nul n’en déplaise, Petit enfant j'ai oui recorder : 7 1505 Il n’est trésor que de vivre à son aise.

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