BALLADE DE LA GROSSE MARGOT
Se j'aime et sers la belle de bon hait,
M'en devez-vous tenir à vil ne sot?
Elle a en soi des biens à fin souhait,
Pour son amour ceins bouclier et passot.
Quand viennent gens, je vous happe le pot, 1595 Au vin m'en fuis sans démener grand bruit;
1585. Foi que dois : forme de serment familier, qui recevait différents régimes, souvent adoucis pour épargner le blasphème. Gelui qui suit semble empiré au contraire, comme une espèce de porte affreuse ouvrant sur le tableau de débauche, à laquelle exné aura préparé peut-êlre. — Brufare bigod : juron anglais de by our Lord, by God, où sans doute respirait toute la sale fureur des bouges, fréquentés des soldats de cette nation pendant vingt ans.
1586. Assez dévote créature. Le mème <s à continue. E
1587. De propre nature : naturellement.
1588. Sade : aimable.
1589. Qui la trouvera : si on la trouve. — D'aventure : par hasard. Le poète avait perdu sa trace. Il faut donc que la ballade, où il parle au présent, soit antérieure au reste du poème,
BALLADE DE LA GROSSE MARGOT. Titre ajouté par Marot.
1591. Se : si. — De bon hait : de bon gré.
1592. Tenir à vil : tenir pour vil. — Ne : ni pour ou, à cause du négatif enfermé dans l'interrogation.
1593, Biens : qualités, — A fin souhait : égales à tout ce qu’on peut souhaiter. |
1594. Pour l'amour de : à cause de, pour. Pour son amour, pour l'amour d'elle, pour elle. — Ceins : je ceins. — Passol : dague. — Ceindre bouclier et passot, sans doute proverbe pour dire : être prêt à tout faire. — Bouclier, deux syllabes.
1595. Quand viennent gens. Le poète n'appuie pas. L'expression banale épargne le lecteur, et dépeint l'habitude. — Je vous happe le pot : tableau comique. Le pot tenait la place alors de la bouteille.
1596. M'en fuis : je m'en fuis, je cours. Renchérissement d'aller au gin :
expression toute faite en pareil cas. — Sans démener grand bruit : sans faire e bruit.
LE GRAND TESTAMENT 18r
Je leur tends eau, fromage, pain et fruit,
S’ils paient bien, je leur dis que bien stat; Retournez ci quand vous serez en ruit
En ce bordeau, où tenons notre état. 1600
Mais adonques il y a grand déhait Quand sans argent s’en vient coucher Margot.
Voir ne la puis, mon cœur à mort la haït.
Sa robe prends, demi-ceint et surcot, Si lui jure qu’il tiendra pour l’écot. 1605 Par les côtés se prend cet antechrist, Crie et jure par la mort Jésus-Christ, Que non sera. Lors j’empoigne un éclat, Dessus son nez lui en fais un écrit, En ce bordeau où tenons notre état. 1610
Puis paix se fait, et me fait un gros pet, Plus enflée qu’un vlimeux escarbot;
Riant m’assied son poing sur mon sommet, Gogo me dit, et me fiert le jambot.
1599. Que bien stat : que tout va bien. Pris de l'italien (Marot). Le même mot stat, aux Ballades en jargon, Y. 270. — Bien stat, continué par le vers suivant, est du discours direct quoique introduit par que, suivant l’ancien usage.
1598, 1600. Ci : ici. — Ruit : rut, — Bordeau : mauvais lieu.
1601. Adongues : alors. — Déhait : mécontentement.
1603. Je ne ka puis voir, mon cœur la haïità mort. Traits de colère comique.
1604. Je prends sa robe, son demi-ceint et son surcot. — Demi-ceint : ceinture étroite. — Surco! : robe de dessus.
1605. Si : ainsi. — Lui jure : je lui jure. — Tiendra : comptera. — L'écot : son dû. — Sÿ lui jure etc. Je lui jure que ses hardes serviront de gage pour. ce qu'elle doit. |
1606. Cet antechrist : ce démon. Margot.
1607. Par la mort Jésus-Christ. Blasphème.
1608. Que non sera : que non. — Lors : alors. — Un éclat : un tesson.
1609. Dont je lui fais une belle marque sur le nez.
1611. Paix se fait : on fait la paix. — Me fait : elle me fait.
1612. Plus enflée : de colère encore. — Vlimeux : venimeux. — Enfée, trois syllabes.
1813. Riont : en riant. — M'assied : me met. — Mon sommet : ma tête.
1614. M ‘appelle gogo, et me frappe sur la cuisse. Tape amicale, comme le surnom. La comique abjection de cette humeur joyeuse est achevée, comme celle de la colère. F
18s VILLON
Tous deux ivres, dormons comme un sabot, 1615 Et au réveil, quand le ventre lui bruit, | Monte sur mai, que ne gâte son fruit.
Sous elle geins, plus qu’un ais me fais plat.
‘ De paillarder tout elle me détruit, En ce bordeau où tenons notre état. 1620
Vente, grèle, gèle, j'ai mon pain cuit.
Je suis paillard, la paillarde me duit.
Lequel vaut mieux? Chaeun bien s’entresuitf L'un l’autre vaut, c'est À mau chat mau rat.
Ordure aimons, ordure nous assuit; 1625 Nous défuyons honneur, il nous défuit,
En ce bordeau, où tenons notre état.
Item, à MariON L'IDOLE Et la grand JEANNE DE BRETAGNE, Donne tenir publique école, 1630
1617. Que ne gûte soù fruit : de peur de gâter son fruit. La crainte de n'être pas mère chez la grosse Margot : trait parfait d’ironie bouffonne.
1618. Geins : je geins. — Ats : planche. — Me fais plat : je me fais plat.
4619. Paillarder : faire la débauche.
1621. Vente, etc. subjonctifs. Qu'il vente, qu’il grêle, qu'il gèle, j'ai men pain cuit, je suis à l’abri du besoin. Get envoi, où manque à dessein l'adresse, couronne la pièce d’un air de cynisme absolu.
1622. Paillard : débauché. — Me duit : me convient.
; ; 623. S'entresuit : s'accorde. Chacun bien s'entresuit : chacun s'accorde bien autre.
1624. Parodie du proverbe : À bon chat bon rat. — Mau : mauvyais.
1625. Nous aimons l’ordure. — Assüirre : accompagner. L'ordure nous accompagne. .
1626. Nous délaissons l'honneur, il nous délaisse. Le sens est : nous n’y prétendons pas. L'envoi donne en acrostiche le nom du poète. |
1628. Marion la Dentue, dite /’Idole. Courtisane, qui demeurait avec Nicolas de Thou dans la rue des Quatre fils Aymon, aujourd’hui rue des Quatre $ls.
1629. La grand : la grande. — Jeanne de Bretagne. Courtisane inconnus. 1630. Je donne de tenir école publique. .
Où l’écolier le maître enseigne.
Lieu n’est où marché ne s’en tienne
Sinon à la grtle de Meung;
De quoi je dis fi de l’enseigne,
Puisque l’ouvrage est si commun. 1635
Item et à Noër Jours
Autre chose je ne lui donne
Fors plein poing d’osiers frais cueillis
En mon jardin, je l’abandonne.
Châtoi est une belle aumône, - 1640 Ame n’en doit être marri,
Onze-vingts coups lui en ordonne
Livrés par la main de Henri.
Item ne sais qu’à l’'Hôtel-Dieu Donner, n’à pauvres hôpitaux. 1645
1631. Évidemment l'école d'amour, mais le sons de l’expression échappe,
1632, Il n'y a pas de lieu où le marché ne s’en tienne. Le libertinage est aisé partout.
1633. Grile : grille, prison. — Sinon etc. Excepté à-la prison de Meung : celle où l’avait retenu leveque d'Orléans et qu'il a dépeint v. 13 et 14, et 738 à 741 ci-dessus.
1634,1635. De quoi : par quoi. — Dire fi : faire fi. — Peu importe l’enseigne puisqu'on en trouve partout,
1636. Noël Jolis : inconnu. L’s est mis pour la rime.
1637, 1538. Fors : hormis. — Je ne lui donne autre chose qu’une pleine poignée “etc. — En mon jardin. Peut-être le jardin légué à Jean Lecornu, V. 994, à savoir sans doute le Châtelet, — Je l'abandonne : je le donne, l’o- . sier, pour rien,
1640. Chatoi : le châtiment.
1611. Ame : aucune âme, personne. — Marri : fâché. L'accord a lieu au masculin, comme nous faisons avec personne.
1642, 1643. Onze-vingts coups : deux cent vingt coups : C ’est le nombre des sergents de la prévôté de Paris. — Ordonne : assigne. — Lirrés : donnés. — Henri, Henri Cousin, le bourreau. Il serait naturel que les osiers administrés au légataire soient ‘cueillis dans le jardin du Châtelet.
1644, 1645. Ne sais : je ne sais. — Ne : ni pour o, à cause de la négation. Je ne sais que donner à l’Hôtel-Dieu, ou aux hôpitaux pauvres. — L'Hôtel-Dieu, principal hôpital de Paris, aujourd'hui rebâti non loin ee sa place ancienne, au parvis Notre-Dame,
Bourdes n'ont ici temps ne lieu,
Car pauvres gens ont assez maux.
Chacun leur envoie leurs os.
Les Mendiants ont eu mon oie;
Au fort ils en auront les as. 1650 A menue gent menue monnaie. |
Item je donne à mon barbier
Qui se nomme Coin GALERNE,
Près voisin d’'Angelot l’herbier,
Un gros glaçon pris où? en Marne, 1655 Afin qu’à son aise s’hiverne,
De l'estomac le tienne près.
Se l’hiver ainsi se gouverne,
Il aura chaud l'été d’après.
Item rien aux Enfants trouvés, 1660 Mais les perdus faut que console,
1646, 1647. Bourdes : facéties. — Ne : ni. — Bourdes n’ont etc. Ce n'est pas le moment de farcer. — Car les pauvres ont assez de maux.
1648. Leurs, pluriel, est possessif de chacun, singulier, à cause du pluriel qu’il enferme. — Chacun leur envoie leurs os. Probablement proverbe signifiant maltraiter ou mépriser. — Envoie, trois syllabes.
1649. Les Mendiants : les moines mendiants. — Onf eu mon oie. Peut-être ce que j'avais de mieux, comme dans le propos de l'avocat Pathelin qui promet au drapier de lui en faire manger (Schwob).
1650, 1651. Au fort : du moins. — Ils en auront les os, Le poète a promis de déposer les bourdes, et les relance. — À menue gens menue monnaie, proverbe.
1652, 1653. Colin ou Nicolas Galerne, que le poète dit son barbier, demeurait dans la Cité, sur Saint-Germain-le-Vieux, dont il était marguillier, Il y a à la Bibliothèque de Paris des manuscrits copiés de sa main.
1654. Herbier : herboriste. — Angelot habitait en effet le même quartier, la même paroisse.
1855. Un gros glaçon. Peut-être parce que galerne voulait dire un vent froid. — En Marne. L'allusion échappe.
1656. Afin qu’il s’hiverne, passe l'hiver, à son aise, Ironie badine.
1657. Qu'il le tienne près de l'estomac.
1658. Se : si. — S'il se gouverne ainsi l’hiver.
; 1659. Il aura chaud l’été d’après. Se donner froid l’hiver, chaud l'été : même rce.
1660. Les Enfants trouvés, aujourd’hui dits assistés, hôpital sis dans la Cité et que payait le chapitre de Notre-Dame. ;
1661. Les perdus : enfants perdus. On donnait ce nom à la jeunesse débau-
Si doivent être retrouvés
Par droit sur Marion l’Idole.
Une leçon de mon école
Leur lairrai, qui ne dure guère. 1665 Tête n’aient dure ne follé,
Ecoutenit, cat c’est la dernière.