‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 138 sur 270 · BALLADE DE BONNE DOCTRINE · texte numérisé non relu

BALLADE DE BONNE DOCTRINE

Car, ou soies porteur de bulles,

Pipeur ou hasardeur de dés,

Tailleur de faux coins et te brûles, | Comme ceux qui sont échaudés, 1695 Traîtres parjurs de foi vidés; | Soies larron, ravis ou pilles,

Où en va l’acquêt, que cuidez?

Tout aux tavernes et aux filles.

Rime, raille, cymbale, luttes 1700 Comme fou, feintif, éhontés,

1688. Se : si. — Enté : enraciné. — Si vous avez de l'argent il ne tient pas à vos poches. Ceci s’adresse aux enfants perdus.

1689. Mais vous le dépensez bientôt et vite.

1690. Être hérité de : posséder. Voyez-vous qui le possède ét le garde?

1691. Mal : mauvais. — Acquél : gain. — Jamais bien mal acquis ne profite.

BALLADE DE BONNE DOCTRINE, Titre ajouté par Marot.

1692. Soies : sois, deux syllabes, — Porteurs de bulles, c'est-à-dire d'indulgences. Faux pèlerins qui sous ce couvert exerçaient le métier de voleur.

ce Pipeurs de dés : fabricants de dés pipés. — Hasardeurs de dés : joueurs - de dés.

1694, 1695. Tailleurs de faux coins : faux monnayeurs. — Et fe brûles. Ces malfaiteurs étaient condamnés au supplice de l’eau bouillante.

1696. Parjurs : parjures. — De foi vidés : ayant abjuré toute probité.

1697. Soies : sois, deux syllabes. — Ravis : dérobe. — Piles : pille.

1698. L'acquét : le gain. — Que cuides : que vous croyez, à votre avis.

1699. Soyez larrons à votre guise, dérobez tant que vous voudrez d'ar-

gent, vous ne le garderez pas, tout entier le vin et les filles l’engloutiront..

__ 1700,1701. Railler : faire la débauche. — Cymbaler : jouer des cymbales. — Lutter : jouer du luth. Toutes ces choses et le mélier de rimeur, supposées entre dévergondés.— Feintif : dissimulé. — Luttes, éhontés. L’s est ajouté DORE la rime, | :

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Farce, brouille, joue de flûtes,

Fais es villes et es cités

Farces, jeux et moralités,

Gagne au berlan, au glic, aux quilles, . 1705 Aussi bien va, or écoutez,

Tout aux tavernes et aux filles.

De tels ordures te recules,

Laboure, fauche champs et prés,

Sers et panse chevaux et mules, 1710 S’aucunement tu n’es lettrés.

Assez auras, se prends en grés;

Mais, se chanvre broies ou tilles,

Si tends ton labeur qu’as ouvrés

Tout aux tavernes et aux filles. 1715

Chausses, pourpoints aiguilletés, Robes et toutes vos drapilles,

1702 à 1704. Farcer : faire des farces. — Brouiller. Selon les uns, débiter des boniments, selon les autres faire métier de sorcier. — Jouer de fièles : jouer de la flûte. — Joue, deux syllabes. — Es contracté pour : en les, dans les. — Farces etc. Pièces de théâtre.

1705. Berlan : jeu de tables. — Glic : jeu de cartes, Le mot est dans Rabelais.

1706. Aussi bien va : cela s’en va de même. — Or écoutez : allez, écoutez-moi.

1708. Tels : telles. — T'écartes-tu de telles ordures, souhaites-tu de les éviter, en ce cas laboure etc.

1709, 1710. Travaux des ohamps à l'usage de celui qui veut gagner honnêtement sa vie.

1711. Situ n'es lettré en aucune manière. Autrement l'étude pourrait remplir ta vite. — L's de leltrés est pour la rime,

1712. Assez auras : tu en auras assez. — Se prends en grès : si tu sais t'accommoder. L's de grés est pour la rime.

1713. Broyer et tiller le chanvre : expression figurée sans doute, el péjorative, dont le sens échappe. — Mais se chanvre broies ou tilles. Si tu tournes le dos à cette vie régulière. — Broies, deux syllabes.

1714. Si : ainsi, tout comme précédemment. — Tends : tu tends, tu donnes. — Qu'as ouvrés : que tu as, ou que tu auras fait, L’s est pour la rime. — Ton, qu'as ouvrés : pléonasme.

1716. L'envoi de celte ballade est sans adresse, — Chausses : partié d’en bas du vêtement correspondantYà nos pantalons. — Pourpoint : partie d’en haut. — Aiguilletés : pourvus d'aiguillettes, ou nœuds qui servaient à atiacher le vêtement, et que la mode tournait en ornements.

1717. Drapilles ou drapelles : les hardes,

Ains que vous fassiez pis, portez Tout aux tavernes et aux filles.

6 OÔCT-

A vous parle, compains de galle, 1720 Mal des âmes et bien des corps, Gardez-vous tous de ce mau hâle

Qui noircit les gens quand sont morts.

Echevez-le, c'est un mal mors, Passez-vous en mieux que pourrez, 1725 Et pour Dieu, soyez tous recors Qu’une fois viendra que mourrez.

Item je donne aux Quinze-Vingts Qu’autant vaudrait nommer Trois-Cents, De Paris, non pas de Provins, 1730 Car à eux tenu ne me sens,

1718. Ains que : avant que. — Ains que vous fassiez pis, avant qu’il vous empire : expressions toutes faites pour dire : dépêchez-vous. Codicille, v. 29.

1720. À vous parle : je parle à vous. — Compains : compagnon. — Galle : débauche.

1721. Mal des âmes : apposition de galle. — Et bien des corps : et aussi des corps.

1722, 1723. Mau : mauvais. — Quand sont : quand ils sont. Ce mau hale etc. : la couleur brune qui teint le visage du pendu. L’allusion est cachée, mais certaine. Jointe aux quatre vers 1671 à 1674 de la Leçon aux Enfants perdus, elle compose tout ce qui perce dans l’œuvre française de Villon, du caractère de Coquillard. Ajoutez que hâle joue peut-être sur halle-grup, qui en jargon est la potence. En s'adressant aux compagnons larrons dans un ouvrage fait pour tout le monde, il aurait eu des mots qui n'étaient que pour eux.

1724. Echever : esquiver. — Mal : mauvais. — mors : morsure,

1725. Se passer de quelque chose : le supporter; ici par extension, l’éviter.

1726. Soyez lous recors : rappelez-vous tous.

1728. Les Quinze-Vingts. Hospice des aveugles, depuis transportés rue Saint-Antoine; il se trouvait alors rue Saint-Honoré.

1729. Chiffre que le nom précédent exprime selon l’ancienne numération par vingt, dont nous conservons quatre-vingts. V. 1086 et 1642 : onze-vingls. . 1730. Non pas de Provins. L'allusion échappe.

1731. Car je ne me sens pas tenu envers eux, envers ceux de Provins,

Ils auront, et je m'y consens,

Sans les étuis mes grands lunettes,

Pour mettre à part aux Innocents

Les gens de bien des déshonnèêtes. 1735

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