‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 139 sur 270 · LE CHARNIER SAINT-INNOCENT · texte numérisé non relu

LE CHARNIER SAINT-INNOCENT

Ici n’y a ne ris ne jeu.

Que leur valut avoir chevances,

N’en grands lits de parement geùû,

Engloutir vin en grosses panses,

Mener joie, fêtes et danses | 1740 Et de ce prêt être à toute heure?

Tantôt faillent telles plaisances

Et la coulpe si en demeure.

Quand je considère ces têtes Entassées en ces charniers, | 1745

1732, 1733. Je m'y consens : j'y consens. — Grands : grandes.

1734. Aux Innocents. Lieu d’un cimetière ou charnier fameux, à l'endroit de la place des Innocents d'aujourd'hui. Les aveugles des Quinze-Vingts avaient privilège d'y quéter. L'argent qu'ils ramassaient était le prix des prières qu'ils annonçaient à haute voix, et que les passants 8e faisaient dire.

LE CHARNIER SAINT-INNOCENT. Titre ajouté.

1736. N'y a :1l n'y a. — Ne... ne : ni... ni. — Ris : rire. -

1737. Que leur valut. Que valut aux trépassés logés là. — Chevances : des biens. — La pensée fait confusion des temps : que leur vaut d'avoir eu chevances. : |

1738. Ne : ni, pour ow à cause de la négation contenue dans l’interrogation, — Parement : parade. — Geû : participe de gfr, être couché. — Avoir chevance, avoir get. Le même sert une fois de verbe et une fois d’auxiliaire. Que leur valut d'avoir du bien et d’avoir couché dans de beaux lits?

1739. D'engloutir du vin dans de grosses panses.

1740. Joie, deux syllabes. :

1741. Et être prél de ce à loute heure. El d’être en mesure de le faire à toute heure, Tableau pénétrant, d’une richesse qui permet de satisfaire l'envie surle-champ à mesure qu'elle naît.

1742. Tantôt : bientôt. — Faillir : manquer, passer. — Bientôt ces plaisirs passent et nous abandonnent. |

1743. Si : toutefois. — Et cependant le péché reste,

1744, 1745. Dans les cloîtres autour du cimetière, où venaient s’amasser les os des morts, qu’il fallait déterrer sans cesse pour faire place aux inhu-

Tous furent maîtres des Requêtes

Au moins de la Chambre aux deniers,

Ou tous furent porte-paniers :

Autant puis l’un que l’autre dire,

Car d’évêques ou lanterniers, 1750 Je n’y connais rien à redire.

Et icelles qui s’enclinaient

Unes contre autres en leurs vies,

Desquelles les unes régnaient

Des autres craintes et servies, 1755 Là les vois toutes assouvies | | Ensemble en un tas pêle-méêle.

Seigneuries leur sont ravyies,

Clerc.ne maître ne s’y appelle. :

Or sont-ils morts. Dieu ait leurs âmes; 1760 Quant est des corps, ils sont pourris. | Aient été seigneurs et dames,

mations. C’est un spectacle que nos cimetières n’offrent plus. — Enfassées, quatre syllabes.

1746. Maîtres des Requêtes : ceux qui rapportaient à la cour les FeqUeles contre jugement rendu.

4747. Chambre aux deniers. Magistrats qui faisaient rentrer l'argent du roi et ordonnaient ses dépenses.

1748. Porle-paniers : commissionnaires.

1749. Je puis dire l’un autant que l’autre.

1750. Lanternicrs. Basse condition, sens inconnu,

1751. Redire ne s'entend pas. On ‘voudrait distinguer, déméler, reconnaitre,

1752. celles : elles, ces têtes. — S’enclinaient : s'inclinaient.

14733. Unes contre œuires : les unes devant les autres.

475%. Craintes et servies par les autres.

1756. Là les vois : les voilà. — Assouvies : anéanties.

1758. Seigneuries leur sont ravies. I] n’y à plus là de seigneurs, — Seigneunee quatre syllabes,

1759. Ne : ni. — Clerc, maître. Deux fermes contraires dans toute profcssion où l'on tenait la plume : l'un commandant, l’autre ohéissant, — C/erc ne maître etc. Ni clerc ni maître n’y est appelé ainsi.

: 4760. Or : maintenant, — Sont-ils : ils sont. — Ait : subjonctif d'aider * Que Dieu aide leurs âmes. :

1761. Quant est des : quant aux.

1762. Aient été : qu’ils aient té. — Aient, deux syllabes,

Souëf et tendrement nourris

De crème, fromentée ou riz,

Leurs os sont déclinés en poudre, 1765 Auxquels ne chaut d’ébats ne ris.

Plaise au doux Jésus les absoudre.

HOÔCT-

Aux trépassés je fais ce legs,

Et icelui je communique

A régents, cours, sièges, palais, 1770 Haineurs d'avarice l’inique,

Lesquels pour la chose publique

Se sèchent les os et les corps.

De Dieu et de saint Dominique | Soient absous quand seront morts. 1775

Item, rien à JACQUET CaRDoON, Car je n’ai rien pour lui d’honnète, Non pas que le jette à bandon,

1763. Souëf : doucement. — Nourris de crème : apanage reconnu de la richesse, Mentionné en mème façon, Ballades diverses, v. 164. — Fromentée : bouillie de froment, mets délicat,

1765. Déclinés : tombés. |

1768. Chaloir : importer. — Ris : rire. — Auxquels il n’importe d’ébats ni de rire.

1767. Plaise : qu’il plaise. — Les absoudre : de les absoudre.

1769. Et icelui je communique : et je le communique.

1770. Régents : lieutenants du roi. — Sièges : juges subalternes. — Palais ou plaids : tribunaux ordinaires. Le poète a gardé dans ce vers l’ordre des juridictions en commençant par en haut (Thuasne).

1771. Haineurs : ennemis.

1772. La chose publique : l'Etat.

1774, 1775. Qu'ils soient absous par Dieu et par saint Dominique quand ils seront morts. — Saint Dominique : le tribunal d’Inquisition. Saint-Dominique s’ajoutant à Dieu : trait de satire. — Soient, deux syllabes.

1776. Jacquet ou Jacques Cardon, déjà présenté v. 123 du Petit Testament, note, traité en cet endroit d'ami par le poète.

1777. Je n'ai rien de convenable pour lui.

1778. Que le jette à bandon : que je l’abandonne!

Sinon cette bergeronnette.

S’elle eût le chant Marionnette 1780 Fait pour Marion la Peautarde,

Ou d’Ouvrez votre huis Guillemette,

Elle allât bien à la moutarde.

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